La carte bleue entre les dents ...

L’Amérique a du mal à s’en remettre. Wall Street baisse, et l’on trouve encore, pour répondre aux journalistes, des républicains pour craindre que la réélection de Barack Obama fasse sombrer le pays dans le « socialisme ». Sans rire. Les gens qui pensent encore ça aujourd’hui ont dû passer les quatre dernières années enfermés dans une grotte à se protéger des futurs méfaits de Ben Laden — on aurait dû les prévenir que cette promesse-là, Obama l’a tenue et a fait liquider le bonhomme.

Et pour leur déciller complètement les yeux, on pourrait les envoyer faire un stage en France, un pays qui vient justement de trébucher dans le « socialisme » à l’occasion d’une autre présidentielle serrée. D’abord, ils auraient peur. Puis ils ouvriraient timidement un journal et constateraient que l’on expulse toujours les Roms, que l’on n’embauche finalement pas de fonctionnaires, que l’on poursuit la construction d’une Europe antidémocratique et constitutionnellement ultralibérale, que l’on tient mordicus à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, au nucléaire et aux OGM, et que l’on va par contre adopter le programme économique de la droite en faisant 30 milliards de cadeaux aux patrons, que l’on récupérera dans les poches du peuple. Reste le mariage homosexuel, qui sera peut-être adopté, comme il vient de l’être en Espagne et… dans deux États des États-Unis d’Amérique. C’est ça, le « socialisme » ? Un grand danger, vraiment.

Cumhuriyet bayramımız kutlu olsun ! ...

Pour moi, l’aspect nauséabond de tous ces drapeaux étatsuniens plantés dans les jardins des proprettes résidences de banlieue, que l’on voit à longueur de films ou de reportages, ne fait guère de doute : c’est du nationalisme, avec tout ce que cela comporte de mépris pour tous ceux qui ne sont pas soi. Ça pue la supériorité et l’ethnocentrisme. C’est bêrk, dit Gaspard, faut pas toucher le bêrk, ainsi lui répondis-je lorsqu’il eut, cette semaine, joyeusement gratté de son ongle le joint à la propreté plus que douteuse d’une vitre de bus et l’eut ramené décoré d’un beau noir assez proche de l’indélébile.

Drapeaux turcs dans le quartier de Dikilitaş, 26 octobre 2012

Mais alors que penser de tous ces drapeaux turcs, déjà nombreux à Istanbul en temps normal, mais particulièrement visibles et imposants en ce moment — ce lundi 29, c’est la fête nationale, la Fête de la République, qui célèbre cette année son 89e anniversaire. Il y a ici un attachement, au moins de façade, aux institutions républicaines qui ferait pâlir les prétentieux organisateurs du 200e de notre Révolution — qui mit près d’un siècle à déboucher sur une république à peu près acceptée par tous — ; attachement doublé d’un culte de la personnalité voué au-delà de toute raison à Atatürk, qui laisse dans l’expectative le républicain laïc que je suis pourtant comme est censée l’être la République (laïque) de Turquie.

Entre autres expectatives : pourrait-on imaginer figure de la République française qui ait non seulement son profil sur les pièces de monnaie, mais aussi son portrait sur les murs (intérieurs et extérieurs) des bureaux et des foyers, ainsi que sa signature apposée en sticker à l’arrière des voitures ? On voit que Marianne a encore du boulot pour passer de concept à véritable incarnation, alors qu’Atatürk parvient à être les deux à la fois…

Ce genre d’observation, qui contient plus de questions que de réponses (que je suis bien incapable de donner), ne fait que renforcer ma curiosité : je ne suis ici que depuis un mois et non, je ne connais rien ou pas grand-chose de la Turquie, son histoire et son présent. J’accumule des impressions, des morceaux de subjectivité qui ne fondent aucune connaissance, mais qui, mêlés à quelques savoirs pratiques (le nom du pain complet, les stations de la ligne directe de bus pour le centre du quartier, le prix de la bonbonne de cinq litres d’eau…), forment les bribes d’un éventuel chez-soi.

PS : Titre de billet sous réserve (lu sous deux orthographes différentes du second mot : bayramımız ou bayramınız — va falloir que je progresse en turc pour faire la différence —, mais ça veut dire quelque chose comme : « Bonne fête de la République »).

 

À quelle heure passe le bus ? ...

Arrivée à Istanbul : c’était le dimanche 16 septembre. Un vol de Pegasus Airlines d’Orly à Sabiha Gökçen[1], arrivée à 18h55. Ce sont mes premiers pas en Asie, mais le séjour est de courte durée. Après avoir retiré de l’argent et m’être fait plumer pour une carte SIM trop chère, je monte dans la navette Havataş qui doit me ramener en Europe, place Taksim précisément. C’est le premier mode de transport que j’emprunte à Istanbul, et c’est le premier billet que je consacre aux façons de se déplacer dans cette ville.

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  1. En Turquie je ne sais pas, mais à Istanbul c’est certain : Atatürk est partout. Et si tu n’atterris pas à l’aéroport qui porte son nom, celui qui est situé sur la rive européenne de la ville, tu atterris rive anatolienne, sur un aéroport qui porte le nom de sa fille adoptive. []

Pour un peuple thaumaturge ...

Deux interactions. La première entre un investisseur et une fonctionnaire, la seconde entre un peuple et ses représentants.

La première a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux ces derniers jours — et c’est mérité : l’investisseur est odieux, disant si bien ce que tentent plus ou moins malhabilement de dissimuler la droite et la « gauche » « socialiste » ; la fonctionnaire a une très belle, calme et ironique saillie conclusive (« Touchez ma bosse, monseigneur… »). Et puis c’est simplement, mais très efficacement filmé. Quand le vrai pouvoir — économique, donc — montre son vrai visage…

La seconde aurait dû faire l’objet d’une couverture médiatique intense depuis plus d’un an, mais voilà, rien ou à peu près. En tout cas dans les « grands médias » qui se croient encore « de référence ». On en parle un peu aujourd’hui, puisqu’il y a un vote, mais on élude les questions de fond, et pour cause. Les analyser ferait tomber bien des châteaux de cartes patiemment élaborés en quelques dizaines d’années de contre-révolution conservatrice et libérale. Quand le peuple parvient (peut-être…) à montrer où devrait se situer le vrai pouvoir…

La première interaction (via Sébastien Fontenelle en ce qui me concerne) :

La seconde bien résumée ici.

 

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