Étranges lucarnes

Sur le trajet du bus qui, le mardi, me conduit au métro, il y a une maison de retraite. Je sais qu’elle est là, mais je ne la remarque en général pas — soit que je termine ma nuit, soit que je lise. Ce matin, ne dormant ni ne lisant, mon regard est entré par ses fenêtres. Au rez-de-chaussée, il y a un genre de salon avec une grande baie vitrée donnant sur la rue. Vers dix heures, quand je suis passé, on y apercevait cinq ou six personnes confortablement calées dans des fauteuils. Je crois avoir également vu un fauteuil roulant, et peut-être d’autres résidents étaient-ils assis au fond de la pièce, où je ne pouvais les voir. Ce qui est certain, c’est qu’ils ne m’ont pas vu, pas plus que le bus qui me transportait, ni que le reste de la circulation automobile ou même des piétons qui frôlaient leur vitrine. Car ce n’est pas dehors que nos braves vieux sont invités à regarder : devant la vitre est installé un gigantesque téléviseur, dont les deux dimensions remplacent avantageusement les trois dimensions du monde extérieur. Un écran, c’est quelque chose sur lequel on projette des images, animées ou non : quelque chose que l’on regarde. Un écran, c’est aussi quelque chose que l’on place entre vous et une quelconque réalité dont on estime qu’elle doit rester dissimulée.

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