Deux côtes, une vertèbre

Il faudrait aussi parler du décor. La place de la Liberté, grand parking, lieu de rendez-vous pour les manifs, accueillant goudron dans lequel les cirques plantent les piquets qui tendent les toiles de leurs chapiteaux. D’un côté le collège Racine, en face quelques collectifs. D’un côté la Poste, en face une barre de sept, huit étages. Au numéro trois, le cabinet de monsieur Val et de madame Safran. Moquette murale beige, embrasures des portes saumon. C’est pas tout neuf, mais propre. J’ai mes habitudes chez monsieur Val. Monsieur Val est doux, il ne «manipule» presque pas: il pose ses doigts où ça coince, reste là un bon moment, puis la vertèbre déplacée «passe» quasiment sans aide. Sans tirer ni faire craquer le dos. Le bien soigne le mal.

Dans la pièce où monsieur Val répare les dégâts que les étirements quotidiens et l’absence de pratique sportive n’arrivent pas à m’éviter, deux époques se côtoient. L’ère du K410 et celle du Cellu M6. Je ne sais pas à quoi sert le K410. Ça ressemble à un croisement entre l’alarme-qui-se-déclenche-à-la-lumière qu’on avait faite en cours d’EMT au collège et le tableau de bord d’un avion-cargo soviétique. Avec en plus quelques fils qui doivent bien se terminer par des électrodes. Il y a un certain charme désuet – «ostalgique», diraient les Allemands, même si les couleurs n’y sont pas – dans ce capot taillé à la serpe et ces gros boutons de plastique noir.

Juste à côté, le Cellu M6, sorte de mante religieuse gris métal et bio-design. «Plus de 100 000 000 séances prescrites dans le monde», proclame la publicité affichée dans la salle d’attente. Un machin bouffe-cellulite qui doit permettre à monsieur Val d’entretenir son bateau et de se consacrer à ce que j’aime chez lui: l’ostéopathie.

Me voilà donc couché sur le dos, ses mains quelque part entre mes omoplates, là où ça fait mal. Dans mon champ de vision, deux lampes. Une pour éclairer la pièce, l’autre pour chauffer – j’imagine qu’elle doit servir à certains types de massages. Marrant, qu’on utilise le même mot pour ces deux applications: éclairer et chauffer. Le Robert historique de la langue française indique que le premier sens remonte à 1119, le second à 1690. C’est vrai que, jusqu’à une époque très récente, les appareils d’éclairage produisaient bien plus de chaleur que de lumière. Le rendement d’une ampoule à incandescence est par exemple de… 5%. C’est-à-dire que 95% de l’énergie consommée part en chaleur! Mais monsieur Val sait cela, qui utilise des lampes fluocompactes.

La séance se termine. Cette fois-ci, ce n’était pas la vertèbre habituelle qui avait bougé, mais une côte qui s’était déplacée, et bloquait du coup deux vertèbres. Tout se remet en place sans forcer. Ça tombe bien, je reprends la route dans quelques jours. Difficile de savoir, par contre, si cela aura un effet bénéfique sur mon mal de dents, auquel le dentiste n’a trouvé aucune origine relevant de sa compétence, et sur le bouton mystérieux que j’ai à la lèvre, qui grossit avec le mal de dents. Mais c’est déjà pas mal que le dos soit à nouveau d’attaque, non?

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