Archive pour la catégorie 'La Réunion'

Brumes matinales

Vendredi 11 janvier 2008

La Réunion, 5.

Je le sais, que c’est le matin et en fin d’après-midi qu’on trouve les lumières les plus photogéniques, surtout en matière de paysages. La fin d’après-midi, j’y arrive parfois. Mais le matin, faut-il avouer que c’est la première fois? La première fois, également, que je me lève si tôt en vacances. Mais bon, on en apprend toute sa vie: qu’à la montagne en général et à La Réunion en particulier, si tu veux voir quelque chose et avoir une chance de rentrer vivant, il faut partir tôt. Avant le lever du soleil. Quelle idée, aussi, d’aller se balader dans des endroits pareils. Pas étonnant qu’autant de peintres aient choisi la Bretagne: quelle que soit l’heure, le ciel change tout le temps. Les pires fainéants y ont leurs chances. Chers lecteurs et trices, il y a des jours où je me sens l’âme d’un peintre plus que d’un photographe. Mais comme la seule technique de production d’images que je maîtrise un tant soit peu est celle dite du «presse-bouton», il a bien fallu se lever.

Debout à quatre heures donc. Et encore, on du bol: Edwige et Christian, qu’on ne connaît même pas, nous prêtent leur maison à Saint-Gilles-les-Hauts. S’il avait fallu partir de Saint-Leu, on aurait dû s’y prendre une heure plus tôt à cause de la route. À quatre heures et demie, la Twingo d’Anne-Claire s’élance, fière et courageuse, sur la route en lacets. À mesure que l’on monte, le ciel bleuit et nous essayons de retenir la nuit, merde, faudrait pas que tant de douleurs aient été consenties en vain. Un coq chante sur le bas-côté à cinq heures dix-huit. Vers la demie, nous pouvons nous garer. Je vérifie le frein à main deux fois. Le parking n’est qu’en pente douce, mais c’est psychologique: j’imagine la voiture deux mille deux cent cinq mètres plus bas, le nez dans le corail.

Le but de l’excursion? Assister au lever du soleil au sommet du Maïdo. Extraordinaire point de vue: face à nous, à dix kilomètres à vol d’oiseau, le Piton des Neiges, trois mille soixante et onze mètres, point culminant de l’île, le volcan aujourd’hui éteint qui lui donna naissance il y a trois petits millions d’années. Entre lui et nous, le cirque de Mafate, encore plongé dans le noir à notre arrivée. Car ouf, nous sommes bien à l’heure. Pile pour voir les premiers du soleil apparaître derrière le Piton des Neiges, lécher le Grand Bénare, puis révéler petit à petit la majestueuse beauté de Mafate. Et s’il nous prend l’envie de nous retourner, c’est sur l’océan indien que nous découvrons une perspective à couper le souffle. L’insoutenable morale de cette histoire, c’est que ça valait vraiment, mais alors vraiment vraiment, le coup de se lever à cette heure indue. Je déteste les morales à la fin des histoires.

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La vie en noir et blanc (photos en couleurs)

Jeudi 10 janvier 2008

La Réunion, 4.

Il y a des endroits où il n’est pas besoin de faire des installations d’art contemporain: la nature s’en charge toute seule. Ainsi en est-il de ce haut de falaise, aux environs de la Roche aux oiseaux, à Étang-salé-les-Bains. La lave, noire, et les arbres morts, blanchis par les embruns, créent des compositions tout à fait étonnantes et très graphiques. Il y aura d’autres photos sur mon compte Flickr… dès que je l’aurai mis à jour.

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Camaïeu de gris

Mercredi 9 janvier 2008

La Réunion, 3.

C’est le plein été à La Réunion, et donc également la saison des pluies — et pas encore celle des cyclones, qui devrait commencer après notre départ. L’arrivée, hier matin aux aurores, s’est faite sous un climat typiquement… breton. Crachin, grisaille, petite brise. Le dépaysement, ce sera pour plus tard. Les fortes pluies de ces derniers jours empêchant de se rendre dans les hauts, où tous les sentiers ont été fermés, on se balade dans les environs de Saint-Leu avec Anne-Claire, qui nous accueille, et Flo et Denis, qui vont bientôt repartir en métropole après un peu plus de deux ans sur l’île. Céline et moi découvrons les roches noires caractéristiques du volcanisme réunionnais, ainsi que des lieux qui sonnent très «pays» à nos oreilles: le Gouffre, la Roche aux oiseaux, et la pointe au sel, dite pointe de Bretagne, où j’ai pris cette photo.

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L’aile du plaisir

Lundi 7 janvier 2008

La Réunion, 2.

Môme, j’ai été terrorisé par un épisode de la Quatrième Dimension. Un type prenait l’avion, s’asseyait contre un hublot et, au cours du vol, entrouvrait le rideau. Derrière la fenêtre, sur l’aile, un monstre à forme vaguement humaine. Évidemment, le type était le seul à le voir et l’équipage le prenait pour un fou. En tout cas, c’est ce dont je me souviens. À chaque fois que le type tirait le rideau, on ne savait jamais si le monstre serait derrière, et à quelle distance. Cette succession d’absences, de plans larges et de gros plans m’avaient mis une frousse pas possible.

Rien de tel dans l’avion qui nous emmène vers Saint-Denis. Juste un vieux souvenir, et une jolie lumière.

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