Qu’avons-nous appris ?

Les sondages sont ce qu’ils sont : rarement fiables, parfois éclairants. Celui que je réalise ce matin ne vaut donc que ce qu’il vaut. Il est pratiqué sur une personne, afin de connaître l’état d’esprit actuel des éditocrates qui ne nous gouvernent peut-être pas, mais qui ont l’art et la manière de soutenir et de temps en temps même de devancer les désirs du pouvoir. Mon éditocrate matinal du jour s’appelle Alain-Gérard Slama, et il m’arrive de devoir le supporter, car j’aime les journaux de France Culture, qui ont du recul, contrairement à lui, qui prend la parole tous les jours de la semaine juste après celui de 8 heures.

Ce 21 mars, donc, Les Matins de France Culture recevaient Éloi Laurent, auteur de Social-écologie, un livre qui va nous aider à penser le monde. Voilà en effet ce qu’en dit Alain-Gérard Slama en ouverture de sa chronique : « Enfin on a un livre qui nous présente l’écologie autrement que sous les abords de la morale, ou de l’injonction du respect des devoirs dus envers la nature, thème admirablement traité par les écrivains romantiques, mais qui correspond assez peu à l’esprit du temps. » Voilà le premier enseignement de notre sondage : chez les éditocrates, on ne se sent pas beaucoup de devoirs envers la nature.

Pour vérifier qu’on ne s’est pas trompé, entrons dans le vif du sujet : « Si je suis bien la thèse d’Éloi Laurent, le développement économique n’est pas la cause des dégradations environnementales, et la démocratie se révèle notre meilleur recours pour faire face aux crises écologiques. L’esprit de justice, le souci de l’égalité, sont les conditions nécessaires pour limiter les nuisances et y remédier. » Second enseignement : les éditocrates jamais ne remettront en cause le système, toujours loueront les artifices et tours de passe-passe du type Grenelle de l’environnement.

On continue. Après avoir évoqué la question du réchauffement climatique et conclu que la meilleure solution pour s’en prémunir consiste en « un processus d’adaptation déterminé et organisé par des choix collectifs admis par tous »[1], Alain-Gérard Slama aborde la question japonaise, un « cas limite » qui lui permet de livrer le fond de sa pensée[2]. Ce sera le troisième enseignement de notre mini-sondage, et vous verrez que ce n’est pas le nombre des personnes interrogées qui fait la qualité de l’enquête.

Que nous apprend donc l’accident survenu à la centrale nucléaire de Fukushima Daichi ? Écoute, petit vermisseau, c’est beau comme du Virgile[3] : « C’est la connaissance qui fait défaut. Et ici, seule la technique peut remédier aux insuffisances de la technique. Sans nier la nécessité de consulter les peuples, dont la pression doit pouvoir s’exercer sur les techniciens eux-mêmes, ne serait-ce que pour les encourager à chercher davantage et à résoudre mieux, il me semble que ce serait une erreur plus grave encore de ne pas concentrer les moyens de l’économie sur le renforcement des savoirs et des technologies. » Le nucléaire pose des problèmes ? On ne sait pas les résoudre ? On n’a qu’à faire plus de nucléaire, et tout s’arrangera ! Je ne voudrais pas insulter l’immense sens de l’à-propos d’Alain-Gérard Slama, mais il me semble que cet argument n’est pas nouveau, et qu’il n’est pas le premier benêt éditocrate à l’utiliser. Qu’à cela ne tienne. Alain-Gérard est intelligent, ça ne fait pas de doute. Il se dit même historien. Mais alors, où était-il, la semaine dernière ? Et depuis le 26 avril 1986, il se terre dans un bunker ?

On a appris ce matin qu’il y avait eu de nouveaux incendies à la centrale de Fukushima Daichi. On ne peut que souhaiter que les ingénieurs et techniciens japonais finissent par se rendre maîtres du monstre qui couve. Mais rien n’est encore gagné. « La connaissance fait défaut », en effet — mais est-ce bien de plus de technique dont nous avons besoin pour apporter des réponses aux questions politiques ? Car le choix du nucléaire n’est pas technique, mais bien politique (la défense du mythe de l’indépendance énergétique, le soutien à une consommation toujours plus élevée, etc.). N’avons-nous pas plutôt besoin d’un peu de recul ? De, par exemple et pour commencer, tirer les leçons de Tchernobyl ?

  1. Il y aura un référendum pour savoir si, puisqu’il n’y a plus besoin de pulls, on devra porter des t-shirts ou des chemises. On pourra même proposer des chemises à col Mao et le suffrage sera universel. Mais attention : il faudra bien respecter la décision majoritaire — la « pensée » d’Alain-Gérard Slama se fonde en effet sur la défense de la liberté, comme nous l’apprend sa fiche Wikipédia, que des indécrottables défenseurs de l’égalité dans mon genre pourront cependant trouver un rien complaisante : il s’agit surtout, comme chez tous les néo-libéraux, de défendre la libre circulation des renards dans les poulaillers libres. []
  2. Hé non, on n’était pas encore arrivé au fond. Alain-Gérard ne connaît pas de limites. []
  3. Alain-Gérard est, comme il se doit, agrégé de lettres classiques. []

Un commentaire

  1. Publié le 30 mars 2017 à 20:09 | Permalien

    plz make a review for this device and show internet sharing via tethering option.also tell us abt battery timing, some guyz r complaining abt battery n internet sharing speed.

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