Archive pour la catégorie 'Maison sucrée maison'

Double vitrage

Samedi 14 avril 2007

Impressionnant! Trois grosses caisses, des toms énormes – alors que les fanfares utilisent en général des fûts plus courts, au son plus haut –, un matraquage de caisse claire, des cuivres beuglant à tout va. Et que ça joue faux! Mais alors faux… Il y a des fanfares subtiles, des fanfares au groove délicieusement funky, des fanfares avec de l’humour, des fanfares avec un chef rigoureux, et même d’honorables fanfares qui jouent honnêtement d’agréables thèmes. Mais là, aïe aïe aïe! La fanfare du Club olympique briochin, qui s’est installée sous nos fenêtres en ce début d’après-midi, joue horriblement faux d’assourdissantes canonnades dont il paraît que ce sont des tubes pop. Ah bon. Heureusement, ça ne dure pas très longtemps: une vingtaine de minutes. Trop peu pour que mon cerveau réagisse correctement. Le temps de sortir le minidisc et le micro, et c’est fini. Dans l’appartement, un soupir de soulagement…

Le commentaire de Jiminy Cricket: «Mes petits, il est temps de faire votre choix parmi les devis de nouvelles fenêtres dont vous disposez…» Oui M. le commercial, on va prendre le vitrage spécial acoustique…

Attaqué par une vache en sortant de sa douche

Mercredi 7 février 2007

En voilà un beau titre, non ? Ça attire l’œil, ça sent l’insolite, avec un parfum de fait divers propre à émoustiller les sens et un petit côté mystérieux qui fait galoper l’imagination autour de la machine à café.

La réalité est plus posaïque. Bêtement réelle, quoi. La vache est en céramique et tient dans la main. Elle est tombée suite à un faux mouvement, lors que je suspendais ma serviette, ce matin au sortir des ablutions. Au passage, elle a perdu la tête en heurtant la baignoire (autre titre possible: «Décapitée par une baignoire», là c’est plus gore, mais c’est comme ça: le lecteur en veut toujours plus). Elle a terminé sa course sur mon pied, une arête nouvellement aiguisée l’entaillant sur quelques centimètres. Mais c’est que ça saigne !

Notre photo : document exclusif montrant la coupable à visage découvert – notez qu’elle a été bien punie pour son terrible forfait.

Coup de barre

Vendredi 21 juillet 2006

Ma mère n’arrête pas de me répéter que je ne sais pas faire deux choses en même temps. Par exemple, marcher et penser. Bon, j’étais préoccupé. Je sortais de chez le notaire, à qui j’avais remis l’offre de prêt que je venais de récupérer à la banque, et je me dirigeais vers la boîte à copies avant de me rendre à la poste. C’est-à-dire qu’en quelques centaines de mètres et quelques dizaines de minutes se cristallisaient près de deux mois d’attente et de frustrations entraînant moult pulsions de mort à l’égard du banquier, et culminant en un immense soulagement que l’on pourrait résumer ainsi: «Putain, on va enfin l’avoir cet appart’!»

Et c’est là que PAF ! Le soleil de Saint-Brieuc se tranforme en un écran blanc aveuglant, qu’une douleur subite me vrille la caboche, et que mon nez se met à pisser le sang. Damned, que s’est-il passé? Il s’est passé que je suis passé, sans m’en apercevoir, sous une barrière du parking de la place Allende, précisément au moment où cette barrière retombait derrière une voiture que je n’avais pas vue non plus. Ça fait mal. Et j’ai laissé mon mouchoir à la maison.

Dans des moments comme celui-ci, on est prêt à revenir sur tous ses principes. J’avais ainsi prévu de contourner la place Allende, squattée depuis deux jours par l’infanterie de marine en plein racolage, avec char d’assaut et lance-roquettes. Après que deux gamins m’eurent regardé avec de grands yeux et rapidement répondu: «Non, on n’a pas de mouchoir en papier» avant de partir sans demander leur reste, j’ai changé d’avis. S’il y a bien un endroit où je vais pouvoir trouver une trousse de secours, c’est auprès des militaires, non? Avec les dégâts que causent leurs engins, ils doivent avoir ça dans la boîte à gants du podium-semi-remorque. Que couic! Rien du tout! Même pas la place pour un Kleenex dans leurs beaux uniformes bien repassés… Ils ont bien des téléphones pour appeler les pompiers, mais oh, je saigne du nez, c’est tout, on va pas rameuter toute la ville.

Prêt à sombrer dans le désespoir et l’antimilitarisme de circonstance, je fus sauvé in extremis par une petite vieille à l’ouïe fine, qui avait dû entendre ma requête et m’offrit sur le champ deux, j’ai bien dit deux, valeureux petits mouchoirs en papier. Je m’assis sur les marches du podium de la soldatesque quelques minutes pour stopper le flux vital, mais c’est bien parce que c’était plus près que la première bite en béton du parking. Un gentil cafetier me prêta ensuite ses toilettes pour que je n’arrive pas à la boîte à copies les mains pleines de sang, et l’histoire s’arrête là. Le côté positif, c’est qu’avec tous ces papiers que je transportais, nous voilà endettés pour quinze ans. Mon nez est tranquille pour un moment.

Soutien ferme, accueil moelleux

Jeudi 22 juin 2006

Je me sens tout petit. Un mètre soixante par deux mètres sur vingt centimètres d’épaisseur, c’est pas facile à manœuvrer tout seul, une fois que les livreurs sont partis. Surtout qu’on l’a pris en latex, notre nouveau matelas. Plus lourd que la mousse et les ressorts, et bien moins rigide. Il faut commencer par le sortir de sa housse sans mettre par terre tous les cadres du couloir. Puis lui faire négocier le virage de la chambre avant d’attaquer pleine bourre la ligne droite du sommier à lattes, où un habile retournement lui fera exposer sa face été vers le plafond. Mmmh… ça a l’air bien… Dire qu’il n’est que dix heures du matin, que la journée va être serrée – pas question de siestouzer ce midi – et qu’il va falloir attendre ce soir pour en profiter…

Ce soir, oui, mais tard… Ben oui, c’est la Fête des cafetiers de la musique, on ne va quand même pas rester à la maison et regarder la télé. D’abord, un petit tour pour se mettre les oreilles en condition. Rue Michelet, des chants de marins poussifs, de grandes tables et des moules frites. Bof, d’autant que les frites n’ont l’air terrible. Place du Martray, c’est mieux: des galettes saucisses et les Menestrolls, chanson à vague tendance ska, avec un violoncelle et des chapeaux. Pas mal, mais le son est en bouillie. C’est une constante de la soirée: sur les scènes officielles de la ville, on propulse des groupes amateurs et semi-pro, on rajoute quelques noms locaux pour avoir une «affiche» et on raconte aux journalistes que c’est formidable, on permet à tout ce petit monde de jouer dans des conditions pro. C’est vrai que c’est pas mal. Pis c’est bien rangé, y a un programme bien imprimé, c’est pratique. Sauf que le son n’est pas bon, pas pro. Peut-être que les Menestrolls ont mal réglé leurs instruments, puisque pour Marron clair, ce sera un peu mieux. Mais Les Gens Normals, qui ne sont plus des débutants, se retrouvent, sur une autre scène, avec la même bouillie, augmentée de larsens récurrents. Du coup, au lieu de se marrer, on s’en va.

On retrouve place Louis-Guilloux Lily Gus, la version rue de Nid de Coucou, dans laquelle Raphaëlle Garnier et Jean-Marc Le Coq n’interprètent pas leur propre bestiaire, mais reprisent des chansons de partout, avec ou sans paroles. Un peu de Trenet, un peu de Vian, un peu de Gershwin et nous voilà repartis, cette fois vers les scènes non-officielles. La voilà, la Fête de la musique: des petits gars pas en place qui s’éclatent au coin d’une rue, massacrant qui Téléphone, qui Aznavour, qui divers tubes disco. Plus loin, un groupe de percus africaines au milieu d’un rond-point, couvert par une déferlante techno – incroyable la puissance qui sort de ces deux petites enceintes placées à bien deux cents mètres. On termine par le meilleur: un sosie de Johnny Hallyday sur la terrasse du PMU. Il y a régulièrement des affiches qui l’annoncent dans un restau de la zone commerciale. Sous sa photo, cette légende: «La voix d’un géant.» Au milieu des Portes du pénitencier, on s’est souvenu qu’un matelas géant et tout neuf nous attendait à la maison. Un Dunlopillo, s’il vous plaît. Soutien ferme, accueil moelleux. Quelle belle nuit…