Ah, quels titres… ...

Harassé de fatigue (rapport à la dure récupération d’une nuit blanche), je me promène mollement dans les rayons de la maison de la presse qui, fort heureusement, n’est qu’à quelques pas de la maison. Passé les unes lamentables des lamentables magazines hebdomadaires d’information générale pour lesquels, décidément, une affaire judiciaire sur laquelle on ne sait rien fera toujours couler plus d’encre qu’une catastrophe nucléaire dont on aimerait savoir plus, je m’éloigne de l’entrée, feuillette quelques livraisons sur les logiciels libres, la photographie et la basse électrique — mais on est en période de restrictions, pas d’achat aujourd’hui. En me dirigeant vers la sortie, mon œil est accroché par une sentence imprimée sur la couverture d’un des bouquins qui trônent sur la table des nouveautés. Ça dit : Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison. Un titre pareil, ça ne peut être qu’Arto Paasilinna.

À ma grande honte, il me faut bien avouer que je n’ai lu de lui que Le Lièvre de Vatanen, son troisième roman (1975) et le premier traduit en français (1989). Ce qui ne m’empêche pas de le tenir pour un grand écrivain, et pour l’auteur de quelques-uns des plus beaux titres qui soient, tout d’humour et de poésie mêlés : Le Meunier hurlant, La Cavale du géomètre (celui-ci dû à son traducteur, lui aussi bien inspiré), ou encore Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen. Et voilà comment la lecture ou la réminiscence d’un titre de livre dont on n’a pas lu une ligne peut éclairer une journée de crachin breton.

Sans compter que ça stimule l’imagination, et que j’ai ensuite passé un bon moment à chercher dans les volutes de mes neurones flapis quelques titres pareillement évocateurs, joliment décalés ou furieusement mélancoliques — que j’ai lus, ceux-là : Le Baron perché, L’Usage du monde, La Petite Marchande de prose, Cent ans de solitude, Histoires comme ça, Fragments de rose en hologramme… Pour finir sur deux de mes préférés : Et puis, quand le jour s’est levé, je me suis endormie et Si par une nuit d’hiver un voyageur. Les titres, c’est comme des bonbons délicieux, on les tourne longtemps en bouche, on s’en délecte en pensant à ce qu’on va trouver à l’intérieur, comme l’on peut tourner longtemps autour d’un livre sans l’ouvrir, le dévorant des yeux et se nourrissant de ses promesses. Tiens, je viens de finir Que font les rennes après Noël ?, et de commencer Le Chevalier inexistant.

Tarif de bord ...

C’est là que tu regrettes. Trois jours de bonheur, pourtant : le mariage d’un vieil ami, les retrouvailles avec tous les vieux amis, les rencontres, la découverte de Toulouse puis de la ferme de La Bouzigue, son ombre salutaire et le pique-nique sous sa protection. Lent étirement du temps. Hamac et enfants qui courent. La tomate qui explose en bouche, le crémant du Jura, les plateaux de fromages, les petites préparations au poil, le repas du soir. La fête, dans un écrin de campagne et de saveurs. La crainte de l’arrivée de l’orage, en cette fin de nuit parfumée à la mirabelle, et puis le vent qui tourne, le jour qui se lève. C’est dimanche, monde nouveau, bonheur renouvelé. Le rangement comme redescente sur terre, avant un dernier repas chez les mariés et une courte nuit d’avant-train.

Le sandwich Poilâne de la SNCF, c’est de la merde

Un peu pâteux, dans le train. Mais pas grave, la fatigue, ça se récupère ; et la joie, ça rajeunit. Mais faut quand même manger. Et c’est là que tu regrettes. De n’avoir pas eu la présence d’esprit de faire un sandwich ou deux avec les nombreux restes, saucisson, jambon cru, tomates, salade et poivrons… De n’avoir pas pensé à acheter un sandwich à la boulangerie en face la gare, d’où pourtant provenaient les pains au chocolat du réveil. De devoir te farcir la bouffe du wagon-restaurant. De tester la nouveauté, le jambon-fromage dans un pain Poilâne, 8,90€ le menu avec une salade de carottes en plastique et une bouteille d’eau. Ben le sandwich Poilâne SNCF, c’est parfaitement insipide. Pis c’est tout sec et dur. C’est pas bon. C’est cher. Il y a des conservateurs, et même du lait dans le jambon (je tiens la liste des ingrédients à la disposition des sceptiques).

Là c’est sûr, on est redescendu. Sur terre, et même un peu plus bas. Dans les égouts de la gastronomie. Mais c’est au fond du trou que tu te rends compte, grâces en soient rendues aux fins esprits qui nous gouvernent pour les siècles des siècles, que l’esprit de service public de la SNCF n’a pas totalement disparu : puisque tu n’as pas vomi pendant la fête, la Société nationale des chemins de fer français t’aide à le faire dans le train du retour. Merci.

allez, autopromo ...

C’est calme, ici, en ce moment. La vérité, en effet, est ailleurs : à la Crêperie des Promenades, où l’on mange les meilleures crêpes et galettes de Saint-Brieuc (au moins), et le meilleur caramel au beurre salé à l’ouest de Moscou (au moins). Où l’on peut aussi voir quelques photos de ma pomme, glanées dans les concerts de la région au cours des dernières années, qui sont aussi les premières du vingt et unième siècle, c’est dire si c’est historique. Sans compter que c’est une première fois : ma première expo. Merci, grand merci à Léna et Christophe de m’accueillir sur leurs murs.

« La féé électricité », affiche de l’exposition

La décennie de la vengeance ...

Pour la première fois dans l’histoire de ce glob (tin tin tin tin tin…), je me suis fendu récemment d’une forme, certes allégorique mais tout de même, de rétrospective de l’année écoulée. Mais il faut bien reconnaître que, loin, très loin de la hauteur de vue de mes estimés ex-confrères les journalistes, je n’avais encore rien proposé qui puisse rivaliser en termes de rétrospective de la carrément décennie écoulée. Qui n’est pas n’importe laquelle, puisque c’est la première d’un nouveau millénaire, et que donc elle mérite bien qu’on s’y attarde et qu’on la gratifie de nos talents écritoires (ou écrituristiques : comment qu’on dit dans ces cas-là ?), d’autant qu’on n’aura pas l’occasion de commenter la dernière.

Mais rassurez-vous, je vais faire court. Deux citations :

  • Ce matin, Barack Obama, président des United States of America : « Justice has been done. » Ils l’ont eu, dix ans après avoir lancé la traque. Et le monde entier de se réjouir de l’assassinat d’Oussama Ben Laden. Désolé, Barack, mais ça n’a rien à voir avec la justice, et tout avec la vengeance : finalement, c’est peut-être les pires titres de la presse étatsunienne qui sont les plus proches de la réalité du sentiment qui a conduit à loger une balle dans le crâne du grand chef d’Al Qaïda, puis à balancer son corps à la mer. Pas de jugement, pas de traces (et d’ailleurs, même pas de photo de l’ennemi vaincu).
  • Il y a quelques jours, Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, à l’annonce de la réconciliation entre le Fatah et le Hamas : « L’Autorité palestinienne doit choisir entre la paix avec Israël et la paix avec le Hamas. » S’il y en a qui doutaient encore que le gouvernement israélien veuille sincèrement la paix, et n’agisse dans les « territoires » que par pur esprit de justice, ne faisant que répondre à de lâches attaques terroristes, ne détruisant des villages, arrachant des oliviers et massacrant des civils que pour leur bien, et certainement pas dans un médiocre esprit colonialiste destiné à faire payer éternellement aux Palestiniens la faute de vivre sur cette terre qu’il veut accaparer, comme de trop nombreux antisémites occidentaux le laissent entendre, s’il y en a donc qui en doutaient encore, les voilà édifiés. Si tu veux la guerre, prépare la guerre.

Pas de morale, juste un triste bilan. Et un vague espoir : la seconde décennie du premier siècle du nouveau millénaire devrait moins attirer l’attention que la précédente. C’est l’occasion rêvée pour en faire la décennie de la paix, de la justice, du droit international, du renversement du capitalisme et de la décroissance joyeuse. Frères Arabes, nos ministres ne veulent pas de vous ni de vos supposés haillons : exportez-nous donc vos révolutions !

Petits conseils de lecture ajoutés le 3 mai :

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