Et le vainqueur est…

14 avril 2008

C’est la deuxième fois que je suis juré pour un concours. La première, c’était il y a pas loin de dix ans, pour le Prix universitaire de la nouvelle, organisé par le Crous de l’académie de Rennes. Il devait y avoir une quinzaine de nouvelles à lire, et le jour de la délibération, très stressé, car il y avait des gens qui s’y connaissaient bien mieux que moi en littérature, moi qui avais été fort justement recalé au concours de l’année précédente et qui avais donc bien fait de ne pas participer à celui-ci. En plus il y avait Stéphane Corcoral dans le jury, un des fondateurs de L’Œil électrique, ce fantastique magazine culturel éclectique que personne n’a fait mieux depuis, et moi, rédacteur débutant à La Griffe, pas encore sûr de parvenir à faire du journalisme mon métier, mais sur la voie tout de même.
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Butin du jour (5)

5 avril 2008

En cette fin de Semaine du développement durable, j’ai appris que :

  • La Poste a pris la décision de fermer le centre de tri de Saint-Brieuc. Cela fait plusieurs années que les syndicats l’annonçaient, ça y est: en 2009, il n’y aura plus que deux centres de tri en Bretagne, à Rennes et Brest — car ceux de Vannes et Quimper ferment aussi. Les 550 000 plis qui étaient auparavant traités à Saint-Brieuc monteront dans des camions direction Saint-Jacques-de-la-Lande, commune qui jouxte Rennes et où sera construite une gigantesque plateforme logistique hyper-automatisée pour la bagatelle de 48 millions d’euros. En comptant les investissements à Brest et la création de deux centres d’appels pour les particuliers et les professionnels à Saint-Brieuc et Vannes, le plan coûtera 81 millions d’euros. Pour créer 30 emplois à Vannes et 35 à Saint-Brieuc, quand Sud estime que la transformation du centre de tri de Saint-Brieuc en centre de transit se traduira par une perte de 150 emplois (450 pour la Bretagne entière).
    Résumons: on engloutit des millions, on supprime des emplois, on met en place une nouvelle organisation plus centralisée qui a tout d’une aberration écologique (encore plus de camions sur les routes contre quelques quads électriques pour les facteurs), et tout ça pour quoi? «Pour tenter d’arrêter l’érosion et rester une entreprise rentable», déclare au Télégramme (samedi 5 avril) Raymond Redding, directeur général délégué de La Poste. Tu parles d’une érosion: moins 1% d’activité courrier en 2007. Le drame. La faillite guette. Ouais. Ce serait pas plutôt l’imminence de la libéralisation du courrier aux particuliers qui guette? La préparation à la privatisation passe souvent par l’investissement dans de belles machines remplaçant un maximum d’encombrants humains potentiellement revendicatifs.
  • Le BVP a retoqué une campagne de pube. Sans blague! Le Bureau de vérification de la publicité, qui passe son temps à laisser passer des placards et des spots vantant les mérites des 4×4 qui libèrent la ville ou des yaourts qui vaccinent contre l’infarctus, qui n’aime la femme que quand elle est objet, ce BVP-là se déciderait enfin à faire son boulot et à limiter l’exposition des enfants aux délices supposés des barres ultra-sucrées, ainsi que celle des adultes aux plats préparés hyper-salés? Ce serait bien, hein? Faudra encore attendre un peu. Car la campagne retoquée n’émanait pas d’Audi, de Danone ou d’une quelconque multinationale de la fripe. C’était une campagne montée par un organisme public, en l’occurrence le Syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères des Châtelets, qui s’occupe des poubelles de Saint-Brieuc et alentours. Soutenu par l’Ademe, la communauté de communes et le conseil général des Côtes-d’Armor, le Smictom des Châtelets déclinait, en sept affiches, autant de conseils de bon sens écologique: aux lingettes jetables, préférez les éponges; aux bouteilles plastique, l’eau du robinet; aux dosettes de café, le paquet; etc. Bref, réduisons les déchets à la source: économies à l’achat, au traitement, et bienfaits à l’environnement.
    Problème, selon Joseph Besnaïnou, directeur général du BVP: «Cette campagne paraît de nature à porter gravement préjudice à des secteurs économiques voire à des marques identifiables de produits» (cité dans Ouest-France du 5 avril). Il n’y a que 136 000 habitants dans la zone couverte par le Smictom des Châtelets. Mais imaginez que ces pubes fassent tache d’huile (on peut rêver), que d’autres collectivités s’en inspirent, et c’est la ruine des joyeux philanthropes de la dosette et du plastique. Le BVP, dont la mission est de «mener une action en faveur d’une publicité loyale, véridique et saine dans l’intérêt des professionnels de la publicité, des consommateurs et du public», a donc émis un avis négatif. Decaux et Clear Channel, qui gèrent l’affichage sur panneaux et Abribus, ne l’ont pas suivi; mais Métrobus, qui s’était déjà illustré il y a quelques semaines dans l’affaire Courrier international, s’est empressé de le revendiquer pour censurer cinq des sept méchantes affiches. Sur les bus de l’agglomération, on ne verra donc que celles consacrées aux piles rechargeables et à l’eau du robinet. Par contre, Carrefour a refusé cette dernière sur son parking.

On voudrait chercher une morale à ces piteuses histoires qu’on la trouverait dans une toute nouvelle discipline olympique: la linguistique. Chacun sa définition du développement durable, et que le plus fort gagne.

Le jour où j’ai voté à droite

16 mars 2008

La gauche (enfin, la gauche, le PS) a pris la Cabri, Communauté d’agglomération briochine. Trois villes de plus dans son giron: Yffiniac dès le premier tour, Plérin et Pordic ce soir. Mais la gauche (enfin, la gauche, le PS, ainsi que le PC et les Verts qui se sont enchaînés à lui) n’a pas su reprendre Saint-Brieuc, la préfecture des Côtes-d’Armor, que lui avait ravi en 2001 Bruno Joncour, Modem s’étant allié avec l’UMP. Pour tenter de le battre, la gauche (enfin, vous voyez ce que je veux dire) s’était choisi Danielle Bousquet, ancienne co-directrice de campagne de Ségolène Royal, qui avait été largement majoritaire ici au second tour de la présidentielle, et députée largement réélue l’an passé. Quoi, la gauche (enfin…) n’avait personne qui n’aurait pu être taxé de tentative de cumul des mandats? En tout cas, personne d’autre n’aurait pu espérer l’emporter. Une candidature par défaut, donc. Un premier tour très serré: Joncour en tête, mais la gauche (toute la gauche) légèrement en avance au décompte des voix. Plus 40% d’abstention pour corser les pronostics. La droite part en chasse. Le PS et la LCR discutent en vue du second tour, mais ne s’entendent pas. La droite repasse.
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À donf !

7 mars 2008

Ouest-France est décidément un bien étrange journal, qui a l’air de prendre un certain plaisir à tirer à hue et à dia — quoiqu’un peu plus souvent à hue quand même. Ainsi, il y a peu et coup sur coup, deux grands articles en dernière page célébraient, l’un un instituteur, l’autre un entrepreneur, qui continuent à travailler à quatre-vingts ans passés. On voudrait accréditer l’idée toute politique qu’il est normal de ne jamais prendre sa retraite qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Mais en même temps, est publiée ces temps-ci une série sur le pouvoir d’achat qui, si elle ne prétend pas remettre en cause la répartition des richesses, plaide tout de même pour un peu de social.

Autre exemple: l’environnement. Je me suis déjà énervé sur certaine pube et le traitement complaisant des revendications des producteurs de porcs (ici). Mais il faut aussi reconnaître qu’il y a eu un très bon reportage sur la région autrichienne du Vorarlberg, dont les maisons passives inspirent la commune de Boquého. C’était plutôt long et en pages France, je crois. Et aujourd’hui, intéressante dernière page sur le quartier Vauban de Fribourg, Allemagne, pionnier en économies d’énergie et en utilisation du solaire. Mais on déchante à l’intérieur du journal. Inaugurant une série sur la nouvelle saison de MotoGP — et alors que la une du programme tévé est consacrée à la Formule 1 —, un article s’extasie sur la performance technique et médiatique que constituera le premier grand prix de la saison. Il se courra dimanche au Qatar. De nuit. Un grand prix, le genre de truc idiot où, le but étant d’aller le plus vite possible, une excellente visibilité est absolument nécessaire. Mais là, de nuit. Pour la toute première fois de l’histoire. Faudra donc éclairer, et comment! «5,4 millions de watts de lumière dispensés par 3600 lampes alimentées par 44 générateurs de 13 mégawatts, 500 km de câbles, sur une surface équivalente à 70 terrains de football.» Les journalistes adorent les chiffres, les premières fois, et parler en terrain-de-football-équivalent.

L’auteur précise pourtant que tout cela ne sert à rien: s’il y a des périodes où il fait vraiment très chaud au Qatar (air à 42 degrés, 70 sur la piste), ce n’est pas le cas en ce moment. C’est l’hiver, il fait 25, tout baigne. En plus, la nuit, il y a de la rosée et c’est dangereux. Oui, mais on s’en branle: c’est la première fois, le Qatar est plein de fric (comme son voisin les Émirats arabes unis, où l’on peut skier en plein désert) et puis c’est pour une bonne cause, puisqu’au même moment aux États-Unis, il sera pile l’heure de se mettre devant sa tévé pour regarder les blaireaux moulés de cuir faire vroum-vroum.