Archive pour la catégorie 'Thèse'

Au boulot, cerveaux fainéants!

Jeudi 26 juillet 2007

C’est un gros machin. Un énorme machin. Une institution, quoi. L’Association internationale des études et recherches sur l’information et la communication (AIERI) est la structure mondiale de référence de notre petite discipline. Fondée il y a cinquante ans à Paris, sous l’égide de l’Unesco et de l’Institut français de presse, elle y revenait pour fêter son anniversaire et tenir sa conférence annuelle, du 23 au 25 juillet. Dans les locaux mêmes de l’Unesco qui, pas le genre mère indigne, mettait ses salles à la disposition du raout — et je me suis laissé dire que cela avait bien soulagé les organisateurs. Par contre, l’hôte ne payait pas à manger: lundi, affreux sandwiches club de bord d’autoroute, bêrk. L’ordinaire s’est un peu amélioré mardi et mercredi, mais sans crever le plafond, que l’Unesco a haut, faut bien avouer. Ça fait d’ailleurs de grands murs, richement décorés: Picasso, Vasarely, et autres gloires à nous inconnues offertes par le Japon, la Grèce ou Israël — rien trouvé venant des États-Unis, mais j’ai pas fouiné partout. Par contre, on aurait pu se passer des plats en cuivre-hologrammes «don de l’Ukraine».

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Respire!

Mardi 10 octobre 2006

Nom d’une pipe, quel mal de ventre! Mais quand même, j’y suis arrivé: parler tout seul devant une soixantaine d’étudiants pendant presque une heure… et sans micro.

C’était la première conférence de l’année pour la section journalisme de l’IUT de Lannion, et j’en étais l’heureux invité. Report d’une séance prévue au printemps et qui n’avait alors pu se tenir pour cause de dialogue social déficient – le CPE, ils appelaient ça, et les étudiants n’avaient pas aimé. Calmes et attentifs étudiants de première et seconde année. Attentifs à mes propos, peut-être, calmés par le fait qu’on leur donnerait à la fin des réjouissances le sujet d’un devoir écrit, sûrement.

J’ai causé – un peu trop vite, d’ailleurs, puisqu’on m’a demandé de freiner – des principaux résultats de mon DEA, soutenu en juin 2005 à Paris 8. Le titre de mon intervention: Presse locale: un média de diversion. De diversion, parce que je montre, analyse de contenu à l’appui, que le monde que la presse régionale bretonne donne à lire est très différent de la réalité qu’elle prétend décrire. Qu’au lieu d’attirer l’attention sur la complexité du monde et de tenter de l’expliquer, elle la détourne vers une construction simplifiée à l’extrême des rapports sociaux. Que loin d’appréhender les mouvements de fond et les interrelations qui constituent la société, elle se borne à décrire une succession de micro-événements qui n’ont ni cause, ni conséquence, ni contexte. Bref, qu’elle fait diversion.

Après cela, intéressant débat attaqué bille en tête par des étudiants pourfendeurs de la «médiocrité» que je venais soi-disant de démasquer. Sauf qu’il n’avait pas été question de médiocrité, mais d’un décalage à mon avis croissant entre la presse et la société. Un décalage qui pourrait être une des raisons de la baisse du lectorat de la presse locale, mais ça n’est qu’une hypothèse. Mon étude replace une analyse de contenu dans un contexte historique et un cadre théorique. Les indices sont plutôt concordants qui viseraient à confirmer l’hypothèse décalage croissant = baisse des ventes. Mais ce travail n’est pas une étude de réception, il ne dit rien de ce que les lecteurs retirent de leur lecture, et encore moins ce qu’ils voudraient lire. Faut pas mélanger la recherche et les jugements de valeur…

Les étudiants ont maintenant une quinzaine de jours pour plancher sur la question: «Le concept de média de diversion vous paraît-il pertinent?» Je serais curieux de voir ce que ça va donner… En attendant, je vais essayer de soigner mon petit ventre. Pendant, tout avait en effet l’air d’aller. Après, quand on a commencé à discuter dans le couloir, j’ai senti ce nœud de tension qui me vrillait les tripes. Je crois que je commence à comprendre pourquoi les comédiens et les chanteurs travaillent tant sur la respiration. De Dieu que ça fait mal! La petite bière partagée ensuite avec Philippe a aidé à calmer un peu les choses. Mais le souvenir de ces deux heures m’a quand même accompagné jusqu’au lendemain matin…

Merci à Denis Ruellan de m’avoir invité, à Philippe Gestin de s’être occupé de l’organisation, de l’accueil et de la présentation, et à Béatrice Damian et Yvon Rochard d’avoir enrichi et recadré la discussion.