Cumhuriyet bayramımız kutlu olsun !

Pour moi, l’aspect nauséabond de tous ces drapeaux étatsuniens plantés dans les jardins des proprettes résidences de banlieue, que l’on voit à longueur de films ou de reportages, ne fait guère de doute : c’est du nationalisme, avec tout ce que cela comporte de mépris pour tous ceux qui ne sont pas soi. Ça pue la supériorité et l’ethnocentrisme. C’est bêrk, dit Gaspard, faut pas toucher le bêrk, ainsi lui répondis-je lorsqu’il eut, cette semaine, joyeusement gratté de son ongle le joint à la propreté plus que douteuse d’une vitre de bus et l’eut ramené décoré d’un beau noir assez proche de l’indélébile.

Drapeaux turcs dans le quartier de Dikilitaş, 26 octobre 2012

Mais alors que penser de tous ces drapeaux turcs, déjà nombreux à Istanbul en temps normal, mais particulièrement visibles et imposants en ce moment — ce lundi 29, c’est la fête nationale, la Fête de la République, qui célèbre cette année son 89e anniversaire. Il y a ici un attachement, au moins de façade, aux institutions républicaines qui ferait pâlir les prétentieux organisateurs du 200e de notre Révolution — qui mit près d’un siècle à déboucher sur une république à peu près acceptée par tous — ; attachement doublé d’un culte de la personnalité voué au-delà de toute raison à Atatürk, qui laisse dans l’expectative le républicain laïc que je suis pourtant comme est censée l’être la République (laïque) de Turquie.

Entre autres expectatives : pourrait-on imaginer figure de la République française qui ait non seulement son profil sur les pièces de monnaie, mais aussi son portrait sur les murs (intérieurs et extérieurs) des bureaux et des foyers, ainsi que sa signature apposée en sticker à l’arrière des voitures ? On voit que Marianne a encore du boulot pour passer de concept à véritable incarnation, alors qu’Atatürk parvient à être les deux à la fois…

Ce genre d’observation, qui contient plus de questions que de réponses (que je suis bien incapable de donner), ne fait que renforcer ma curiosité : je ne suis ici que depuis un mois et non, je ne connais rien ou pas grand-chose de la Turquie, son histoire et son présent. J’accumule des impressions, des morceaux de subjectivité qui ne fondent aucune connaissance, mais qui, mêlés à quelques savoirs pratiques (le nom du pain complet, les stations de la ligne directe de bus pour le centre du quartier, le prix de la bonbonne de cinq litres d’eau…), forment les bribes d’un éventuel chez-soi.

PS : Titre de billet sous réserve (lu sous deux orthographes différentes du second mot : bayramımız ou bayramınız — va falloir que je progresse en turc pour faire la différence —, mais ça veut dire quelque chose comme : « Bonne fête de la République »).

 

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