Archive pour avril 2008

Dosette attitude

Mardi 15 avril 2008

Nous avons bien essayé, mais rien n’y a fait: notre chat n’aime ni la pâtée, ni les croquettes bio que l’on peut trouver à Saint-Brieuc. Et comme nous achetons les croquettes en paquet super-familial (7,5 kg), pas le choix: il nous faut, régulièrement, nous rendre dans un quelconque hypermarché, que nous parvenons autrement à éviter, pour refaire des provisions. Cela nous permet de rester en contact avec la vie «normale» que décrit la tévé — néons, déshumanisation, promotions — et puis on peut se rendre compte des «progrès» réalisés par nos dealers. Cet après-midi à Carrefour, par exemple, exposition sur le développement durable avec quizz pour savoir où l’on en est, logo du WWF, et affichage des actions du géant de la tête de gondole: promesse de réduction, en deux ans, de 10% de ses dépenses d’énergie, et présence, dès aujourd’hui, de 140 produits du commerce équitable dans les rayons. 140 produits… quand on sait qu’un hypermarché dispose d’au moins 25 000 références, pour les plus petits, et que les monstres qui font la fierté du secteur peuvent monter à plus de 100 000. Et puis 140 produits de quel commerce équitable? Comment croire que la grande distribution, qui exploite ses employés de la façon la plus vile (flicage, temps partiel subi, etc.) et pressure ses fournisseurs à coups de marges arrières, a vraiment la volonté de soutenir le commerce équitable, qui prône une juste rémunération des producteurs?

Bref, ça me fatigue, les hypers. Et avec ce rhume qui s’installe, j’en avais presque des vertiges. Après le passage en caisse, révélateur de l’exploitation décrite plus haut (la caissière avait fait passer douze packs de lait au lieu de douze bouteilles, et comme la somme à annuler était trop importante au regard du montant de ma note, elle avait besoin de sa chef et de sa clé magique pour rectifier le tir: son angoisse devant la baisse de rythme de sa caisse se lisait dans ses yeux et dans sa façon de se gratter compulsivement l’avant-bras), je décide donc de m’offrir une crêpe au sucre dans le nouvel espace snack Carrefour. La cliente précédente avait pris un café. Pendant que ma crêpe chauffe, le serveur vide le marc de café de la machine. Mais il ne fait pas comme tous les garçons de café du monde, qui ouvrent un tiroir, tapent d’un coup sec le contenant dessus avant d’aller le visser sur l’embout de la machine qui distribue le café fraîchement moulu. Non. Il met la dosette à la poubelle. J’hallucine! Les machines à café de bistrot se mettent aussi aux dosettes! En payant, je demande confirmation.

«Dites, je n’ai pas rêvé, la machine à café, c’est bien une machine à dosettes?
— Oui, c’est bien fait, hein?
— Euh…
— Pour nous, c’est plus pratique
[1]
— Mais c’est dommage pour l’environnement.
— Ah, c’est le progrès!»

[1]: après réflexion, j’en doute: il faut extraire chaque dosette de son emballage individuel, opération qui n’existait pas auparavant, et à la fin la prendre dans ses doigts pour la jeter.

Et le vainqueur est…

Lundi 14 avril 2008

C’est la deuxième fois que je suis juré pour un concours. La première, c’était il y a pas loin de dix ans, pour le Prix universitaire de la nouvelle, organisé par le Crous de l’académie de Rennes. Il devait y avoir une quinzaine de nouvelles à lire, et le jour de la délibération, très stressé, car il y avait des gens qui s’y connaissaient bien mieux que moi en littérature, moi qui avais été fort justement recalé au concours de l’année précédente et qui avais donc bien fait de ne pas participer à celui-ci. En plus il y avait Stéphane Corcoral dans le jury, un des fondateurs de L’Œil électrique, ce fantastique magazine culturel éclectique que personne n’a fait mieux depuis, et moi, rédacteur débutant à La Griffe, pas encore sûr de parvenir à faire du journalisme mon métier, mais sur la voie tout de même.
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Butin du jour (5)

Samedi 5 avril 2008

En cette fin de Semaine du développement durable, j’ai appris que :

  • La Poste a pris la décision de fermer le centre de tri de Saint-Brieuc. Cela fait plusieurs années que les syndicats l’annonçaient, ça y est: en 2009, il n’y aura plus que deux centres de tri en Bretagne, à Rennes et Brest — car ceux de Vannes et Quimper ferment aussi. Les 550 000 plis qui étaient auparavant traités à Saint-Brieuc monteront dans des camions direction Saint-Jacques-de-la-Lande, commune qui jouxte Rennes et où sera construite une gigantesque plateforme logistique hyper-automatisée pour la bagatelle de 48 millions d’euros. En comptant les investissements à Brest et la création de deux centres d’appels pour les particuliers et les professionnels à Saint-Brieuc et Vannes, le plan coûtera 81 millions d’euros. Pour créer 30 emplois à Vannes et 35 à Saint-Brieuc, quand Sud estime que la transformation du centre de tri de Saint-Brieuc en centre de transit se traduira par une perte de 150 emplois (450 pour la Bretagne entière).
    Résumons: on engloutit des millions, on supprime des emplois, on met en place une nouvelle organisation plus centralisée qui a tout d’une aberration écologique (encore plus de camions sur les routes contre quelques quads électriques pour les facteurs), et tout ça pour quoi? «Pour tenter d’arrêter l’érosion et rester une entreprise rentable», déclare au Télégramme (samedi 5 avril) Raymond Redding, directeur général délégué de La Poste. Tu parles d’une érosion: moins 1% d’activité courrier en 2007. Le drame. La faillite guette. Ouais. Ce serait pas plutôt l’imminence de la libéralisation du courrier aux particuliers qui guette? La préparation à la privatisation passe souvent par l’investissement dans de belles machines remplaçant un maximum d’encombrants humains potentiellement revendicatifs.
  • Le BVP a retoqué une campagne de pube. Sans blague! Le Bureau de vérification de la publicité, qui passe son temps à laisser passer des placards et des spots vantant les mérites des 4×4 qui libèrent la ville ou des yaourts qui vaccinent contre l’infarctus, qui n’aime la femme que quand elle est objet, ce BVP-là se déciderait enfin à faire son boulot et à limiter l’exposition des enfants aux délices supposés des barres ultra-sucrées, ainsi que celle des adultes aux plats préparés hyper-salés? Ce serait bien, hein? Faudra encore attendre un peu. Car la campagne retoquée n’émanait pas d’Audi, de Danone ou d’une quelconque multinationale de la fripe. C’était une campagne montée par un organisme public, en l’occurrence le Syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères des Châtelets, qui s’occupe des poubelles de Saint-Brieuc et alentours. Soutenu par l’Ademe, la communauté de communes et le conseil général des Côtes-d’Armor, le Smictom des Châtelets déclinait, en sept affiches, autant de conseils de bon sens écologique: aux lingettes jetables, préférez les éponges; aux bouteilles plastique, l’eau du robinet; aux dosettes de café, le paquet; etc. Bref, réduisons les déchets à la source: économies à l’achat, au traitement, et bienfaits à l’environnement.
    Problème, selon Joseph Besnaïnou, directeur général du BVP: «Cette campagne paraît de nature à porter gravement préjudice à des secteurs économiques voire à des marques identifiables de produits» (cité dans Ouest-France du 5 avril). Il n’y a que 136 000 habitants dans la zone couverte par le Smictom des Châtelets. Mais imaginez que ces pubes fassent tache d’huile (on peut rêver), que d’autres collectivités s’en inspirent, et c’est la ruine des joyeux philanthropes de la dosette et du plastique. Le BVP, dont la mission est de «mener une action en faveur d’une publicité loyale, véridique et saine dans l’intérêt des professionnels de la publicité, des consommateurs et du public», a donc émis un avis négatif. Decaux et Clear Channel, qui gèrent l’affichage sur panneaux et Abribus, ne l’ont pas suivi; mais Métrobus, qui s’était déjà illustré il y a quelques semaines dans l’affaire Courrier international, s’est empressé de le revendiquer pour censurer cinq des sept méchantes affiches. Sur les bus de l’agglomération, on ne verra donc que celles consacrées aux piles rechargeables et à l’eau du robinet. Par contre, Carrefour a refusé cette dernière sur son parking.

On voudrait chercher une morale à ces piteuses histoires qu’on la trouverait dans une toute nouvelle discipline olympique: la linguistique. Chacun sa définition du développement durable, et que le plus fort gagne.