À cheval sur une poule

Il y a ceux qui savent déjà tout et qui attendent des détails.
Il y a ceux qui en savent presque autant et qui demandent des nouvelles.
Il y a ceux qui en savent assez pour avoir envie d’en savoir plus (ou pas, c’est selon).
Il y a ceux que je n’ai pas pu revoir et qui se demandent (peut-être) ce qui se passe.
Il y a ceux que je n’ai pas eu le temps ou l’occasion de prévenir et qui ne se doutent de rien (désolé).

Alors voilà : je suis arrivé à Istanbul dimanche 16 septembre. Je loge chez un collègue en attendant de trouver un appartement pour la famille. Là, ceux qui ne se doutaient de rien et commençaient à peine à se poser des questions tombent de leur chaise, et me revoilà redésolé.

Car c’est ainsi : je suis, pour un an, peut-être deux, peut-être quatre (maximum possible) enseignant-chercheur à l’Université Galatasaray. Là, ceux qui aiment le foot ricanent en m’imagineant un drapeau à la main. Eh bien non, ça ne se passera pas comme ça : c’est pour l’amour de la science que je suis ici, et je ne confonds pas l’idéal de l’enseignement public avec l’industrie du spectacle cotée en bourse. Et de toute façon, mon club c’est pas Marseille, c’est Sochaux.

Ici, que ceux qui doutent de ma connaissance du turc se rassurent : j’enseigne en français. Galatasaray est une université turque francophone (et publique, même si la sélection à l’entrée est rude). J’ai toutefois pris mon Assimil, et je potasse doucement les belles sonorités de cette langue.

J’ai même un bureau ! Là, ceux qui travaillent à Paris 8 sont dépités, d’autant qu’il y a un ordi et un vidéoprojecteur dans chaque salle de classe. Je partage ce bureau avec quatre assistants très sympa, qui ayant récemment soutenu leur thèse, qui s’apprêtant à le faire dans un avenir qu’on leur souhaite proche. Nous sommes au premier étage d’un élégant bâtiment, dans une ancienne bibliothèque : plafond haut, échelle et coursive, murs couverts d’étagères de bois sombre elles-mêmes remplies de livres, d’exemplaires de la revue maison et du journal des étudiants. Pas de panneau sur la porte, aucune indication : il faut connaître - mais tout le monde connaît, et les étudiants défilent déjà, une semaine avant la rentrée, pour demander conseil aux assistants et s’assurer de leur inscription.

On note sur 100 puis on convertit en lettres, de A à F, auxquelles on attribue un coefficient selon les cours, et si on n’a pas la moyenne, il y a une règle que je n’ai pas encore bien comprise qui permet de passer sans redoubler tant en devant suivre à nouveau certains cours, ce qui au final allonge la licence. Par contre j’ai retenu le numéro de téléphone interne à connaître, le 613. C’est celui du responsable du thé et du café. Tu l’appelles, il accourt avec un plateau. Me reste à apprendre à passer commande par téléphone : faut de la motivation pour les langues étrangères.

Istanbul est bruyante et fourmille de piétons qui défient les voitures en se jetant en masse, ou parfois juste à deux ou trois, contre leur flot incessant. J’ai un rhume. Je mange bien et je transpire beaucoup - il fait lourd. La cafétéria est au bord de l’eau et, après le repas, on prend le thé sur un banc en regardant passer les vapur et les supertankers qui glissent sans un bruit sous l’immense pont suspendu qui relie l’Europe à l’Asie (ici l’on pourrait faire une digression : pourquoi faut-il que ce soient toujours les ponts, et surtout les grands ponts, qui relient les rives, alors que les bateaux le font depuis longtemps ? Notre imaginaire a-t-il vraiment besoin de ces autoroutes vomissant les automobiles comme les criquets dévastent l’Afrique pour s’inventer l’idée d’un lien harmonieux entre deux côtés autrefois prétendument opposés ? Bref.)

Partout, tout le temps : des chats. De toute couleur, mélangés comme les guides touristiques disent que cette ville l’est. Mutlucan (prononcer mou-tlou-djane), qui est assis en face de moi dans le bureau et m’aide à chercher un appartement, m’a dit qu’il y en a une soixantaine rien qu’à l’université. Je me demande s’il existe quelqu’un qui connaît les noms de tous ces chats. Une sorte de Fantôme de l’université, tellement habitué à glisser dans ces bâtiments qu’il se confond à eux, se fond en eux et en connaît chaque pierre, chaque recoin, chaque chat.

Des chats, dans les rues de la ville aussi. Au pied des immeubles visités mardi après-midi avec Mutlucan : la pêche n’a rien donné, ce que j’avais repéré sur internet était soit loué soit tout pourri soit trop cher et au cinquième sans ascenseur. Mauvaise période, m’assure mon compagnon : les étudiants sont également en chasse et les prix montent. Pourtant pas le choix : je ne vais pas squatter chez Jean-Michel toute l’année, et puis Céline et Gaspard arrivent fin octobre pour trois semaines. Avant de revenir fin mars pour plusieurs mois, avec un bébé de plus à loger.

Et voici que ceux qui ne se doutaient de rien mais se disaient qu’on ne la leur ferait plus glissent à nouveau : ah oui, au fait, un deuxième est en route. Arrivée prévue mi-février, et tout va bien. Gaspard a fait sa première rentrée, et son premier cours d’éveil musical, et tout va bien aussi. Et Céline, qui a quelque peu peiné les deux premiers mois, se sent mieux désormais et heureusement, vu que je déserte.

Ce qui ne m’empêchera pas, du moins vais-je essayer, de donner des nouvelles de temps à autre. Par courriel ou ici. Les choses plus sérieuses étant quant à elles par . Dès qu’il sera dégotté, notre petit chez nous accueillera également ceux qui ne veulent pas s’en laisser conter et préfèrent le face à face : ce sera avec plaisir.

PS: l’explication du titre de ce billet est à trouver en montant dans l’Autobus numéro 11.

PPS (mise à jour du 16 octobre) : à la demande générale d’un chat, voici la chanson en question. Le disque n’a apparemment pas été réédité, et c’est bien dommage. Foncez dans vos médiathèques ! Et montez dans l’autobus :

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Un commentaire

  1. Isa
    Publié le 22 septembre 2012 à 10:37 | Permalien

    Contente de voir que l’atterrissage se fait plutôt bien. Merci pour les nouvelles, continue à nous faire voyager un peu…
    Et merci pour les chats, Luska aime beaucoup la photo! Et j’ai hâte de voir ça!!
    Bisous
    Isa et Luska

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