Archive pour la catégorie 'Photo'

Camaïeu de gris

Mercredi 9 janvier 2008

La Réunion, 3.

C’est le plein été à La Réunion, et donc également la saison des pluies — et pas encore celle des cyclones, qui devrait commencer après notre départ. L’arrivée, hier matin aux aurores, s’est faite sous un climat typiquement… breton. Crachin, grisaille, petite brise. Le dépaysement, ce sera pour plus tard. Les fortes pluies de ces derniers jours empêchant de se rendre dans les hauts, où tous les sentiers ont été fermés, on se balade dans les environs de Saint-Leu avec Anne-Claire, qui nous accueille, et Flo et Denis, qui vont bientôt repartir en métropole après un peu plus de deux ans sur l’île. Céline et moi découvrons les roches noires caractéristiques du volcanisme réunionnais, ainsi que des lieux qui sonnent très «pays» à nos oreilles: le Gouffre, la Roche aux oiseaux, et la pointe au sel, dite pointe de Bretagne, où j’ai pris cette photo.

NB: Retrouvez ici le sommaire de tous les billets consacrés à La Réunion.

L’aile du plaisir

Lundi 7 janvier 2008

La Réunion, 2.

Môme, j’ai été terrorisé par un épisode de la Quatrième Dimension. Un type prenait l’avion, s’asseyait contre un hublot et, au cours du vol, entrouvrait le rideau. Derrière la fenêtre, sur l’aile, un monstre à forme vaguement humaine. Évidemment, le type était le seul à le voir et l’équipage le prenait pour un fou. En tout cas, c’est ce dont je me souviens. À chaque fois que le type tirait le rideau, on ne savait jamais si le monstre serait derrière, et à quelle distance. Cette succession d’absences, de plans larges et de gros plans m’avaient mis une frousse pas possible.

Rien de tel dans l’avion qui nous emmène vers Saint-Denis. Juste un vieux souvenir, et une jolie lumière.

NB: Retrouvez ici le sommaire de tous les billets consacrés à La Réunion.

Vieilles recettes

Mardi 16 octobre 2007

Et si on disait un peu de mal des journaux? On s’est payé Ouest-France l’autre jour, ayons donc un peu d’ambition et attaquons-nous à plus prestigieux. Le Monde, tiens. J’achète Le Monde le dimanche parce que je collectionne leurs DVD de grands films à pas cher — même si ça a bien augmenté récemment, vu qu’en plus du film, ils nous refilent désormais une biographie complète du réalisateur. L’autre dimanche, le 7 octobre, y avait Rusty James et, donc, la bio de Francis Ford Coppola. L’annonce de ce bonus occupait la partie droite de la une. À gauche, un titre sur l’affaire politico-économique du moment: «EADS: Mme Lagarde ordonne une enquête sur le rôle de l’Etat». Et au milieu, une superbe et poignante photo, gros plan en contre-plongée sur un beau visage de femme, lumière divine, yeux fermés et larme qui coule le long de joue. Ç’aurait été une statue ou un tableau qu’on se serait cru dans un musée, en train d’admirer une pietà. Mais cette femme-là ne portait pas la douleur consécutive à la crucifixion de son illégitime rejeton. Elle était elle-même le Christ — visuellement parlant, s’entend. Les faits plaident moins en sa faveur: Marion Jones s’est dopée, elle a triché pour remporter ses médailles olympiques, elle a mis le temps à l’avouer, mais elle le fait en écrasant une larme: «C’est avec une grande honte que devant vous je peux vous dire que j’ai trahi votre confiance.» La syntaxe est approximative, mais le sentiment est bien chrétien, sortez vos mouchoirs.
Lire le reste de cet article »

Le temps qu’il fait

Mercredi 18 juillet 2007

Il fait trente-cinq degrés à Avignon. Marie-Odile et Roland, qui nous y accueillent tout aussi chaleureusement, n’y peuvent rien: je fonds au soleil. Ceci dit, la vie est bien remplie: une piscine pleine d’enfants, un lit plein d’oreillers, ah, et puis du théâtre. Dinozord: the dialogue series III, de Faustin Linyekula: des longueurs (j’ai dormi, on va dire que c’est la fatigue) et de très beaux moments. Ubu Roi, Alfred Jarry mis en scène par Alain Timar: un peu criard mais fort réjouissant. 4.48 Psychose, Sarah Kane mise en scène par Pierre Foviau: recours étonnant mais pertinent au clown pour interpréter ce texte terrible — mais qui ne manque pas d’humour — sur le suicide et la dépression.

Aujourd’hui: pause dans le théâtre, petit voyage à Arles pour une chouette expo d’Ousmane Sow, puis un tour aux Rencontres photographiques: rétrospective d’Alberto Garcia-Alix, ou l’Espagne vue du côté underground; soixantième anniversaire de l’agence Magnum; panorama des photographes indiens contemporains et Terrains d’entente, dix photographes confrontés au paysage. Très haut niveau pour les deux premières, le reste assez mitigé. Ça suffira bien pour aujourd’hui. On se presse pour attraper le train du retour. Je meurs de chaud. Vivement la piscine!

Pendant ce temps, il fait trente degrés au Japon. Dans ses mails, Thomas nous parle de sources thermales, de temples, d’os humains, de musique et de rencontres. Et d’actualité. Ky a échappé à deux tremblements de terre, qui ont fait dix morts, un millier de blessés, détruit des centaines d’habitations, et provoqué un accident à la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa. D’abord il n’y avait rien. Puis une fuite d’eau radioactive que les autorités annoncèrent évidemment sans gravité. Ce matin, on apprenait que le maire de la ville a décidé de fermer la centrale jusqu’à ce que la sécurité soit assurée. Et ce soir, on peut lire sur le site du Monde qu’en fait, une cinquantaine de dysfonctionnements ont été causés par le séisme, dont la chute d’une centaine de fûts de déchets, certains s’étant ouverts, ainsi que le dégagement de gaz radioactifs dans l’atmosphère. Mais le nuage s’est certainement arrêté à la sortie de la centrale, car il avait oublié sa carte de pointeuse au vestiaire. Bref, faut pas s’inquiéter. Il y a plus grave ailleurs. Je meurs de chaud, et, dans mes tongs toutes neuves, mes orteils se crispent encore trop souvent — ça me fait une démarche un peu bancale et tout le monde me regarde.