Vive la « barbarie radicale » ! ...

Alors voilà, la marée rose annoncée a eu lieu. Il y en a qui font semblant de s’étonner, tel Libération, qui titrait lundi « Ouf, la gauche revient », alors qu’ils auraient pu dire : « Merde, le FN revient »[1]. Mais bon, on ne va pas se plaindre : la gauche est devant. Largement. Prête à faire le grand chelem, qui ne sera pas facile, notamment en Alsace, mais qui reste possible.

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  1. Je n’arrête pas de dire du mal de Libération sur ce blog — et c’est mérité. Mais il faut aussi reconnaître qu’il y a de temps en temps du bon : ainsi ce mercredi 17, un excellent dossier sur le Jeu de la mort. []

La couleur des voyelles ...

Il est des chansons, voire des albums, qui, une fois installés bien au chaud quelque part au fond du cortex, s’y font une place que l’on pourrait croire définitive, tant il est aisé, après les y avoir longtemps oubliés, de se les remémorer avec une précision et une émotion étonnantes. Cela m’est arrivé récemment avec Mixed Metaphors, un disque du saxophoniste autrichien Wolfgang Puschnig paru en 1995 et que je n’avais pas dû écouter depuis dix ans. Et pourtant… les introductions, les inflexions des solos, les mélodies et les accents, le mélange de poésie en allemand et de rap en anglais, tout est revenu. Comme le disque n’est manifestement plus distribué, et qu’il n’apparaît même pas sur le site personnel de Puschnig, je me permets d’en diffuser ici le premier titre, Poetry, huit minutes de bonheur funky et allitératif (en mp3 à 320 kbps). Rien à jeter là-dedans : d’excellents musiciens venus de différentes sphères, un jeu à la fois savant et plaisant sur les voix et les styles, pour un résultat qui ne vieillit pas.

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Musiciens :

  • Milton Cardona : percussions
  • Rick Iannacone : guitare
  • Antoine “Bun” Green : rap
  • Ernst Jandl : poésie
  • Andy Manndorff : guitare
  • Wolfgang Puschnig : saxophone alto
  • Linda Sharrock : chant
  • Jamaaladeen Tacuma : basse
  • Ahmir “B.R.O.THER ?” Thompson : batterie

Et comme ce titre joue avec les voyelles de l’alphabet latin, je l’associe à A.E.I.O.U, première plage du dernier album en date de Ky, duo-trio à invités variables de jazz improvisiano-bretonno-japonais. Le texte est savoureux, et la musique, ben c’est Ky : c’est bien. Le disque, sorti en 2009, est distribué par OpenMusic et se nomme Chansons muettes et musiques bavardes.

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Musiciens :

  • Maki Nakano : voix, saxophone alto, métallo-clarinette
  • Yann Pittard : guitare baryton Sumi, oud, effets

PS : Il n’est pas tout-à-fait fortuit que ce billet soit publié un 27 février, puisque c’est aujourd’hui le trente-quatrième anniversaire de l’ami Martin, alias Bart — encore quatre ou cinq ans, et ça en fera trente qu’on se connaît. Bart fut mon chanteur et guitariste préféré (mais nous étions jeunes) ; il est aussi l’auteur du petit bidule grâce auquel vous pouvez écouter de la musique ci-dessus. Ça s’appelle tout simplement WP Audio Player, c’est en version 2.0 depuis peu, téléchargé cinq à six mille fois par semaine, dites donc, ça cause dans le poste. Joyeux anniversaire, vieux frère !

Plus il y a de gras, moins il y a de jambon ...

Une page se tourne : expression rigolote sur un glob, où les pages, on les charge, on les fait défiler, mais tourner, guère. Il n’empêche que, comme disent les journalistes, kartoffelkäfig franchit aujourd’hui un cap. Passe la barre symbolique des 2000 « pourriels », joli mot québécois pour désigner les commentaires indésirables. Le spam, quoi. En voici la preuve : de bas en haut, les spams numéro 1998 à 2003 tels qu’ils s’affichaient ce matin sur mon tableau de bord, juste avant leur élimination définitive. Dernières traces de parasites heureusement invisibles, puisqu’arrêtés à temps par Akismet, l’antispam intégré à WordPress, ils n’ont jamais été publiés — aucun spam n’a d’ailleurs jamais été publié sur kartoffelkäfig en bientôt quatre ans d’existence.

Complétons ce bilan : ce billet est le cent quarantième publié. Chers lecteurs et trices, vous avez posté 178 contributions appréciées aux dits billets, merci ! Chers robots pourrisseurs de vie, vous en êtes donc à 2003 tentatives de dépasser les bornes, et ça va continuer à rater, tant pis pour vous. Conclusion provisoire : alors qu’il y a un peu moins de deux ans, j’en étais à deux tiers de spam pour un tiers de ham (chez nos amis Anglais, le commentaire a un lien de parenté avec la cuisse du cochon), me voici rendu à 92 % de gras pour à peine 8 % de jambon. Mon appel a donc été entendu et je suis passé au-dessus des statistiques générales d’Akismet, qui, elles, ont entretemps baissé : sur tous les sites protégés par lui, Akismet mesure depuis 2005 une proportion de 83 % de spam. Cela reste beaucoup. Et si ça pouvait continuer à baisser, ce serait pas mal : car si le spam est invisible sur les sites bien protégés, il reste une plaie qui alourdit considérablement nos boîtes mail et suce la bande passante des réseaux. Et voilà : je ne voulais pas faire de morale cette fois-ci, juste donner une info. Désolé. Je nettoyais mon glob, et le coup est parti tout seul.

Inadaptés ...

La légende veut qu’au dix-huitième siècle, les habitants de Königsberg réglaient leur montre à une horloge très particulière : la promenade d’Immanuel Kant, qui sortait de chez lui chaque jour à 17h pétantes et suivait rigoureusement le même chemin, quelle que soit la saison, quel que soit le temps. À cette époque, on savait rigoler, n’est-ce pas. Aujourd’hui que les mœurs se sont un peu relâchées à la suite de deux ou trois révolutions plus ou moins réussies, on a internet pour régler nos montres. Mais comme les déconnexions sont fréquentes à cause de deux ou trois privatisations plus ou moins réussies, on en se retrouve dehors à des horaires variables. On a cependant toujours soin de répéter le même trajet. Tout le monde n’ayant pas la chance de vivre à Königsberg, riante capitale de la Prusse devenue Kaliningrad, enclave russe en Pologne, il faut bien que chacun élabore son propre parcours — on appelle cela le « libre arbitre ».

À Paimpol, il est par exemple de coutume de faire, comme on dit, « le tour du port ». Le havre en question disposant d’une écluse, il est en effet possible d’en faire le tour quand ladite écluse est fermée, c’est-à-dire à peu près tout le temps, puisqu’elle ne peut s’ouvrir, à la demande des marins, qu’au cours d’une période allant de deux heures et demie avant la marée haute à deux heures et demie après la marée haute. Si bien que même quand internet est déconnecté, on a toutes les chances de pouvoir faire le tour du port au moment où l’on en a envie — on appelle cela le « progrès ».

Toutes les occasions, et en particulier digestives, sont bonnes pour faire le tour du port de Paimpol. Exemple : le 1er janvier 2010, soit approximativement hier. Quel meilleur accueil faire à la nouvelle année que de montrer, en faisant le tour du port, que certaines valeurs intangibles et constitutives de notre identité paimpolaise ne seront pas, aujourd’hui plus qu’hier et moins que demain, menacées par le temps qui passe et la déréliction qui galope ? Nous fîmes donc, après manger, le tour du port. Et nous eûmes, Linda, Céline, Thomas et moi, une idée : pourquoi n’irions-nous pas, demain (c’est-à-dire aujourd’hui), au cinématographe afin d’y voir tous ensemble et en stéréo Gulliver chez les Schtroumpfs Avatar ? Les bonnes idées viennent souvent en digérant — on appelle cela la « philosophie ».

Il en fut ainsi décidé. Christelle, une collègue de Céline, garderait Gaspard pendant que nous irions nous encanailler gentiment. Céline et moi partirions en début d’après-midi pour Saint-Brieuc où nous achèterions par avance les places, Linda et Thomas devant nous rejoindre pour le repas précédant les effets spéciaux. Ce qui fut dit fut fait, et à 16h tapantes, je me présentais à la caissière du Cinéland et commandais les quatre places avec lunettes. « C’est complet. Je viens de vendre les dernières. Je vous conseille de réserver à l’avance. » C’est pourtant ce que je croyais faire, avec une heure d’avance sur Kant et cinq sur la séance du soir. Mais cela ne suffisait pas. Nous ne nous étions pas assez battus pour dépenser notre argent en loisirs futiles, en conséquence de quoi nous n’avions plus qu’à nous échouer mollement dans le canapé comme de vieilles galettes de fioul oubliées derrière un pétrolier poussif et arrivées sur la plage après la marée noire et le départ des bénévoles. Dans le capitalisme mondialisé, si t’es pas un winner, t’es un loser — on appelle cela la « civilisation ».

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