Il y a un an ...

Il y a un an, j’enseignais à Istanbul. Le bâtiment principal de l’Université Galatasaray venait de partir en fumée. C’était l’intersemestre, j’étais en vacances à Saint-Brieuc. La mer y était belle.

Il y a un an, cela faisait un an que François Hollande avait formulé la seule promesse qu’il ait depuis tenue, ou à peu près: ce n’est pas son adversaire qui a été élu, mais c’est lui qui gouverne. Au propre comme au figuré.[1]

Il y a un an, j’enseignais dans un département information-communication qui comptait 200 étudiants à tout casser, trois secrétaires, un responsable administratif, au moins huit assistants de recherche. Aujourd’hui, j’enseigne dans un département information-communication qui compte plus de 800 étudiants et un tiers de secrétaire. Et moins d’enseignants-chercheurs.

Il y a un an, je me disais qu’il fallait que je trouve du temps pour enfin publier ma thèse. Dans un an, il est probable que je me le dise toujours.

Il y a un an, je faisais tout ce qu’il m’était possible pour colmater les fissures qui lézardaient notre projet d’habitat partagé. En vain — certains comportements, certaines attitudes, certaines paroles rendirent certains départs inévitables. Mais le projet vit toujours, plus réduit et sans nous, qui sommes partis pour d’autres raisons que ces tensions: le travail.

Il y a un an, je me réjouissais à l’idée de passer quatre mois en famille, tous les quatre, à Istanbul, dès le printemps revenu. Mais nous n’étions encore que trois.

Il y a un an, c’est au cours d’une réunion de notre projet d’habitat partagé que le beau ventre rond de Céline a commencé à faire des vagues.

À l’instant, je reviens de la chambre des enfants, où j’ai recouché Achille après son réveil de 23h30. Pas besoin de lui donner à manger à cette heure-là, a dit la pédiatre. Le consoler, le rendormir suffisent. Ça marche.

Il y a un an, Gaspard avait déjà trois ans et demi.

Aujourd’hui, Achille a un an.

Achille, un an ; Gaspard, quatre ans et demi

  1. Au figuré: «Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance.» Au propre, je vous laisse faire les rapprochements. []

KKKarnaval ...

«Manif pour tous», «Bonnets rouges», «Théorie du genre», «Jour de colère»… le carnaval des réacs et des fachos, c’est tous les jours en ce moment… mais qu’est-ce qui se passe? On a un gouvernement de gauche ou quoi?

L’enfance, terre de contrastes ...

A., 11 mois, hurle s’il ne goûte pas à tout ce qui est sur la table.

G., 4 ans et demi, mange des pâtes et du fromage.

Bonne année mon cul ...

Tous les ans, on cherche une manière originale d’envoyer ses vœux de nouvelle année à ceux qu’on aime. Parfois, on arrive à trouver une bonne blague, ou un truc un peu poétique, ou bien on se contente d’un traditionnel «bonne année» un peu plat, mais sincère. Dans ce genre d’exercice, finalement, ce n’est pas tellement le sens des mots employés qui compte, mais plutôt l’intention qui les guide.

Alors croyez bien, cher-e-s ami-e-s, que l’intention y est, comme chaque année. Mais cette année encore plus que d’autres, la colère est là aussi, qui ne cesse de grandir à mesure que la gauche de gouvernement n’en finit pas de trahir ses idéaux et de tondre celles et ceux qu’elle devrait aider, car ce sont elles et eux qui en ont besoin. Pas les actionnaires. Pas les patrons. Pas les racistes. Partout où elle devrait agir, elle accompagne, parfois elle devance.

Sans même parler de révolution fiscale, comment un gouvernement socialiste peut-il rater une réforme des rythmes scolaires? Comment peut-il ne pas soutenir une ministre noire et femme? Comment peut-il continuer à expulser les roms? Comment peut-il ne penser qu’à contenter les détenteurs du capital et à ne proposer au peuple que l’austérité, l’austérité, l’austérité, et aussi l’augmentation de la TVA? C’est demain matin, ça, l’augmentation de la TVA. Pour te souhaiter la bonne année, mon petit agneau.

Alors non, je ne suis pas content. Bonne année mon cul. Mais je me console, car je suis un grand garçon, en me remémorant ces mots (approximatifs, vidéo bienvenue si vous avez une source) de la marionnette de Jean-Pierre Gaillard, il y a une quinzaine d’années, aux Guignols de l’info: «Le marché est serein, le marché est confiant, le marché est content, il se porte mieux que jamais, et pour fêter ça, ce soir, il va aller aux putes!» Bonne année, le marché.

Mise à jour et compléments du 1er janvier: d’autres vœux que les miens
(compilés pour la plupart grâce aux excellents copains de Rezo)

  • Parce que, quelle que soit la situation, on débouche quand même une bouteille:
    le passage de 1983 à 1984 sur radio caroline, par de joyeux lurons (1984)
  • Parce que la Grèce prend, en 2014, la présidence de l’Union européenne, comme une manière supplémentaire d’humilier ce pays mis à bas par… l’Europe:
    «l’heure juste du crépuscule», par panagiotis grigoriou
  • Parce que les grands médias ne nous donnent jamais de nouvelles des zapatistes mexicains, qui fêtent pourtant en ce premier janvier vingt ans de lutte, d’insurrection pacifique et de démocratie radicale:
    «le goût de la liberté des zapatistes», entretien de jérôme baschet avec bernard duterme
  • Parce que les dates, cela cache toujours les dynamiques qui font la vie, et que c’est chaque jour que l’on doit se renouveler:
    «je hais le nouvel-an», par antonio gramsci (1916)
  • Parce que la pensée est toujours plus belle quand elle est libre:
    «meilleurs vœux laïques pour 2014», par la libre pensée[1]
  • Parce que si vous trouvez que j’exagère, vous allez vite vous rendre compte que je suis doux comme un agneau:
    «et que crève le vieux monde», par albert libertad (1906)
  • Parce qu’en vrai, c’est not’ bon maître qui a raison, et que la meilleure position pour l’échine, c’est courbée, et la bouche, fermée:
    «les vœux de serge dassault», par lui-même (2014)
  1. hors vœux, lecture complémentaire recommandée: «la prochaine fois que quelqu’on vous bassine avec le voile… parlez-lui de l’alsace-moselle, par wardha roja. []
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