Jeu de piste

Le sketch de la semaine! Entre le 19 juin et avant-hier, jeudi 28, le teknival breton de l’été a déménagé cinq fois. D’abord, les services de l’État — sans plus de précision, on ne sait jamais à quelle échelon les décisions sont prises — parlent de l’aéroport de Trémuson, à proximité de Saint-Brieuc. Le maire, le président du conseil général s’insurgent. Le lendemain, on évoque celui de Trélivan, à côté de Dinan, puis, le 24, un autre aérodrome, à Guiscriff, dans le Morbihan. À chaque fois, fronde locale. Même les teufeurs ne veulent pas de Trélivan, trop petit. À Guiscriff, ce sont les agriculteurs du cru, soutenus par des élus, qui prennent les devants et épandent des tonnes de lisier sur la piste. Sans être le moins du monde embêtés par la gendarmerie qui, comme d’habitude en la matière, regarde ailleurs.

Le 26, est envisagé l’aérodrome désaffecté de Saint-Sulpice-des-Landes, en Ille-et-Vilaine, département qui devait en principe accueillir le teknival cette année — il est censé tourner depuis que l’État a décidé d’encadrer la manifestation. Nouvel épandage de lisier et, dès le lendemain, Hardenges, en Mayenne, vient s’ajouter à la liste. Le collectif des teufeurs commence à faire savoir qu’il en ras-le-bol et qu’il a en tête quelques terrains où se poser de manière sauvage. Du coup, retour en catimini à Trémuson jeudi 28. C’est un excellent choix: il n’y a plus de ligne régulière sur cet aéroport. Ça fera un peu d’animation, et, grâce au tekos, du monde va enfin pouvoir décoller sur cette piste… (si si, c’est de l’humour)

Et puis, hein, ça me permet de me déniaiser et de mettre les pieds dans une rave. La préfecture fait vraiment bien les choses: après avoir baladé la teuf dans toute la Bretagne, elle promène les teufeurs, pour l’accès au site, sur de jolies petites routes de campagne à eux réservées. Entre Saint-Brieuc et l’aéroport, une douzaine de kilomètres, dix minutes de route. Pour le teknival, on multiplie le tout par trois, au bas mot: faut rouler jusqu’à Plouagat car toutes les sorties de la quatre voies sont fermées, puis remonter le long de la RN 12, passer de l’autre côté, retrouver la route de Paimpol, puis atterrir dans un champ derrière la piste. Mais pas de risque de se perdre: soit les carrefours sont bloqués, soit il y a des képis pour t’indiquer la route. C’est d’ailleurs un des atouts de cette organisation: dans la plupart des grands festivals, on exploite des centaines de bénévoles pour flécher, diriger, parquer, accueillir. Ici, ce sont des gendarmes qui veillent, gèrent le parking… et contrôlent, aussi. Avant l’arrivée sur le site. Après, pas de vigiles qui te font enlever le bouchon de ta bouteille en plastique car ça pourrait en faire une arme. Des patrouilles de la Protection civile, les stands de Médecins du monde, et 40000 teufeurs qui dansent, picolent et, pour certains, avalent des cachets, le tout sur la belle piste en macadam sur laquelle sont alignés bagnoles, murs de son, buvettes illégales et poubelles dans un joyeux merdier.

On déambule là au milieu, porté par la foule, arrêté par un son, attiré par un décor. Je n’ai pas vu les cadavres de chiens dont parlent les colporteurs de rumeurs, ces pauvres bêtes que les dealers gaveraient de drogue pour passer les contrôles avant de les éventrer sur place pour installer leur petit commerce — oui, il se raconte de pareilles âneries. Pas vu non plus les rayons du supermarché de la drogue promis par les mêmes: on t’en propose, oui, c’est sûr. Plus que sur le camping des Vieilles Charrues ou sur le site des Eurockéennes, pas sûr. Par contre, j’ai vu quelques pépés à casquette et mères de famille propres sur elles, venus voir comment ça se passait, à minuit le samedi soir, et repartir sans se faire égorger. L’ambiance est assez tranquille, même si le terme est mal choisi vu les kilowatts qu’on prend dans la tronche. Quelques sons sont sympa, mais rien d’extraordinaire. Il commence à bruiner quand on commence à fatiguer, pis en plus Céline veut pas que j’achète une galette complète sous prétexte qu’on a déjà mangé, alors on rentre. C’est nul, la techno.

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