Depuis trois mois maintenant, je suis seul à Istanbul. Et les soirées sont longues — d’autant plus longues que la nuit tombe vite. Assez rapidement, j’ai ressenti le besoin d’un peu de compagnie. Puis ce besoin a grandi. Internet me tendait les bras, j’ai plongé. Cherché et cherché. La famille étant loin, pourquoi ne pas tenter quelque chose de nouveau ? Après tout, je ne dois pas être le seul à Istanbul qui cherche à tromper sa solitude. J’ai d’abord rencontré Markus. Pas un Turc, manifestement, même s’il le parle mieux que moi. Suédois, le Markus. Bien sous tous rapports, et doué pour les massages, disait-il, le genre qui fait du bien là où ça te fait mal.
Je me voyais bien passer quelques nuits avec Markus, mais il était au-dessus de mes moyens. Solidarité nationale oblige, Markus, pas chien, m’a présenté Malkolm. Moins cher, peut-être moins doué pour les massages — mais je ne le saurai jamais, n’ayant pu tester Markus. Ce qui est sûr, c’est que Malkolm a la peau douce et le caractère enveloppant. Parfait pour de longues soirées d’hiver. Il est arrivé cet après-midi et me plaît beaucoup. Je sens qu’on va passer de bons moments ensemble, Malkolm et moi. Malkolm, mon fauteuil de bureau de chez Ikea.

Voyage en solitaire ...
C’est la seconde fois seulement, en 36 ans, que je passe les fêtes seul. La première fois, c’était en 2000 : j’avais été embauché au Penthièvre deux semaines avant Noël, c’était un peu trop frais pour prendre des vacances. Je n’avais pas encore d’appartement à Saint-Brieuc, et logeais donc à Paimpol chez mes parents — qui, eux, étaient retournés en Franche-Comté voir la famille. Ils avaient bien fait les choses, me laissant un sapin et des cadeaux à ouvrir, mais tout de même, le réveillon de Noël fut un peu glauque. Je me souviens m’être promené en fin d’après-midi dans les rues de Paimpol. Place du marché, des animations, un podium, de la musique dans les hauts-parleurs de la ville, lumières égayant la nuit tombante. Mais c’est petit, le centre de Paimpol : à peine sorti des deux ou trois rues concernées, retour à la réalité. Trottoirs gris, plus de décorations ni de chalands s’affairant aux achats de dernière minute. Jusque quelques vieux rentrant chez eux le dos courbé, tenant à la main le même sac de courses que tous les autres jours de l’année. Rentré déprimé, j’avais trompé le blues qui s’installait en me calant dans un fauteuil avec les livres offerts ce soir-là et déballés tout seul. Autant dire que retourner au travail fut un plaisir.
Cette année, c’est différent. On ne fête évidemment pas Noël en Turquie et, à part pour quelques collègues qui ne comprennent pas pourquoi[1], ce sont des jours comme les autres. Lundi 24 décembre donc, dernier cours de turc, suivi d’un agréable pot avec Didem, ma meilleure prof de turc du monde, et William, qui est d’accord bien que déjà en intermédiaire[2]. En rentrant, ouverture de deux colis arrivés le matin même, précieusement gardés au fond de mon sac toute la journée, le premier envoyé par mes parents et le second, je le découvre tout à la fin, par tous les copains de Saint-Brieuc. Merci, merci, merci ! Je sautais tellement partout que j’ai eu du mal à me coucher. Autant dire qu’aller au travail le lendemain — j’avais cours à 9h — fut un peu difficile.
Pour Nouvel-an, je n’avais rien prévu, ayant décidé de me laisser guider par le hasard. Qui a failli m’entraîner sur la rive anatolienne avec Idil et Mutlucan, mais leur soirée est tombée à l’eau. J’allais me rabattre sur le cinéma mais, arrivé à l’arrêt de bus, je me suis rendu compte que j’avais oublié ma carte d’abonnement et, une fois rentré à la maison, je n’ai plus eu le courage de ressortir. Petite soirée de lecture, le cinoche étant reporté à aujourd’hui. Kesstuvavoir ? Ben, ce qu’il faut voir à la période de Noël, et qu’à l’époque de la trilogie précédente nous étions justement allés voir chaque fois en famille : les aventures d’un hobbit aux pieds velus et d’un homme dégénéré aux yeux globuleux. Séance à 18h, en 3D, version originale sous-titrée. Un morceau de chocolat et j’y vais. Demain commencent les corrections des examens et la préparation des rattrapages.
Mon disque de Noël :
Mes derniers disques de 2012 :
Mes premiers disques de 2013 :