La grande bouffe

C’est pas souvent que j’achète Ouest-France. Mais là, coup sur coup, deux affichettes m’interpellent. Mercredi 26 septembre, «Ceux qui font bouger la culture à Saint-Brieuc»; et, vendredi 28, «Votre maire sera-t-il candidat en 2008?» Vous me direz que les deux sujets n’ont rien à voir, à quoi je répondrai:

  • a) que j’ai le droit de m’intéresser à plusieurs choses en même temps, non mais.
  • b) que de toute façon, ce n’est ni de l’une, ni de l’autre, que je souhaite vous entretenir aujourd’hui.

Car:

  • a) le traitement de ces deux sujets était pour le moins inintéressant. Une galerie de portraits vus et revus dans le premier cas, une bête carte du département dans le second.
  • b) c’est finalement autre chose qui a retenu mon attention.

Il s’agissait:

  • a) d’une publicité parue dans la page Agriculture de l’édition du 26. On y vante «l’aliment CECAB, l’aliment gagnant». On est en Bretagne, hein, qu’est-ce qu’on nourrit en Bretagne? Des cochons. Des centaines de milliers de cochons qui doivent engraisser à pas trop cher pour que leurs côtes fassent le plus vite possible la taille des barquettes en polystyrène. Un de ces cochons est dessiné sur ladite pube. Un gentil joli porcelet à l’œil brillant et dont le sourire laisse deviner le plaisir qu’il prend à ingurgiter le tas de petits tubes blancs disposé devant lui, sur une assiette s’il vous plaît. À l’intérieur du cochon, on aperçoit, par transparence, un moteur. Que l’on devine de Formule 1, puisque figurent aussi, sur ce petit chef-d’œuvre de propagande, un drapeau à damier, ainsi que les expressions: «Accélérateur de performances», «Prix, performances, sécurité!!!». Le tout amenant à cette implacable conclusion: «Passez à la vitesse supérieur, rejoignez-nous!» Ceci pour ceux qui n’ont pas encore compris que, devant «agroalimentaire», on met le mot «industrie», et que ce n’est pas tout à fait anodin.
  • b) d’un article, paru dans la même page, mais le 28. «La filière porcine veut des aides à l’export», indique le titre. Ben oui, l’Europe est en surproduction («autosuffisante à 107%», en langage journalistique), donc faut vendre ailleurs. Problème: nos cochons sont trop chers! Je résume: l’euro fort ne facilite certes pas les exportations, mais c’est surtout le prix des aliments qui nous pénaliserait. Les petits tubes Cecab, c’est bien, mais pas suffisant. On n’a en effet plus le droit d’utiliser des farines animales, et pas encore celui de gaver les cochons au maïs OGM. Bref, on gémit dans les chaumières. Et on réclame des sous pour «compenser ces handicaps qui ne résultent pas de la volonté des éleveurs». Mais au fait, qui est ce «on»? Tout au long de l’article, on nous parle d’Europe, sans qu’on sache vraiment qui, en Europe, est dans la gêne. Au dernier paragraphe, ça se précise. Premiers mots: «Les producteurs». Derniers mots: «Marché du porc breton». La toute-puissante industrie du porc breton, donc, qui a depuis longtemps démontré que son immense civisme valait bien les torrents de subventions qu’elle reçoit, et ceux de lisier qu’elle déverse un peu partout en retour.

Alors quoi, y a-t-il une morale à tout cela? Est-elle à rapprocher des déclarations de la FNSEA qui, voyant arriver les timides propositions du Grenelle de l’environnement, hurle, toujours dans Ouest-France du 28 septembre, page 3: «Nous n’accepterons pas une restriction drastique de l’utilisation des pesticides»?

Ben non, y a pas de morale. Juste l’amer et répété constat que l’agriculture «conventionnelle» en général, et son avatar breton en particulier, voyant l’iceberg se rapprocher, continue sa route, met les gaz, et demande que l’on ajoute du charbon dans la chaudière. Pour le profit de quelques-uns, qui sauront quitter le navire à temps. Les autres (l’environnement, la santé des populations, les ménages les moins aisés, etc., sans oublier la plupart des agriculteurs) ont commencé à sombrer depuis un bon moment déjà. On leur élèvera, si quelques familles venaient à se plaindre, un monument commémoratif.

2 Commentaires

  1. Publié le 16 octobre 2007 à 0:36 | Permalien

    En 1976 sortaient Taxi Driver et Spermula, ce qui semble nous éloigner du sujet. Autant alors rappeler qu’en 1976 le premier coagulateur en continu du monde voyait le jour grace à Lactalis, groupe agroalimentaire français talonant aujourd’hui Danone.
    Aujourd’hui Lactalis est le premier fromager français. Président c’est eux, mais aussi la plupart des produits laitier de nos supermarchés (même Lepetit). Lorsqu’ils ont mis en marche le coagulateur il y avait 2 000 salariés dans la boite, et se retrouvaient en capacité de produite 225 000 camenbert par jour. Maintenant ils approchent les 30 000 salariés et sont les premiers en Europe pour le lait et le fromage.
    Tout ça pour dire que je viens de revoir un film drôle de 1976 narrant les aventures de messieurs Duchemins père et fils, De Funes et Coluche, vous l’avez deviné, on l’a presque tous vu : l’aile ou la cuisse. Un soir que vous serez vide mais pas anéanti, (re)regardez donc ça. Il est bon de rire parfois. Ca pourrait sortir aujourd’hui.
    Et j’assume, na !

  2. Publié le 23 octobre 2008 à 1:34 | Permalien

    juste,un petit commentaire pour vous dire ue vous gagneriez à être reconnu par toud !

Laisser un commentaire

Votre e-mail ne sera jamais publié ni communiqué. Les champs obligatoires sont indiqués par *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

*
*

Subscribe without commenting

Aether Child Theme by altamente decorativo & bendler.tv | built on Thematic Framework