Archive pour la catégorie 'Journaux'

Saint-Brieuc-les-Choux

Mardi 18 décembre 2007

— Bonjour, je suis journaliste à La Griffe, est-ce que je pourrais avoir un dossier de presse sur l’exposition?

[elle regarde dans son étagère, trouve le dossier de presse et se ravise]

Attendez, il faut que je demande à la directrice, parce que je peux rien vous donner sans autorisation. Je pense qu’il y aura pas de problème, mais il faut que je demande.

[elle compose le numéro — un temps]

Ah, elle n’est pas encore arrivée.

[elle raccroche et compose un autre numéro]

Je vais demander à Michel. Allô, Michel? J’ai un journaliste de La Griffe, là, il veut un dossier de presse. Je peux lui en donner un? Il y a pas de problème? On n’aura pas de problème? Bon.

[elle raccroche et me tend le dossier de presse]

Vieilles recettes

Mardi 16 octobre 2007

Et si on disait un peu de mal des journaux? On s’est payé Ouest-France l’autre jour, ayons donc un peu d’ambition et attaquons-nous à plus prestigieux. Le Monde, tiens. J’achète Le Monde le dimanche parce que je collectionne leurs DVD de grands films à pas cher — même si ça a bien augmenté récemment, vu qu’en plus du film, ils nous refilent désormais une biographie complète du réalisateur. L’autre dimanche, le 7 octobre, y avait Rusty James et, donc, la bio de Francis Ford Coppola. L’annonce de ce bonus occupait la partie droite de la une. À gauche, un titre sur l’affaire politico-économique du moment: «EADS: Mme Lagarde ordonne une enquête sur le rôle de l’Etat». Et au milieu, une superbe et poignante photo, gros plan en contre-plongée sur un beau visage de femme, lumière divine, yeux fermés et larme qui coule le long de joue. Ç’aurait été une statue ou un tableau qu’on se serait cru dans un musée, en train d’admirer une pietà. Mais cette femme-là ne portait pas la douleur consécutive à la crucifixion de son illégitime rejeton. Elle était elle-même le Christ — visuellement parlant, s’entend. Les faits plaident moins en sa faveur: Marion Jones s’est dopée, elle a triché pour remporter ses médailles olympiques, elle a mis le temps à l’avouer, mais elle le fait en écrasant une larme: «C’est avec une grande honte que devant vous je peux vous dire que j’ai trahi votre confiance.» La syntaxe est approximative, mais le sentiment est bien chrétien, sortez vos mouchoirs.
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La grande bouffe

Lundi 1 octobre 2007

C’est pas souvent que j’achète Ouest-France. Mais là, coup sur coup, deux affichettes m’interpellent. Mercredi 26 septembre, «Ceux qui font bouger la culture à Saint-Brieuc»; et, vendredi 28, «Votre maire sera-t-il candidat en 2008?» Vous me direz que les deux sujets n’ont rien à voir, à quoi je répondrai:

  • a) que j’ai le droit de m’intéresser à plusieurs choses en même temps, non mais.
  • b) que de toute façon, ce n’est ni de l’une, ni de l’autre, que je souhaite vous entretenir aujourd’hui.

Car:

  • a) le traitement de ces deux sujets était pour le moins inintéressant. Une galerie de portraits vus et revus dans le premier cas, une bête carte du département dans le second.
  • b) c’est finalement autre chose qui a retenu mon attention.

Il s’agissait:

  • a) d’une publicité parue dans la page Agriculture de l’édition du 26. On y vante «l’aliment CECAB, l’aliment gagnant». On est en Bretagne, hein, qu’est-ce qu’on nourrit en Bretagne? Des cochons. Des centaines de milliers de cochons qui doivent engraisser à pas trop cher pour que leurs côtes fassent le plus vite possible la taille des barquettes en polystyrène. Un de ces cochons est dessiné sur ladite pube. Un gentil joli porcelet à l’œil brillant et dont le sourire laisse deviner le plaisir qu’il prend à ingurgiter le tas de petits tubes blancs disposé devant lui, sur une assiette s’il vous plaît. À l’intérieur du cochon, on aperçoit, par transparence, un moteur. Que l’on devine de Formule 1, puisque figurent aussi, sur ce petit chef-d’œuvre de propagande, un drapeau à damier, ainsi que les expressions: «Accélérateur de performances», «Prix, performances, sécurité!!!». Le tout amenant à cette implacable conclusion: «Passez à la vitesse supérieur, rejoignez-nous!» Ceci pour ceux qui n’ont pas encore compris que, devant «agroalimentaire», on met le mot «industrie», et que ce n’est pas tout à fait anodin.
  • b) d’un article, paru dans la même page, mais le 28. «La filière porcine veut des aides à l’export», indique le titre. Ben oui, l’Europe est en surproduction («autosuffisante à 107%», en langage journalistique), donc faut vendre ailleurs. Problème: nos cochons sont trop chers! Je résume: l’euro fort ne facilite certes pas les exportations, mais c’est surtout le prix des aliments qui nous pénaliserait. Les petits tubes Cecab, c’est bien, mais pas suffisant. On n’a en effet plus le droit d’utiliser des farines animales, et pas encore celui de gaver les cochons au maïs OGM. Bref, on gémit dans les chaumières. Et on réclame des sous pour «compenser ces handicaps qui ne résultent pas de la volonté des éleveurs». Mais au fait, qui est ce «on»? Tout au long de l’article, on nous parle d’Europe, sans qu’on sache vraiment qui, en Europe, est dans la gêne. Au dernier paragraphe, ça se précise. Premiers mots: «Les producteurs». Derniers mots: «Marché du porc breton». La toute-puissante industrie du porc breton, donc, qui a depuis longtemps démontré que son immense civisme valait bien les torrents de subventions qu’elle reçoit, et ceux de lisier qu’elle déverse un peu partout en retour.

Alors quoi, y a-t-il une morale à tout cela? Est-elle à rapprocher des déclarations de la FNSEA qui, voyant arriver les timides propositions du Grenelle de l’environnement, hurle, toujours dans Ouest-France du 28 septembre, page 3: «Nous n’accepterons pas une restriction drastique de l’utilisation des pesticides»?

Ben non, y a pas de morale. Juste l’amer et répété constat que l’agriculture «conventionnelle» en général, et son avatar breton en particulier, voyant l’iceberg se rapprocher, continue sa route, met les gaz, et demande que l’on ajoute du charbon dans la chaudière. Pour le profit de quelques-uns, qui sauront quitter le navire à temps. Les autres (l’environnement, la santé des populations, les ménages les moins aisés, etc., sans oublier la plupart des agriculteurs) ont commencé à sombrer depuis un bon moment déjà. On leur élèvera, si quelques familles venaient à se plaindre, un monument commémoratif.

C’est où, l’hôpital ?

Jeudi 2 août 2007

Aujourd’hui dans Libération, un dossier sur l’hôpital de Saint-Affrique, où un chirurgien est accusé d’avoir tué ses patients. Évidemment qu’il ne les a pas assassinés à coup de pic à glace à la sortie de la cantine. On lui reproche des «actes chirurgicaux problématiques» selon le journal, des «mauvaises indications et mauvaises pratiques» selon le rapport qu’il s’est procuré. Six patients sont décédés après une colectomie. Deux étaient cancéreux en fin de vie, deux autres grabataires. Que ces situations augmentent les risques, on n’a pas besoin de le savoir. À la limite, il n’est presque pas question du chirurgien là-dedans. L’objectif est, comme d’habitude, d’expliquer que les petits hôpitaux ne sont pas sûrs et qu’ils doivent fermer ou se transformer en maisons de retraite médicalisées. On interroge un grand ponte, qui clame: «La chirurgie de proximité n’a plus de sens», mais se garde bien d’expliquer pourquoi, et comment l’on serait mieux soigné s’il n’y avait plus que des CHU-pôles d’excellence.

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