Où est passé mon texte ?

Ainsi donc les scénaristes étatsuniens, ayant eu gain de cause, cessent-ils leur grève. Dommage que l’audiovisuel public français soit lui-même aujourd’hui en grève: il aurait pu s’en faire l’écho. Nul doute que, comme à l’accoutumée, les bulletins d’info auraient été pleins de commentaires et de micro-trottoirs se félicitant que la prise d’otages ait enfin cessé. Quatorze semaines que cela durait! Plus de talk-shows du soir depuis le déclenchement de la grève le 5 novembre, le tournage de dizaines de séries interrompu, celui de nombreux films retardé, la cérémonie des Golden Globes annulée, celle des Oscars menacée… et, chez nous, dans la France de l’exception culturelle, l’inquiétude: pourrons-nous voir la fin de la saison trois de Prison Break?

Quand un si grand nombre de libertés de consommer est en danger, en général, le sang des médias ne fait qu’un tour et celui des syndicalistes ne tarde pas à couler. Sus aux archaïques arc-boutés à leurs principes obsolètes et place à la modernité et au mouvement! Haro sur le cheminot, le postier, l’instituteur. Tu peux toujours essayer d’expliquer que tu défends une vision de ton métier, une qualité de service, on ne retiendra que tes sempiternelles demandes de hausses de salaire et la gêne occasionnée à l’usé usager.

Mais là, non. On a été bien gentil avec les scénaristes qui ont eu, comme on dit, bonne presse. Pourtant, ils ne demandaient rien d’autre que des augmentations de salaires, et ils ont fait chier le monde entier! Mais on ne leur en tient pas rigueur, car, comme dit Wentworth Miller, gueule d’ange en chef de la série suscitée: «Je ne peux que soutenir ceux qui donnent vie à mon personnage» (je cite de mémoire).

Ça me fait penser à une vidéo qui a beaucoup de succès sur internet: Noah takes a photo of himself every day for 6 years. Le jeune Noah, donc, s’est pris en photo, chaque jour pendant six ans, a mis les clichés bout à bout, a ajouté une petite musique entêtante, a posté le tout sur YouTube et fait un carton phénoménal. Et pourtant, c’est d’un ennui! En six ans, il s’en passe des choses dans la vie d’un homme. Là, rien. Même pas de vacances, de baiser à sa douce, de sorties avec ses potes, de caresses à son chien. À peine si ses cheveux poussent avant d’être coupés, cycliquement, le tout dans un décor désespérément immuable. Heureusement qu’il en existe une parodie! Dans laquelle l’inénarrable Homer Simpson voit défiler les trente-neuf années de sa vie. Et là, il se passe des trucs. La preuve, s’il en fallait, que nous avons besoin, absolument besoin de scénaristes. La question reste toutefois posée pour les cheminots, les postiers, les instituteurs.

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