Archive pour décembre 2006

La toupie d’Elouann

Lundi 25 décembre 2006

La Toupie d'Elouann

Merde et mort aux cons !

Jeudi 21 décembre 2006

Tu me fascinais, Bébert. Une façon de dire «merde» qui n’appartenait qu’à toi, l’espèce de délire permanent que tu promenais partout avec toi, ta grande gueule et ton foulard, ta 4L de toutes les couleurs, les aquarelles et les huiles – celle avec toutes ces spirales entremêlées, surtout, qui m’hypnotisait –, les pochoirs réalisés avec de vieux quarante-cinq tours, le Terrain d’aventures à Héricourt, ce projet de construire un amphithéâtre grec dans le jardin de Jobert, quelque chose comme un refus du monde des adultes qui enchantait l’enfant que j’étais.

Ça m’avait fait marrer, cette fois où tu m’avais emmené boire un coup au café de Lyoffans. J’avais pris un chocolat chaud, peut-être un Orangina, je ne sais plus. Tu avais commandé une verveine-menthe, et la patronne t’avait apporté un pastis. L’impression qu’on m’autorisait à connaître une partie du code secret, délicieux et dérisoire franchissement de l’interdit. Mais, plus tard, surtout la certitude que les yeux étonnés du gamin étaient passés à côté de l’essentiel: l’alcool. Les années qui suivent sont un peu floues dans ma mémoire, peut-être parce que le monde que je me construisais à l’adolescence regardait ailleurs, peut-être parce que j’oublie assez facilement les mauvais souvenirs. Mais quand même: ces boulots que tu n’arrivais pas à garder plus de quelques semaines, le déménagement de Magny-Jobert à Belfort, le divorce, l’emménagement de Danièle, Élise, Coline et Léo à Villejuif. Toi qui te lances à leur poursuite, et qui finiras par t’installer dans le petit bois de Chevilly-Larue rebaptisé «Forêt de Sherwood».

Il y avait certainement quelque chose de cassé en toi, entre toi et la société, et c’est certainement la rue qui t’avait permis de retrouver un équilibre. De continuer à créer, avec Léo, toiles, sculptures, collages. De retrouver aussi, petit à petit, la confiance d’Élise et Coline, et de nouer d’autres relations avec Danièle. Évidemment, ça fait une bonne dizaine d’années pendant lesquelles je n’ai vu mon oncle que par à-coups. Un soir à la Folie en Tête, ce chouette cabaret libertaire de la Butte-aux-Cailles dans lequel tu déclamais tes poèmes, quelques virées à Paris, des visites à Sherwood, celles que tu rendais aussi à Villejuif, houleuses parfois, puis apaisées. Ce soir où tu nous as emmenés, Léo et moi, écouter chanter ta copine Agnès Bihl, enfin ce bœuf bourguignon offert à Sherwood l’année dernière.

À Sherwood, donc, où tu es mort dans la nuit du vendredi 8 au samedi 9 décembre – la nuit de mes trente ans. Et pas de froid, comme l’ont écrit ces imbéciles du Parisien et d’Ouest-France, comme l’ont laissé entendre ceux de l’AFP, à la recherche de «SDF morts de froid» pour vendre du papier en ces premiers frimas. Mais d’une bête hémorragie fulgurante, dernière conséquence d’années difficiles, de mauvaise santé et du peu d’attention que tu lui accordais, à ta santé. C’est aux autres, surtout, que tu offrais ton attention. À ceux rencontrés aux Compagnons de la nuit, au Secours catholique, au café philo, à la mairie et ailleurs, et dont on a pu mesurer, hier, en te rendant un dernier salut, combien ils t’étaient attachés. Tu savais être chiant, Bébert, mais tu étais surtout attachant. La paix sur toi.

Une histoire (malheureusement) ordinaire

Mercredi 6 décembre 2006

Sarah appelle Sylvia, qui en parle à Céline, qui me passe un coup de fil: ce matin à 6h, une famille de sans-papiers briochins a été délogée de force par la police et conduite au commissariat. Sous le coup d’un arrêté de reconduite à la frontière depuis février, Fatiha et ses enfants Samira et Nasser pourraient être placés en centre de rétention dès ce soir et renvoyés rapidement en Algérie.

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