À qui le tour ?

J’aime bien Nicolas Cage. Surtout son profil droit. On le voit bien, sur l’affiche de Next. Il a l’air sévère et est peint en bleu, mais ça reste Nicolas Cage. Derrière lui, on aperçoit les deux greluches de service – faut de jolies femmes sur une affiche –, Julianne Moore et Jessica Biel. Également peintes en bleu. C’est un style. Cependant, aussi élégante soit-elle, cette monochromie ne restera pas dans les annales, car elle est gâchée par une tache jaune-orangé, en bas et à gauche de la composition. Comme une boule de feu traversant la ville.

Sur l’affiche, on lit: «Next». Ça, on en a besoin, c’est le titre du film, on l’a d’ailleurs déjà dit, passons. Il y a aussi un slogan: «Il peut prévoir son futur. Il a 2 heures pour le changer.» Ça, c’est lourdingue et on n’en a pas besoin, mais c’est un film américain, on ne peut pas s’en passer. Quoi d’autre? Ah oui, une accroche intéressante: «Par l’auteur de Minority Report».

La question est donc: qui est l’auteur de Minority Report? La notion d’auteur, imposée en France par la Nouvelle Vague, est assez peu usitée dans le cinéma américain. On a parfois l’indication du réalisateur, quand celui-ci est connu. Pour Minority Report, c’était Steven Spielberg. Il y avait même, sur l’affiche, une citation de Michel Ciment, de Positif, grand spécialiste dudit Steven, qui affirmait: «Le meilleur film de Spielberg». Rien que ça. Le hic, c’est que le réalisateur de Next en est un autre: Lee Tamahori (L’Âme des guerriers, Meurs un autre jour). De même, l’équipe de scénaristes est différente pour les deux films.

La vérité est donc ailleurs. (roulement de tambours). L’«auteur» de Next est en fait celui de la nouvelle qui a inspiré le film, The Golden Man (L’Homme doré, titre qui justifie la boule de feu, disponible notamment dans le recueil Les Braconniers du cosmos chez Librio). C’est bien lui qui a également écrit Minority Report (Le Rapport minoritaire). On vous dit le nom? À mon avis, ça fait longtemps que vous avez trouvé. C’est évidemment Philip K. Dick, mon schizophrène préféré, grand maître de la science-fiction torturée, des altérations du temps et de la réalité, de la confusion des sens. C’est un habitué des studios. Ou, plutôt, les studios sont des habitués de ses bouquins. Bien qu’il n’ait jamais participé à l’adapation d’une de ses œuvres, il est en effet un des écrivains les plus pompés par le cinéma. Première tentative, et pas des moindres, Blade Runner, sorti en 1982, l’année de sa mort, et inspiré du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques?, renommé par la suite d’après le titre du film. Puis Total Recall, Confessions d’un barjo, Planète hurlante, Impostor, Paycheck, A Scanner Darkly (pour les titres des bouquins correspondants, voir Wikipédia). Ce qui est marrant, c’est que ces films de SF ultra-modernes sont des adaptations de récits des années 1950, exceptionnellement 1960. À croire qu’on manque aujourd’hui d’imagination, alors que les possibilités technologiques (et leurs conséquences sociales et psychologiques) n’ont jamais été aussi grandes.

Comme Stephen King dans un autre genre, la qualité d’écriture de Dick, mais surtout ses intrigues haletantes, angoissantes et minutieusement découpées en font des cibles de choix pour le ciné. Ça ne fait pas forcément de bons films, mais on y va en se disant qu’il y a au moins une histoire de départ qui tient la route… Rien n’est moins sûr avec l’autre sortie SF de la semaine, Nos amis les Terriens, premier film de Bernard Werber tiré de son propre roman – et dont l’affiche singe d’ailleurs sans vergogne la couverture du premier tome de Mission Terre de L. Ron Hubbard. Avec Werber, on court un grand risque: que l’«auteur» ait réalisé son film avec les mêmes pieds que ceux qu’il utilise pour écrire ses livres. J’en frissonne d’avance…

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