Je ne suis pas en guerre

La journée avait à peine commencé qu’on nous l’annonçait déjà comme «historique». Et pour cause: des centaines de milliers de personnes sont annoncées dans les rues, ainsi que quelques dizaines de chefs d’État et de gouvernement, parmi lesquels tous ne sont pas d’ardents défenseurs de la liberté d’expression et de la fraternité entre les peuples. Si j’étais parisien, j’aurais du mal à participer au même cortège que cette clique de mauvais alchimistes qui s’apprête à transformer la solidarité et la compassion en élan guerrier.

Mais je suis à Nancy, où la manifestation se fait à l’appel d’un groupe uni d’organisations syndicales et politiques allant des antifascistes au PS. Ça me va. J’irai manifester. Dans cette manifestation, je ne serai personne. Un point parmi d’autres, sans drapeau, juste là pour dire son besoin de liberté, d’égalité, de fraternité. Et je ne laisserai personne se servir de moi pour ses petits calculs politiciens. Je ne chanterai pas La Marseillaise, ce chant de guerre qui parle d’un sang impur dont il faudrait abreuver des sillons qui n’en demandent pas tant. Ceux qui ont été lâchement assassinés mercredi ont passé leur vie à conchier cette chanson, à pourfendre les militaires et les religieux, à rejeter l’idée même d’un honneur national. Qu’on leur rende hommage, à eux comme à ceux qui sont tombés dans les jours qui ont suivi, et qui n’avaient rien demandé non plus. Mais qu’on leur foute la paix. Et qu’on travaille à demain.

Demain, d’ailleurs, commence bien. Car pour la première fois aujourd’hui, Benjamin Nétanyahou et Mahmoud Abbas participent ensemble à la même manifestation. Grâce à Charlie Hebdo. Alors, les diplomates, pas trop mal au cul ?

2 Commentaires

  1. Jean-Pierre
    Publié le 12 janvier 2015 à 18:25 | Permalien

    Dans les rues de Saint-Brieuc, hier, c’était… géant ! Des jeunes, des vieux, beaucoup de familles entières. Aussi des gens qu’on ne voit d’ordinaire pas dans les manifs. Quasiment personne aux fenêtres comme si c’était indécent et que tout le monde devait être dehors. Difficile de retrouver quelqu’un de connu. Quelques Marseillaises entonnées mais peu suivies par la foule. Par contre, sans cesse, des salves d’applaudissements incontrôlables et bien sûr un seul cri : Charlie ! Très calme et très fort à la fois.
    Pas désagréable mais…
    Je ne sais pas si c’est “ça” le peuple… en marche… vers quoi ?
    Juste un peu de nostalgie en pensant à nos “Tous ensemble ! Tous ensemble !” scandés depuis des décennies lors de nos habituelles, nombreuses… et malheureusement plus modestes manifs pour l’éducation, la santé, les retraites, la sécu…!
    Selon Bernard Guetta, écouté dans l’auto en rentrant, très ému, il parait que beaucoup de gens revendiquaient la fierté d’être français : là je commence à avoir vraiment peur. Bon être rabat-joie et dans la tristesse, c’est inconvenant non ? Allez je ne garde que le titre de Ouest-France du jour : Liberté et Fraternité… et surtout beaucoup de rage.

  2. Tonton Dominique
    Publié le 14 janvier 2015 à 12:16 | Permalien

    J’ai lu tes deux contributions, je suis assez proche de toi sur le fond, toute tentative d’uniformisation me braque. Je ne suis que modérément CHARLIE et ce depuis plus longtemps que toi. J’aime le dessin de presse, mais je n’aime pas la presse dédiée à cela, nous en avions parlé ensemble il y a déjà plusieurs années quand tu étais encore fan de Charlie Hebdo. La ligne éditoriale qui me gêne est antérieure à la radicalisation de VAL, l’acharnement sur un thème, une personnalité, un événement je n’aime pas cela, cela confine au harcèlement et j’en connais assez bien les effets dévastateurs chez ceux qui en sont l’objet. Mais oui ces crimes m’ont fait Chialer!
    Quant à la notion d’islamophobie de Charlie? La justice a dit non. Les personnes religieuses, ramènent tout à la religion, les musulmans on ce raptus mental, qu’ils expriment avec force, mais non, sortir la pensée du religieux c’est urgent. Je relisais Voltaire sur le fanatisme religieux au moment de l’affaire CALAS, il montre bien comment la frontière est étroite entre les fanatiques chroniques et les occasionnels, notamment quand l’émotion prend le dessus.
    Sur le sentiment d’appartenance à une identité française, je suis beaucoup moins suspicieux que toi. Et je chante volontiers la Marseillaise malgré les traces historiques un peu lourdes du texte, si je milite pour une révision de ce texte, en attendant elle m’appartient telle qu’elle est. Et sans naïveté, sans croire au rassemblement des 66 millions de français dans une unité uniforme et débile, j’ai bien aimé l’ambiance générale des rassemblements de ce WE. À Besançon nous étions 30000 calmes et fiers.
    Bises

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