À donf !

Ouest-France est décidément un bien étrange journal, qui a l’air de prendre un certain plaisir à tirer à hue et à dia — quoiqu’un peu plus souvent à hue quand même. Ainsi, il y a peu et coup sur coup, deux grands articles en dernière page célébraient, l’un un instituteur, l’autre un entrepreneur, qui continuent à travailler à quatre-vingts ans passés. On voudrait accréditer l’idée toute politique qu’il est normal de ne jamais prendre sa retraite qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Mais en même temps, est publiée ces temps-ci une série sur le pouvoir d’achat qui, si elle ne prétend pas remettre en cause la répartition des richesses, plaide tout de même pour un peu de social.

Autre exemple: l’environnement. Je me suis déjà énervé sur certaine pube et le traitement complaisant des revendications des producteurs de porcs (ici). Mais il faut aussi reconnaître qu’il y a eu un très bon reportage sur la région autrichienne du Vorarlberg, dont les maisons passives inspirent la commune de Boquého. C’était plutôt long et en pages France, je crois. Et aujourd’hui, intéressante dernière page sur le quartier Vauban de Fribourg, Allemagne, pionnier en économies d’énergie et en utilisation du solaire. Mais on déchante à l’intérieur du journal. Inaugurant une série sur la nouvelle saison de MotoGP — et alors que la une du programme tévé est consacrée à la Formule 1 —, un article s’extasie sur la performance technique et médiatique que constituera le premier grand prix de la saison. Il se courra dimanche au Qatar. De nuit. Un grand prix, le genre de truc idiot où, le but étant d’aller le plus vite possible, une excellente visibilité est absolument nécessaire. Mais là, de nuit. Pour la toute première fois de l’histoire. Faudra donc éclairer, et comment! «5,4 millions de watts de lumière dispensés par 3600 lampes alimentées par 44 générateurs de 13 mégawatts, 500 km de câbles, sur une surface équivalente à 70 terrains de football.» Les journalistes adorent les chiffres, les premières fois, et parler en terrain-de-football-équivalent.

L’auteur précise pourtant que tout cela ne sert à rien: s’il y a des périodes où il fait vraiment très chaud au Qatar (air à 42 degrés, 70 sur la piste), ce n’est pas le cas en ce moment. C’est l’hiver, il fait 25, tout baigne. En plus, la nuit, il y a de la rosée et c’est dangereux. Oui, mais on s’en branle: c’est la première fois, le Qatar est plein de fric (comme son voisin les Émirats arabes unis, où l’on peut skier en plein désert) et puis c’est pour une bonne cause, puisqu’au même moment aux États-Unis, il sera pile l’heure de se mettre devant sa tévé pour regarder les blaireaux moulés de cuir faire vroum-vroum.

Un commentaire

  1. ljm
    Publié le 13 mars 2008 à 21:45 | Permalien

    Vauban Fribourg dans Ouest France … mais que (ne) fait (pas) l’Est Républicain ?

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