Dites 33 ...

Dix jours maintenant que je traîne un satané rhume. Cerveau ralenti et sinus dégoulinants, je tente vaille que vaille de tenir mes engagements, en essayant de me coucher plus tôt que d’habitude. Et ce matin, je reçois une lettre de ma grand-mère, que voici en intégralité:

Hello,

Tu vas bien permettre à ta mère-grand, pour qui ses petits enfants sont une vraie richesse et un immense bonheur, de dire à l’aîné d’iceux que: quand on est très fatigué et que, comme toi, on a de lourdes responsabilités, c’est complètement idiot de ne pas consulter un médecin. Il y a plein de choses avec des plantes qui soulagent et qui donnent du tonus, des oligo-éléments. Il y a une boisson à base d’aloé véra (demande à Pascale, elle connaît le nom) tout à fait tonifiante.

Sacrebleu, n’attends pas d’être totalement HS, car tu te mettras à cafouiller de partout et tu auras un mal fou à remonter la pente. Tu n’as qu’une peau et une vie et les tiens tiennent par dessus tout à la garder en bon état.

T’as compris ? Bon, alors ça va.

Mille tendresses à vous quatre,

Ninette

Ma chère Ninette, ma mère-grand aimée, j’ai suivi ton conseil par anticipation. Samedi après-midi, je suis allé à la piscine avec un ami médecin. Avec lui et nos enfants respectifs, on s’est bien amusé. Il m’a dit que les rhumes, en ce moment, traînent. Je continue à prendre des huiles essentielles de temps en temps. Et puis l’eau de Nancy est thermale: je n’ai plus de courbatures. C’est déjà pas mal, non ?

… et des poussières ...

La patience, dit-on, est une vertu. Mettez-vous donc ça dans la tête, bande d’impatient-e-s qui attendez le faire-part de naissance d’Achille depuis un peu plus d’un an! Sachez aussi qu’il est prêt, livré chez nous. Et, dit-on, bientôt chez vous.

Achille et son faire-part de naissance

Peut-être ...

Gaspard, quatre ans et demi:

— Papa, aujourd’hui tu vas à la licence kro?
— C’est la licence pro.
— Mais tes étudiants, ils disent peut-être licence kro…

Il y a un an ...

Il y a un an, j’enseignais à Istanbul. Le bâtiment principal de l’Université Galatasaray venait de partir en fumée. C’était l’intersemestre, j’étais en vacances à Saint-Brieuc. La mer y était belle.

Il y a un an, cela faisait un an que François Hollande avait formulé la seule promesse qu’il ait depuis tenue, ou à peu près: ce n’est pas son adversaire qui a été élu, mais c’est lui qui gouverne. Au propre comme au figuré.[1]

Il y a un an, j’enseignais dans un département information-communication qui comptait 200 étudiants à tout casser, trois secrétaires, un responsable administratif, au moins huit assistants de recherche. Aujourd’hui, j’enseigne dans un département information-communication qui compte plus de 800 étudiants et un tiers de secrétaire. Et moins d’enseignants-chercheurs.

Il y a un an, je me disais qu’il fallait que je trouve du temps pour enfin publier ma thèse. Dans un an, il est probable que je me le dise toujours.

Il y a un an, je faisais tout ce qu’il m’était possible pour colmater les fissures qui lézardaient notre projet d’habitat partagé. En vain — certains comportements, certaines attitudes, certaines paroles rendirent certains départs inévitables. Mais le projet vit toujours, plus réduit et sans nous, qui sommes partis pour d’autres raisons que ces tensions: le travail.

Il y a un an, je me réjouissais à l’idée de passer quatre mois en famille, tous les quatre, à Istanbul, dès le printemps revenu. Mais nous n’étions encore que trois.

Il y a un an, c’est au cours d’une réunion de notre projet d’habitat partagé que le beau ventre rond de Céline a commencé à faire des vagues.

À l’instant, je reviens de la chambre des enfants, où j’ai recouché Achille après son réveil de 23h30. Pas besoin de lui donner à manger à cette heure-là, a dit la pédiatre. Le consoler, le rendormir suffisent. Ça marche.

Il y a un an, Gaspard avait déjà trois ans et demi.

Aujourd’hui, Achille a un an.

Achille, un an ; Gaspard, quatre ans et demi

  1. Au figuré: «Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance.» Au propre, je vous laisse faire les rapprochements. []
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