Le vent du changement

On a les anniversaires qu’on peut : il y a dix ans, pour les dix ans de la chute du Mur, j’étais à Berlin. Grande fête commémorative devant la porte de Brandebourg, qui vingt-huit ans durant eut vue sur le Mur, avant de retrouver sa perspective sur le Tiergarten et la Siegessaüle. C’est la première fois — et sans doute la dernière —, que j’ai vu sur scène le plus célèbre groupe de rock allemand, j’ai nommé Scorpions. J’ai compris une chose ce jour-là : leur mielleuse chanson Wind of change parle de la chute du Mur ! Curieusement, je me souviens moins de Mstislav Rostropovitch et de la centaine de violoncellistes avec laquelle il avait joué — j’aurais préféré le voir le 11 novembre 1989, seul sur une chaise, jouant du Bach au milieu des marteaux qui achevaient le mur de la honte, mais bon, hein, on peut pas être partout.

Étudiant Erasmus, j’ai passé une année merveilleuse dans un Berlin en pleins travaux, comme ma vie de l’époque. Touriste quelques semaines, je me suis rapidement senti berlinois — dès que j’ai commencé à traîner, puis à habiter, avec des Allemand(e)s, dont aucun n’était pourtant originaire de la ville redevenue capitale. Chaque jour ou presque pendant un an, pour me rendre de Neukölln, le quartier turc où je vivais avec Anna Lisa, Christiana, Clemens et Kirsten, jusqu’à la Humboldt Universität où j’étudiais, je passais en vélo et à toute vitesse le fameux Checkpoint Charlie. Juste avant, j’avais longé les immeubles des éditions de l’infâme Axel Springer, puis salué le siège de la Tageszeitung, notre canard préféré, qui, si l’on veut, réalise depuis 1979 le projet que Libération a abandonné depuis longtemps. Il faisait bon vivre à Berlin — il fait toujours bon, d’ailleurs, même si la privatisation des espaces publics fait chaque jour des progrès. Essayez de trouver un banc pour vous reposer dans la Friedrichstrasse ! Admirez le spectaculaire embourgeoisement de la Potsdamer Platz, no man’s land devenu Veau d’or de la nouvelle économie ! Évitez de regarder les écoles qui se plaignent du manque de moyens et l’affichent par de grandes banderoles sur leurs grilles…

La chute du Mur de Berlin, c’est la liberté retrouvée. Mais pas n’importe quelle liberté : celle des renards de la finance, libres dans le poulailler de la société libre. Allez, pour se guérir un peu de l’inanité des commémorations en cours et à venir aujourd’hui, qui passeront vite sur le différentiel de salaires et de chômage entre l’est et l’ouest de l’Allemagne, mais contribueront à nier le passé de millions de personnes qui n’étaient ni des esclaves ni tous des salauds, et qui méritent certes de la compréhension, mais pas la commisération des riches, et qui ne diront mot des autres murs que nos belles démocraties continuent de construire (concrètement, entre le Mexique et les États-Unis), de soutenir (concrètement toujours, en Israël-Palestine) ou d’entretenir (symboliquement, commercialement, juridiquement, policièrement, entre le nord et le sud), deux petits conseils d’entretien du cerveau :

  • le dernier édito de Denis Sieffert dans Politis (que l’on pourra compléter par le dossier du journal paru cet été sur le Mur vingt ans après)
  • les deux émissions de Zoé Varier consacrées à la ville utopique d’Heisenhüttenstadt (la première, la seconde).

Un commentaire

  1. Ninette dit
    Publié le 27 novembre 2009 à 16:45 | Permalien

    J’ai lu Politis et je saute tout de suite sur l’édito. Ah oui comme il a raison denis Sieffert et comme cet hebdo mériterait d’avoir quelques milliers de lecteurs supplémentaires. C”est beau la Liberté et le Kapitalisme, mais j’aimerais entendre les petits, les sans grades qui vivent maintenant à l’ouest. Il est nécessaire de remettre les pendules à l’heure, par ce que les êtres humains oublient très facilement que des murs il y en plein en dur et c’est terrifiant, mais les sociaux c’est encore pire , non?

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