Archive pour la catégorie 'Musique'

Plus douce sera la chute

Samedi 23 février 2008

Hier soir, André Minvielle et Lionel Suarez se produisaient à l’Appel d’Airs. J’adore André Minvielle, dont l’album ¡Canto! a accompagné un nombre incalculable de mes soirées et déplacements en voiture, et l’Appel d’Airs est une chouette salle associative tenue par des gens bien. Mais voilà, plutôt que de faire trente kilomètres et de boire de la bière locale brassée par des gens tout aussi bien, nous sommes allés à Brest manger un hamburger et boire de la Leffe capitaliste. Une heure et demie de voiture aller, pas seulement pour le plaisir de taquiner Sylvia sur ses recherches d’appartement qui n’avancent pas, mais surtout pour voir et entendre Vic Chesnutt. Récente découverte pour moi que ce chanteur et guitariste à la chaude voix et aux chansons à tomber par terre. Avec en prime une bonne partie des musiciens de Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra & Tra-la-la Band, et Guy Piccioto, ci-devant et s’il vous plaît guitariste de Fugazi. C’est-à-dire qu’on retrouvait sur scène la bande avec laquelle Vic Chesnutt a enregistré son dernier album, North Star Deserter, qui est, mais je me répète, à tomber par terre.

Évidemment, nous sommes arrivés à l’heure. L’association Mémo, qui organisait la chose au Vauban et qui doit certainement être gérée par des gens bien, ne fait en effet pas de réservations par téléphone et le seul point de vente était à Brest. Pas envie de faire tout ce chemin pour se retrouver à visiter le port de nuit. Ouverture des portes à vingt heures trente, on peut raisonnablement tabler sur le concert à vingt et une heures. On a attendu une heure de plus. C’est un peu long, amis associatifs. On se croirait à l’Appel d’Airs à ses débuts!

Mais, comme on dit, ça en valait la peine — en fait, non, cette expression est débile: ç’aurait été encore mieux si on avait eu une heure de fatigue en moins. Mais enfin. Des mélodies limpides, une voix tantôt douce, tantôt déchirée, de grandes nappes d’électricité succédant à de longues plages de miel. Violon, contrebasse, guitares, clavier, batterie, voix. Ça, mes enfants, c’est un groupe qui sait ce que c’est que la dynamique et l’expressivité. Au risque de me répéter, à tomber par terre.

PS: North Star Deserter est en écoute sur Deezer. Comme d’habitude, les chansons sont dans le désordre le plus complet, mais tout y est. Régalez-vous!

Stéatose hépatique

Samedi 15 décembre 2007

Je me souviens d’un fameux Nouvel-An qui, avant de finir en pyramide humaine dans la salle de la DDE de Saint-Sauveur, Haute-Saône, avait commencé en course-poursuite, dans et autour de ladite salle. Je crois que c’était Arnaud qui avait apporté, pour compléter le menu de nos réjouissances, une boîte de foie gras. Ulf n’était pas d’accord, et il avait bien raison: on ne devrait pas prendre de plaisir au résultat d’une torture. Donc, le premier d’entre nous, Ulf boycottait le foie gras. Je précise en passant, à l’attention de celles et ceux qui n’ont pas la chance de le connaître, que «Ulf» est évidemment un surnom — c’est aussi un authentique prénom allemand, et ceci n’est d’ailleurs pas totalement étranger à cela, mais n’attendez pas de moi que je vous révèle un demi-secret de collégiens attardés. Bref, l’intéressé lui-même préfère ce surnom à son véritable patronyme qui est Glorient Ürchner et, soit dit en passant, il a bien raison.

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S’amuser autour d’une tombe

Jeudi 8 novembre 2007

Il y a des tas de raisons de ne pas aimer Céline Dion. D’abord, sa musique, c’est de la daube. En plus, elle la chante à Las Vegas, la Mecque du mauvais goût. Et Michel Drucker adôôôre.

Il y a à peu près autant de raisons de se foutre complètement de Céline Dion. On n’est pas obligé d’écouter ses daubes, il est facile de se tenir loin de Las Vegas et de Michel Drucker.

Mais il y a désormais une raison de ne plus s’en foutre, et de ne vraiment pas aimer Céline Dion — pas l’«artiste», la personne. Chacun sait que Taking chances, son nouvel album, sort le 13 novembre. Un premier simple tourne déjà sur les ondes et aux caisses des supermarchés de la culture depuis deux mois. Le second, qui ne devrait pas tarder, sera accompagné d’un vidéoclip mettant en vedette le torero Matías Tejela mimant une corrida. Ces images seront également projetées sur écran géant lors de la tournée mondiale de la star, qui envisagerait encore de faire construire une réplique des arènes de Mexico à Las Vegas.

Ajoutons à cela que, pour fêter ses 25 ans de «chanson», Céline Dion est apparue dans Le Midi Libre du 7 novembre arborant un joli col en fourrure de renard. Vous savez comment on tue les renards et autres animaux à poil-à-bourgeoise? Une électrode dans la bouche, une autre dans le cul, et de l’électricité entre les deux pour conserver l’aspect bouffant de la fourrure.

Il y a de quoi se laisser aller à insulter cette ***. Une fois la colère un peu retombée, on peut réagir, poliment, en suivant notamment les conseils de l’Alliance anticorrida, de qui je tiens cette info.

Nous ne sommes pas vaincus

Dimanche 28 octobre 2007

Quel week-end, mes aïeux! Qui a commencé très fort, dès mercredi soir. Quatre heures de Shakespeare à Nanterre, Le Roi Lear mis en scène par Jean-François Sivadier, beau moment de théâtre, grand plaisir de la langue et du jeu d’acteurs. Jeudi soir, c’est le palais que Laurent m’a charmé avec une douceur à base d’un kilo de piments, suivie d’une téquila de derrière les fagots — rien de tel pour refaire le monde. Vendredi, une étape du marathon BB-Mix, intrépide festival organisé par l’ami Jiess, co-programmé par Marie-Pierre Bonniol, oscar 2007 du pyjama. On attaque avec les Berlinois de La Batterie, rien d’inoubliable, mais ensuite on décolle avec Fujiya & Miyagi puis Pram. Plus tard chez Jiess et Marine, pas de téquila, mais un rhum arrangé qui permet de ne pas redescendre de ces belles hauteurs musicales, de les prolonger en paroles, pas forcément dignes d’êtres gravées sur disque, mais bien agréables à échanger — des secrets sont même partagés, dont vous ne saurez rien, bien fait pour vous, fallait être là. Non, même avec beaucoup d’argent. Et pourtant, ça vaut le coup…

Samedi, réveil un peu tardif, puis balade dans Paris à la recherche du dernier Robert Wyatt, que j’ai envie de m’offrir en vinyle. Las, la librairie L’Œil du silence, conseillée au petit-déjeuner de treize heures par Marie-Pierre, a fermé ses portes. La solution de secours Gibert Joseph fonctionne, et je peux retrouver J1 qui cherche une guitare classique, en essaie une, ainsi qu’une manouche, mais ce n’est pas ça. Alors que BB-Mix s’apprête à donner une soirée d’enfer avec Deerhoof, So So Modern, Dirty Projectors et Ill Ease, nous on va à Franprix acheter à manger, car soirée chez Adeline, oscar 2007 de la casserole la plus petite du monde. À croire que tout le monde a bu du rhum jusqu’à cinq heures du mat’ la veille: le démarrage est lent. Mais la discussion finit par s’enclencher, revenant souvent à la politique, et à quoi faire, concrètement, pour arrêter de se faire baiser par tous les trous. Il y a des pâtes, PJ Harvey, les Pixies, Herman Düne, Fela, et le bon temps roule…

Dimanche après-midi, pas question de rater la fin de BB-Mix. Prestation peu convaincante d’Exil, jolie voix, mais le reste est à revoir. Puis Serafina Steer, chanteuse et harpiste qui se produit en solo, superbe. Et enfin l’aboutissement de la longue quête de Marie-Pierre: la deuxième apparition sur scène des Young Marble Giants depuis leur séparation en 1980. Il y a là quelques centaines de fans qui adulent ces maîtres de la pop post-punk minimaliste, J1 qui découvre, et moi qui ne les connais que depuis que Jiess m’a annoncé cette reformation, il y a deux mois. Étrange impression de voyage dans le temps — et pourtant leur musique n’a pas vieilli. Quelques pains excusables, on sent chez eux à la fois l’appréhension, dominante au début, et la joie d’être là, qui prend le dessus dans la deuxième moitié du concert.

Après tout ça, on irait bien se coucher, non? Je suis vanné. Mais il n’est que dix-neuf heures, mon train est à minuit, et Lou Casa (un des groupes de mon frère Thomas) joue à Montreuil. Ulf y sera, et Lucille pas vue depuis si longtemps, et d’autres encore. Je me laisse convaincre, puis je fais grogner J1 en le baladant le long de l’avenue Édouard-Vaillant, jusqu’à la Porte de Saint-Cloud et retour, car il faut que je récupère mes affaires et que je rende les clés à Marine, et c’est parti pour le voyage en métro le plus n’importe-quoi du week-end. 32 stations sans changement! Heureusement que J1 a un jeu de golf sur son téléphone… la pilule passe toute seule.

Au Bar du marché de Montreuil, c’est pas l’auditorium du conservatoire de Boulogne-Billancourt et ses moelleux fauteuils. Mais c’est pas ça qui est gênant. Le problème, c’est la petite dizaine de gars (et de filles) bien éméchés qui forment une barrière infranchissable entre le groupe et son public. Et que j’hurle, et que je sors ma guitare, et que je pique le pied de micro de Jean-Marc. Je suis admiratif devant le sang-froid des musiciens, qui ont conservé tout au long du concert une qualité musicale égale (et haute, comme d’habitude), et ont su gérer le possiblement pire sans pour autant pouvoir calmer vraiment cette bande d’excités. Un peu moins admiratif devant le comportement des patrons du bistrot, qui auraient peut-être pu intervenir.

«Danse encore» sonne comme une réponse à nos discussions de la veille: «Non, ce n’est pas qu’une résistance, c’est déjà une victoire», et le concert s’achève sur un beau: «Nous ne sommes pas vaincus!» Mais c’est qu’il se fait tard, et que mon billet est du genre qui ne s’échange pas. Aux-revoirs, retour au métro, grignotage à Montparnasse, changement de pull pour ne pas puer la clope pendant le trajet. Dans quatre heures et demie, se glisser dans le lit et chercher les lèvres chaudes et ensommeillées de Céline.

PS: À part ça, j’étais monté à Paris pour rencontrer mon directeur de recherches et parler de l’avancement de ma thèse. Bon, ça va pas vite, mais il y a de l’espoir.