C’est où, l’hôpital ?

Aujourd’hui dans Libération, un dossier sur l’hôpital de Saint-Affrique, où un chirurgien est accusé d’avoir tué ses patients. Évidemment qu’il ne les a pas assassinés à coup de pic à glace à la sortie de la cantine. On lui reproche des «actes chirurgicaux problématiques» selon le journal, des «mauvaises indications et mauvaises pratiques» selon le rapport qu’il s’est procuré. Six patients sont décédés après une colectomie. Deux étaient cancéreux en fin de vie, deux autres grabataires. Que ces situations augmentent les risques, on n’a pas besoin de le savoir. À la limite, il n’est presque pas question du chirurgien là-dedans. L’objectif est, comme d’habitude, d’expliquer que les petits hôpitaux ne sont pas sûrs et qu’ils doivent fermer ou se transformer en maisons de retraite médicalisées. On interroge un grand ponte, qui clame: «La chirurgie de proximité n’a plus de sens», mais se garde bien d’expliquer pourquoi, et comment l’on serait mieux soigné s’il n’y avait plus que des CHU-pôles d’excellence.

Heureusement, le papier principal est plus équilibré, on y donne aussi la parole aux défenseurs de l’hôpital. Mais les choses ne sont pas situées sur le même plan. D’un côté, il y a la question de la sécurité des patients, posée par les autorités. Qui peut être contre? De l’autre, le problème, soulevé par les défenseurs, de la survie d’une petite ville dont le poumon est l’hôpital. Essayez de faire venir s’installer des jeunes en milieu rural sans hosto à proximité, tiens… Au lieu de créer le dialogue, le journal le ferme. Qu’ont à répondre les décideurs obsédés de sécurité (et d’économies) sur l’avenir de Saint-Affrique et des zones rurales en général? Et, en face, qu’ont à répondre les petits hôpitaux, leurs médecins et leurs élus, sur les questions de sécurité? Ils auraient des choses à dire, qui étonneraient les énarques, si on les écoutait. Mais comme on ne le fait pas, il n’y a qu’une conclusion possible, qu’on laisse au lecteur de le soin de tirer: la fermeture des petits hôpitaux, sur le mode «C’est douloureux, mais on n’a pas le choix, on ne peut pas sacrifier la sécurité.» Le retour de la vieille antienne selon laquelle il n’y aurait pas d’alternative.

Par curiosité, je suis allé télécharger le rapport du professeur Guy Vallancien, que Libé cite, mais que j’ai trouvé sur le site du Figaro, et qui préconisait, en avril 2006, la fermeture immédiate de près de 120 services de chirurgie tous situés dans des petits hôpitaux. Guy Vallancien, éminent urologue et membre d’un tas de commissions et académies, claironne à tout va depuis une bonne dizaine d’années, peut-être plus, qu’il faut fermer les petits hostos. Mais bon, faisons fi de ce que nous savons, et observons les faits qu’il rapporte.

Aïe, la chose fait 77 pages. Du travail sérieux, sans aucun doute. Avant de lire, penchons-nous donc sur la méthode. Bon, des auditions. Tous les directeurs des Agences régionales de l’hospitalisation (ARH). C’est un peu comme si on demandait aux préfets leur avis sur le ministre de l’intérieur. Également des directeurs d’hôpitaux, des députés. Des médecins, quand même, mais surtout des professeurs, des chefs de service. Ah, apparemment des «petits médecins»: deux de l’Île d’Yeu, un d’Ouessant, un de Belle-Île-en-Mer. Étrange choix quand on n’en interroge aucun ou presque sur le continent. Mais on nous explique que c’est pour connaître l’avis des populations dans des endroits difficiles où il n’y a jamais eu d’hôpital. Ceux qui pinailleront en disant qu’on ne peut guère comparer une île de 930 habitants (Ouessant) avec une commune de 7500 au milieu d’un canton de 11800 (Saint-Affrique) ne sont que des baba-cools qui n’ont rien compris à la politique. D’ailleurs, on s’est aussi intéressé aux villes du continent qui avaient un hôpital et qui l’ont perdu.

Pour cela, on a passé quelques coups de fils à la population. À cent personnes en tout: «maires, médecins, pharmaciens, usagers». Cent personnes, parce que faudrait pas risquer de se retrouver avec un échantillon représentatif, des fois que les gens soient attachés à leur hôpital. De toute façon, les questions n’étaient pas de nature à renverser la République. Il n’y en avait que cinq, car le téléphone, ça coûte. Mais une seule aurait suffi. La quatrième:

«Si vous aviez à vous faire opérer vous iriez :

  1. Systématiquement au plus près de chez vous?
  2. Là où il y a de bonnes équipes chirurgicales?»

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