Archive pour la catégorie 'Butinerie'

Butin du jour (5)

Samedi 5 avril 2008

En cette fin de Semaine du développement durable, j’ai appris que :

  • La Poste a pris la décision de fermer le centre de tri de Saint-Brieuc. Cela fait plusieurs années que les syndicats l’annonçaient, ça y est: en 2009, il n’y aura plus que deux centres de tri en Bretagne, à Rennes et Brest — car ceux de Vannes et Quimper ferment aussi. Les 550 000 plis qui étaient auparavant traités à Saint-Brieuc monteront dans des camions direction Saint-Jacques-de-la-Lande, commune qui jouxte Rennes et où sera construite une gigantesque plateforme logistique hyper-automatisée pour la bagatelle de 48 millions d’euros. En comptant les investissements à Brest et la création de deux centres d’appels pour les particuliers et les professionnels à Saint-Brieuc et Vannes, le plan coûtera 81 millions d’euros. Pour créer 30 emplois à Vannes et 35 à Saint-Brieuc, quand Sud estime que la transformation du centre de tri de Saint-Brieuc en centre de transit se traduira par une perte de 150 emplois (450 pour la Bretagne entière).
    Résumons: on engloutit des millions, on supprime des emplois, on met en place une nouvelle organisation plus centralisée qui a tout d’une aberration écologique (encore plus de camions sur les routes contre quelques quads électriques pour les facteurs), et tout ça pour quoi? «Pour tenter d’arrêter l’érosion et rester une entreprise rentable», déclare au Télégramme (samedi 5 avril) Raymond Redding, directeur général délégué de La Poste. Tu parles d’une érosion: moins 1% d’activité courrier en 2007. Le drame. La faillite guette. Ouais. Ce serait pas plutôt l’imminence de la libéralisation du courrier aux particuliers qui guette? La préparation à la privatisation passe souvent par l’investissement dans de belles machines remplaçant un maximum d’encombrants humains potentiellement revendicatifs.
  • Le BVP a retoqué une campagne de pube. Sans blague! Le Bureau de vérification de la publicité, qui passe son temps à laisser passer des placards et des spots vantant les mérites des 4×4 qui libèrent la ville ou des yaourts qui vaccinent contre l’infarctus, qui n’aime la femme que quand elle est objet, ce BVP-là se déciderait enfin à faire son boulot et à limiter l’exposition des enfants aux délices supposés des barres ultra-sucrées, ainsi que celle des adultes aux plats préparés hyper-salés? Ce serait bien, hein? Faudra encore attendre un peu. Car la campagne retoquée n’émanait pas d’Audi, de Danone ou d’une quelconque multinationale de la fripe. C’était une campagne montée par un organisme public, en l’occurrence le Syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères des Châtelets, qui s’occupe des poubelles de Saint-Brieuc et alentours. Soutenu par l’Ademe, la communauté de communes et le conseil général des Côtes-d’Armor, le Smictom des Châtelets déclinait, en sept affiches, autant de conseils de bon sens écologique: aux lingettes jetables, préférez les éponges; aux bouteilles plastique, l’eau du robinet; aux dosettes de café, le paquet; etc. Bref, réduisons les déchets à la source: économies à l’achat, au traitement, et bienfaits à l’environnement.
    Problème, selon Joseph Besnaïnou, directeur général du BVP: «Cette campagne paraît de nature à porter gravement préjudice à des secteurs économiques voire à des marques identifiables de produits» (cité dans Ouest-France du 5 avril). Il n’y a que 136 000 habitants dans la zone couverte par le Smictom des Châtelets. Mais imaginez que ces pubes fassent tache d’huile (on peut rêver), que d’autres collectivités s’en inspirent, et c’est la ruine des joyeux philanthropes de la dosette et du plastique. Le BVP, dont la mission est de «mener une action en faveur d’une publicité loyale, véridique et saine dans l’intérêt des professionnels de la publicité, des consommateurs et du public», a donc émis un avis négatif. Decaux et Clear Channel, qui gèrent l’affichage sur panneaux et Abribus, ne l’ont pas suivi; mais Métrobus, qui s’était déjà illustré il y a quelques semaines dans l’affaire Courrier international, s’est empressé de le revendiquer pour censurer cinq des sept méchantes affiches. Sur les bus de l’agglomération, on ne verra donc que celles consacrées aux piles rechargeables et à l’eau du robinet. Par contre, Carrefour a refusé cette dernière sur son parking.

On voudrait chercher une morale à ces piteuses histoires qu’on la trouverait dans une toute nouvelle discipline olympique: la linguistique. Chacun sa définition du développement durable, et que le plus fort gagne.

Dans le potage

Mercredi 26 septembre 2007

Cela fait partie de ces choses que l’on croit savoir, sans jamais avoir vraiment cherché à les vérifier, et à quoi bon, si l’histoire est plaisante? Ainsi donc de la «coquille», joli mot pour faute de frappe. Cette pratique déviante, née chez les typographes du temps jadis, s’est largement répandue chez les journalistes d’aujourd’hui, depuis que ceux-ci composent eux-mêmes leurs textes et que les caractères de plomb ont été définitivement renvoyés au fond de leurs tiroirs. L’étymologie couramment admise de la coquille, et qui se répand d’une génération de plumitif à l’autre, a des origines aussi incertaines que salaces. Dans le compte-rendu, supposément paru au Journal Officiel, d’un débat parlementaire portant sur la taille et l’aspect des œufs de poule proposés à la vente, le «q» du mot «coquille» aurait été oublié. Shocking! Voilà que la République déraille dans le graveleux… mais la monarchie l’avait fait bien avant elle, on en trouvera quelques preuves ici.

De cette généalogie tourmentée, Pierre Desproges avait fait le sujet d’une de ses Chroniques de la haine ordinaire, Boris Vian celui d’une lettre au Collège de ‘Pataphysique. Pareilles références ne sauraient nous induire en erreur! Voire… Le Robert historique de la langue française, sans pourtant émettre de certitude, balaie la gaillarde hypothèse:

«Le sens figuré de «faute d’imprimerie» (1723) s’expliquerait soit par l’ancienne locution vendre ses coquilles «tromper» (en vendant des choses sans valeur), soit par allusion aux fausses coquilles Saint-Jacques de prétendus pèlerins ou, encore, à la forme de certaines lettres retournées; aucune de ces explications n’est sûre.»

Décevant, non?

Butin du jour (4)

Mercredi 11 octobre 2006

Voilà une rubrique qui n’a jamais aussi bien porté son nom. Aujourd’hui, j’ai appris que:

L’ancien PDG d’un groupe français de presse hebdomadaire régionale a touché 240 000 euros pour son licenciement. Plus les trois mois de préavis, payés mais non effectués. Sans avoir besoin de gueuler trop fort, puisque la décision résulte d’une «conciliation» prud’hommale. L’actionnaire, qui l’avait laissé fermer deux titres sans broncher, l’avait congédié après vingt et un mois de règne à cause de sa politique sociale. Le voilà donc bien remercié pour avoir fait le sale boulot.

Et ce n’est pas tout: l’ancien directeur d’un des journaux du groupe, qui vient de partir en retraite, a lui empoché 120 000 euros. Comme ça. En cadeau de remerciement pour avoir toujours refusé les tickets restaurant à ses employés, et avoir rechigné à chaque fois qu’il fallait racheter des Bics au bureau, j’imagine.

120 000 euros, ça représente, pour un journaliste avec cinq ans d’expérience dans le groupe (c’est mon cas), plus de sept années de salaire. Pour certains employés, jusqu’à dix ans. Rappelons que la grille de salaires de la presse hebdomadaire régionale contient encore des coefficients inférieurs au Smic.

Que l’on se rassure cependant: le groupe va bien. Pratiquement pas endetté, chiffre d’affaires et résultat en constante augmentation, hausse de la diffusion dans un secteur en crise, hausse de la pube, bref, c’est tout meutche. Ça doit être pour ça qu’il avait été possible de licencier le PDG précédent pour la bagatelle de 630 000 euros. Faut dire que celui-ci était resté en poste plus longtemps que celui qui n’a touché que 240 000. Y a donc une justice.

Butin du jour (3)

Jeudi 5 octobre 2006

Bon, Fred ne donne pas signe de vie… Pourtant, je fais des efforts pour son édification. Et qu’est-ce que je récolte? Le silence abyssal et glacé des vastes espaces électroniques… Tant pis, je continue. Encore une fois, au moins. Aujourd’hui, j’ai donc appris que:

  • Renaud est fini. Sa chanson Les Bobos est une «litanie paresseuse de poncifs», sa musique «oscille entre un rock balourd à l’américaine et, pour les moments tendres, des accompagnements dignes des émissions de son ami Pascal Sevran.» L’homme lui-même est devenu «misanthrope» et «réac de gauche». Tel est le propos développé par Bruno Lesprit, dans Le Monde daté dimanche-lundi, pour assassiner le nouvel album du bien-nommé chanteur énervant. Peut-être est-il d’ailleurs mauvais, ce disque. Mais lire un règlement de compte de cet acabit, accompagné d’un entretien (signé Véronique Mortaigne), dont la bêtise des questions explique à elle seule le peu d’intérêt des réponses («Pour qui allez-vous voter?», «Sarko égale facho?»), ça me donne envie de l’acheter.
  • Johnny ne va pas mieux. Samedi soir, sa prestation en direct de Bercy n’a attiré que 5,6 millions de téléspectateurs sur TF1. France 3 a fait 100 000 de mieux, avec une modeste fiction sur la vie des enfants du bagne de Belle-Île-en-Mer dans l’entre-deux-guerres. Le rock’n'roll n’est plus ce qu’il était…
  • L’Airbus A380 aura du retard. C’est la troisième fois qu’EADS annonce que son gros navion ne sera pas à l’heure. Il devrait en coûter 4,8 milliards d’euros à la société. Du coup, on parle licenciements, délocalisations. Les employés paieront la mauvaise gestion de leurs patrons, qui n’avaient pas prévu que les câbles seraient longs à poser. Au fait, a-t-on vraiment besoin d’entasser 800 personnes dans un bouffe-kérosène au long cours?
  • Politis est dans la mouise. Ce beau journal, hebdomadaire exigeant et indispensable à ceux que les idées de gauche intéressent encore (il en reste!), attentif autant au débat d’idées qu’aux actions de terrain, souffre de certaines carences de gestion et a dû déposer le bilan le 8 août. Avec un actionnaire minoritaire, la rédaction avait monté un plan de relance. L’actionnaire en question s’est désisté au dernier moment. Le plan est cependant prêt, et la rédaction a décidé de l’appliquer. Il reste 25 jours pour trouver un million d’euros. Et sauver le seul hebdomadaire généraliste indépendant du pays.