Silver Mt. Zion au Bataclan

La première de mes deux frustrations musicales de l’année 2008 a été levée ce soir. Ce soir, j’ai vu Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra au Bataclan. Cela doit faire environ trois ans que mon frère Thomas m’a passé les mp3 de leur à l’époque dernier album, Horses in the Sky. Un album que j’ai écouté en boucle pendant des mois, d’une oreille, en travaillant. Ses ambiances m’ont lentement pénétré, ses mélodies ne m’ont plus lâché l’oreille. Alors je l’ai mieux écouté, puis acheté en vinyle1. Et réécouté encore et encore.

Comment résumer l’effet procuré par ce groupe ? Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra & Tra-la-la Band (le nom complet sur le disque, on dira SMZ désormais), ce sont des nappes de violons et de guitares qui tissent de langoureuses et dissonantes étendues sonores, les éclats d’une voix psalmodiant et de cœurs portant aux nues ces fiévreuses (et souvent politiques) incantations. Après le post-punk (courant chaud avec Fugazi ou froid avec Young Marble Giants), le post-rock (Sonic Youth, The Ex), il y a un post-folk dont Akron/Family, The Angels of Light et SMZ sont d’augustes représentants. Sur disque en tout cas.

Restait à voir ces gusses-là sur scène. Premier pas accompli en février avec la venue à Brest de Vic Chesnutt, pour la tournée suivant la sortie de North Star Deserter, qui voyait ce maître du folk (post- ou pas) accompagné d’une bonne partie des membres de SMZ et de Guy Picciotto, guitariste de Fugazi. Je l’ai déjà écrit ici : c’était à tomber par terre.

L’association Mémo, organisatrice de ce concert au Vauban, avait en plus le bon goût de faire revenir les accompagnateurs, c’est-à-dire SMZ soi-même, quelque temps plus tard au même endroit. En semaine, ce qui rendait le voyage depuis Saint-Brieuc certes fatigant, mais pas impossible. Il faut croire cependant que le Briochin n’est guère courageux : ni Céline, ni aucun(e) autre ami(e) contacté(e) ne voulait en être. Qu’à cela ne tienne ! J’irais seul. Sauf que, sérieusement enrhumé et sans copilote, j’ai dû moi aussi renoncer à la fête, et laisser naître ma première grande frustration musicale de 2008. Une longue nuit commençait pour moi.

Jusqu’à ce qu’une affiche aperçue dans un couloir du métro au moment où ma rame redémarrait me face entrapercevoir la lumière au fond du tunnel (j’espère que vous appréciez la métaphore).

SMZ remettait donc ça cet automne et se payait une seconde tournée européenne en moins d’un an (ai-je dit qu’ils sont Québécois ?). Dommage que Thomas ne pût être là. Car ce fut, là aussi quoique d’une autre manière, à tomber par terre.2

Même s’il est mené par Efrim Menuck, SMZ est un vrai groupe, et ça se voit rien qu’à sa façon d’occuper la scène. De gauche à droite : Jessica Moss, violon ; Efrim Menuck, guitare et voix ;  Eric Craven, batterie ; Thierry Amar, contrebasse et Sophie Trudeau, violon, forment un arc de cercle. Chacun peut voir les autres, comme en répétition, à la différence qu’ici le cercle est ouvert sur un sixième membre, le public. Ce n’est pas de la rhétorique : SMZ produit une musique qui est de l’ordre de la fusion3 à laquelle le public est véritablement intégré. Le son est clair et puissant, et l’espace est superbement empli. Notamment par les deux violons, dont l’alliance avec la guitare donne lieu à d’incroyables déploiements de force brute, à de lentes et implacables montées en tension suivies d’aériens relâchements, qui puisent leur assise dans une rythmique sans faille.

Il m’a tout de même fallu un titre et demi pour oublier les disques : SMZ n’est pas du genre à rejouer ses enregistrements note pour note, et c’est heureux. Le temps de se débarrasser de cette idée aussi vaine qu’inutile, de s’accommoder au son de la salle et du groupe4, et l’on se laisse transporter vers des sommets de musicalité. Encore !

Je rentre à la maison repus et les oreilles bourdonnant de félicité. Mais cela ne lève que la première des mes deux grandes frustrations musicales de 2008. La seconde continuera à me tourmenter un moment : je ne pense pas qu’il y ait une nouvelle tournée de Radiohead avant Noël, les enfants. Gast ! Il va falloir attendre un nouvel album…

  1. Constellation Records fait de superbes vinyles 180 g avec des illustrations chiadées sur papier épais — et aussi de jolis CD vendus pas cher chez nos amis du Disquaire []
  2. Je passe vite sur la première partie assurée par Shearwater : le chanteur a une jolie voix, le batteur un look inédit à la croisée du métal hirsute et du psychédélisme tiré à quatre épingles, ou l’inverse, mais le groupe n’a pas de personnalité et s’épuise dans de pâles copies de SMZ et Tunng. []
  3. Pas au sens jazz-rockeux du terme, mais au sens de mélange bouillonnant. []
  4. Il manque deux membres : Beckie Foon, violoncelle, et Ian Ilavsky, guitare. []

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