Nous ne sommes pas vaincus

Quel week-end, mes aïeux! Qui a commencé très fort, dès mercredi soir. Quatre heures de Shakespeare à Nanterre, Le Roi Lear mis en scène par Jean-François Sivadier, beau moment de théâtre, grand plaisir de la langue et du jeu d’acteurs. Jeudi soir, c’est le palais que Laurent m’a charmé avec une douceur à base d’un kilo de piments, suivie d’une téquila de derrière les fagots — rien de tel pour refaire le monde. Vendredi, une étape du marathon BB-Mix, intrépide festival organisé par l’ami Jiess, co-programmé par Marie-Pierre Bonniol, oscar 2007 du pyjama. On attaque avec les Berlinois de La Batterie, rien d’inoubliable, mais ensuite on décolle avec Fujiya & Miyagi puis Pram. Plus tard chez Jiess et Marine, pas de téquila, mais un rhum arrangé qui permet de ne pas redescendre de ces belles hauteurs musicales, de les prolonger en paroles, pas forcément dignes d’êtres gravées sur disque, mais bien agréables à échanger — des secrets sont même partagés, dont vous ne saurez rien, bien fait pour vous, fallait être là. Non, même avec beaucoup d’argent. Et pourtant, ça vaut le coup…

Samedi, réveil un peu tardif, puis balade dans Paris à la recherche du dernier Robert Wyatt, que j’ai envie de m’offrir en vinyle. Las, la librairie L’Œil du silence, conseillée au petit-déjeuner de treize heures par Marie-Pierre, a fermé ses portes. La solution de secours Gibert Joseph fonctionne, et je peux retrouver J1 qui cherche une guitare classique, en essaie une, ainsi qu’une manouche, mais ce n’est pas ça. Alors que BB-Mix s’apprête à donner une soirée d’enfer avec Deerhoof, So So Modern, Dirty Projectors et Ill Ease, nous on va à Franprix acheter à manger, car soirée chez Adeline, oscar 2007 de la casserole la plus petite du monde. À croire que tout le monde a bu du rhum jusqu’à cinq heures du mat’ la veille: le démarrage est lent. Mais la discussion finit par s’enclencher, revenant souvent à la politique, et à quoi faire, concrètement, pour arrêter de se faire baiser par tous les trous. Il y a des pâtes, PJ Harvey, les Pixies, Herman Düne, Fela, et le bon temps roule…

Dimanche après-midi, pas question de rater la fin de BB-Mix. Prestation peu convaincante d’Exil, jolie voix, mais le reste est à revoir. Puis Serafina Steer, chanteuse et harpiste qui se produit en solo, superbe. Et enfin l’aboutissement de la longue quête de Marie-Pierre: la deuxième apparition sur scène des Young Marble Giants depuis leur séparation en 1980. Il y a là quelques centaines de fans qui adulent ces maîtres de la pop post-punk minimaliste, J1 qui découvre, et moi qui ne les connais que depuis que Jiess m’a annoncé cette reformation, il y a deux mois. Étrange impression de voyage dans le temps — et pourtant leur musique n’a pas vieilli. Quelques pains excusables, on sent chez eux à la fois l’appréhension, dominante au début, et la joie d’être là, qui prend le dessus dans la deuxième moitié du concert.

Après tout ça, on irait bien se coucher, non? Je suis vanné. Mais il n’est que dix-neuf heures, mon train est à minuit, et Lou Casa (un des groupes de mon frère Thomas) joue à Montreuil. Ulf y sera, et Lucille pas vue depuis si longtemps, et d’autres encore. Je me laisse convaincre, puis je fais grogner J1 en le baladant le long de l’avenue Édouard-Vaillant, jusqu’à la Porte de Saint-Cloud et retour, car il faut que je récupère mes affaires et que je rende les clés à Marine, et c’est parti pour le voyage en métro le plus n’importe-quoi du week-end. 32 stations sans changement! Heureusement que J1 a un jeu de golf sur son téléphone… la pilule passe toute seule.

Au Bar du marché de Montreuil, c’est pas l’auditorium du conservatoire de Boulogne-Billancourt et ses moelleux fauteuils. Mais c’est pas ça qui est gênant. Le problème, c’est la petite dizaine de gars (et de filles) bien éméchés qui forment une barrière infranchissable entre le groupe et son public. Et que j’hurle, et que je sors ma guitare, et que je pique le pied de micro de Jean-Marc. Je suis admiratif devant le sang-froid des musiciens, qui ont conservé tout au long du concert une qualité musicale égale (et haute, comme d’habitude), et ont su gérer le possiblement pire sans pour autant pouvoir calmer vraiment cette bande d’excités. Un peu moins admiratif devant le comportement des patrons du bistrot, qui auraient peut-être pu intervenir.

«Danse encore» sonne comme une réponse à nos discussions de la veille: «Non, ce n’est pas qu’une résistance, c’est déjà une victoire», et le concert s’achève sur un beau: «Nous ne sommes pas vaincus!» Mais c’est qu’il se fait tard, et que mon billet est du genre qui ne s’échange pas. Aux-revoirs, retour au métro, grignotage à Montparnasse, changement de pull pour ne pas puer la clope pendant le trajet. Dans quatre heures et demie, se glisser dans le lit et chercher les lèvres chaudes et ensommeillées de Céline.

PS: À part ça, j’étais monté à Paris pour rencontrer mon directeur de recherches et parler de l’avancement de ma thèse. Bon, ça va pas vite, mais il y a de l’espoir.

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