Archive pour la catégorie 'Politique'

Un ulcère à deux vitesses

Vendredi 23 mai 2008

Dans Ouest-France aujourd’hui, en page Côtes-d’Armor, sous le titre « Ulcérés, les pêcheurs sont passés à l’action », trois photos des manifs d’hier, une grande (quatre colonnes) et deux petites (deux colonnes chacune). Sur la grande, des pêcheurs distribuent aux automobilistes des barquettes de poisson importé des États-Unis, du Canada et d’ailleurs, dont ils viennent de délester hypermarchés et grossistes qui, semble-t-il, n’en avaient plus besoin. Sur la première des petites photos, devant le bureau des Affaires maritimes de Saint-Quay-Portrieux, des armoires, des bureaux, des documents et des ordinateurs en flammes : les pêcheurs ont saccagé les bureaux et mis le feu à ce qu’ils y ont trouvé. Enfin, sur la seconde petite photo, un groupe de pêcheurs devant le bac de surgelés d’un hypermarché. Pas inactifs, hein. Je cite la légende : ces braves gens sont en train de vider « les rayons de poisson surgelé importé. À part une échauffourée à Langeux et des éclats de voix à Plérin, les opérations se sont déroulées en douceur. »
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Où va se nicher la bête

Mardi 20 mai 2008

L’autre jour, en faisant la queue à la poste, je découvre un truc marrant, quoiqu’un peu cher: la possibilité de créer ses propres timbres personnalisés via un site internet dédié. MonTimbraMoi, qu’ils appellent ça, et ça coûte 12€ pour 10 timbres classiques. Bon, pourquoi pas ? (évidemment, ça va vite devenir un support de pube pour les entreprises et peut-être me sortir rapidement par les trous de nez, que j’ai pourtant profonds, mais en attendant, je me dis que ça peut servir pour une occasion particulière — avant, j’aimais bien dessiner sur les enveloppes, mais maintenant, je suis devenu feignant, ou alors j’écris moins, ou les deux, enfin bref).

Ce matin, en parcourant le site de mon journal allemand préféré, j’ai nommé la tageszeitung de Berlin, je découvre que ce système existe aussi chez nos amis teutons. Là-bas, ça s’appelle Plusbrief Individuell, et c’est plus cher (36€ les 20), mais on a carrément l’enveloppe et le timbre personnalisés. Surtout, j’apprends que les petits Français ont été dépassés par leurs voisins en matière de créativité philatélique, et de quelle manière. Un groupuscule néonazi a en effet fait imprimer des timbres à l’effigie de Rudolf Hess, un des adjoints les plus proches d’Hitler, martyr des néonazis depuis son suicide dans la prison de Berlin-Spandau en 1987.

N’y a-t-il donc pas de contrôle? Que si, nous assurent les responsables de la Deutsche Post, mais on ne peut pas tout contrôler, voyez-vous. Y a-t-il eu d’autres cas de révisionnisme philatélique? On nous assure qu’il ne s’agit que de vingt timbres, suffisants toutefois pour qu’un journal néonazi se félicite de cette nouvelle opportunité offerte «à ceux qui s’intéressent à l’histoire». Mais c’est difficile à dire: une croix gammée ne passera bien sûr pas, mais le journaliste cite d’autres motifs plus difficilement repérables, comme des photos de dignitaires nazis alors qu’ils étaient enfants, ou des codes de lettres et de chiffres dont les néonazis sont friands. Combien de temps avant que ça n’arrive en France?

Butin du jour (5)

Samedi 5 avril 2008

En cette fin de Semaine du développement durable, j’ai appris que :

  • La Poste a pris la décision de fermer le centre de tri de Saint-Brieuc. Cela fait plusieurs années que les syndicats l’annonçaient, ça y est: en 2009, il n’y aura plus que deux centres de tri en Bretagne, à Rennes et Brest — car ceux de Vannes et Quimper ferment aussi. Les 550 000 plis qui étaient auparavant traités à Saint-Brieuc monteront dans des camions direction Saint-Jacques-de-la-Lande, commune qui jouxte Rennes et où sera construite une gigantesque plateforme logistique hyper-automatisée pour la bagatelle de 48 millions d’euros. En comptant les investissements à Brest et la création de deux centres d’appels pour les particuliers et les professionnels à Saint-Brieuc et Vannes, le plan coûtera 81 millions d’euros. Pour créer 30 emplois à Vannes et 35 à Saint-Brieuc, quand Sud estime que la transformation du centre de tri de Saint-Brieuc en centre de transit se traduira par une perte de 150 emplois (450 pour la Bretagne entière).
    Résumons: on engloutit des millions, on supprime des emplois, on met en place une nouvelle organisation plus centralisée qui a tout d’une aberration écologique (encore plus de camions sur les routes contre quelques quads électriques pour les facteurs), et tout ça pour quoi? «Pour tenter d’arrêter l’érosion et rester une entreprise rentable», déclare au Télégramme (samedi 5 avril) Raymond Redding, directeur général délégué de La Poste. Tu parles d’une érosion: moins 1% d’activité courrier en 2007. Le drame. La faillite guette. Ouais. Ce serait pas plutôt l’imminence de la libéralisation du courrier aux particuliers qui guette? La préparation à la privatisation passe souvent par l’investissement dans de belles machines remplaçant un maximum d’encombrants humains potentiellement revendicatifs.
  • Le BVP a retoqué une campagne de pube. Sans blague! Le Bureau de vérification de la publicité, qui passe son temps à laisser passer des placards et des spots vantant les mérites des 4×4 qui libèrent la ville ou des yaourts qui vaccinent contre l’infarctus, qui n’aime la femme que quand elle est objet, ce BVP-là se déciderait enfin à faire son boulot et à limiter l’exposition des enfants aux délices supposés des barres ultra-sucrées, ainsi que celle des adultes aux plats préparés hyper-salés? Ce serait bien, hein? Faudra encore attendre un peu. Car la campagne retoquée n’émanait pas d’Audi, de Danone ou d’une quelconque multinationale de la fripe. C’était une campagne montée par un organisme public, en l’occurrence le Syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères des Châtelets, qui s’occupe des poubelles de Saint-Brieuc et alentours. Soutenu par l’Ademe, la communauté de communes et le conseil général des Côtes-d’Armor, le Smictom des Châtelets déclinait, en sept affiches, autant de conseils de bon sens écologique: aux lingettes jetables, préférez les éponges; aux bouteilles plastique, l’eau du robinet; aux dosettes de café, le paquet; etc. Bref, réduisons les déchets à la source: économies à l’achat, au traitement, et bienfaits à l’environnement.
    Problème, selon Joseph Besnaïnou, directeur général du BVP: «Cette campagne paraît de nature à porter gravement préjudice à des secteurs économiques voire à des marques identifiables de produits» (cité dans Ouest-France du 5 avril). Il n’y a que 136 000 habitants dans la zone couverte par le Smictom des Châtelets. Mais imaginez que ces pubes fassent tache d’huile (on peut rêver), que d’autres collectivités s’en inspirent, et c’est la ruine des joyeux philanthropes de la dosette et du plastique. Le BVP, dont la mission est de «mener une action en faveur d’une publicité loyale, véridique et saine dans l’intérêt des professionnels de la publicité, des consommateurs et du public», a donc émis un avis négatif. Decaux et Clear Channel, qui gèrent l’affichage sur panneaux et Abribus, ne l’ont pas suivi; mais Métrobus, qui s’était déjà illustré il y a quelques semaines dans l’affaire Courrier international, s’est empressé de le revendiquer pour censurer cinq des sept méchantes affiches. Sur les bus de l’agglomération, on ne verra donc que celles consacrées aux piles rechargeables et à l’eau du robinet. Par contre, Carrefour a refusé cette dernière sur son parking.

On voudrait chercher une morale à ces piteuses histoires qu’on la trouverait dans une toute nouvelle discipline olympique: la linguistique. Chacun sa définition du développement durable, et que le plus fort gagne.

Le jour où j’ai voté à droite

Dimanche 16 mars 2008

La gauche (enfin, la gauche, le PS) a pris la Cabri, Communauté d’agglomération briochine. Trois villes de plus dans son giron: Yffiniac dès le premier tour, Plérin et Pordic ce soir. Mais la gauche (enfin, la gauche, le PS, ainsi que le PC et les Verts qui se sont enchaînés à lui) n’a pas su reprendre Saint-Brieuc, la préfecture des Côtes-d’Armor, que lui avait ravi en 2001 Bruno Joncour, Modem s’étant allié avec l’UMP. Pour tenter de le battre, la gauche (enfin, vous voyez ce que je veux dire) s’était choisi Danielle Bousquet, ancienne co-directrice de campagne de Ségolène Royal, qui avait été largement majoritaire ici au second tour de la présidentielle, et députée largement réélue l’an passé. Quoi, la gauche (enfin…) n’avait personne qui n’aurait pu être taxé de tentative de cumul des mandats? En tout cas, personne d’autre n’aurait pu espérer l’emporter. Une candidature par défaut, donc. Un premier tour très serré: Joncour en tête, mais la gauche (toute la gauche) légèrement en avance au décompte des voix. Plus 40% d’abstention pour corser les pronostics. La droite part en chasse. Le PS et la LCR discutent en vue du second tour, mais ne s’entendent pas. La droite repasse.
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