Comparaison n’est pas raison

Si vous vous demandez ce que, après l’orchestre symphonique, Robert Johnson et Jimi Hendrix, l’on peut encore bien inventer avec des cordes, allez donc voir un concert de Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra — par exemple il y a deux jours à l’Alhambra, ou le 22 avril à l’Alhambra (ils y reviennent, c’est ce qu’on appelle « une tournée »). Il y a, dans Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra, des cordes, et en particulier saturées, d’un son et d’une beauté rares.

Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra pourrait donc être un groupe de rock, voire de punk. Mais sa musique n’est pas faite de riffs. Elle consiste plutôt à triturer une idée et une seule, à l’étirer jusqu’à ce qu’elle donne le meilleur d’elle-même, quitte à ce que la chanson fasse un quart d’heure, ce qui est fréquent. Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra procède par extension maximale de la structure et recombination de ses éléments : en ce sens, il s’apparente à cet art dont, en électro, Autechre a su se rendre maître. Et il représente l’opposé de Fantômas, capable de mélanger douze styles musicaux dans un titre d’une minute.

Chansons longues ? Pink Floyd ! Mais il n’y a pas de solos de guitares, pas de basse électrique, pas de nappes de clavier ni de ruines de Pompéi dans Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra. De la contrebasse, et un hôtel montréalais.

Les mesures impaires ne lui font pas peur (13 Blues for Thirteen Moons commence par exemple en 5/4 et se termine en 9/8) : Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra pourrait être un groupe de jazz-rock, mais faut quand même pas déconner.

Si Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra était Dire Straits, Efrim Menuck ne passerait pas son temps, entre les chansons, à raconter des tas de bullshits pour masquer le fait qu’il réaccorde sa guitare — en plus il n’arrive même pas à faire les deux en même temps. Comme Mark Knopfler, il aurait un roadie qui lui apporte à chaque nouveau morceau une nouvelle guitare. Ça aurait un peu plus de classe — mais être obligé de porter le bandeau en éponge rouge de Mark Knopfler ?

Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra n’a pas son pareil pour créer des climats d’angoisse larvée, les développer en de longues plages toujours capables d’être dépassées par une nouvelle montée de puissance, avant une explosion qui les résoud en accalmies brutales : c’est le Tool du post-rock. Tension et dynamique.

Dans Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra, il y a deux filles qui jouent du violon. Pourtant, ça ne sonne définitivement pas comme les Corrs.

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