Salut à toi !

Marie-Claire Vuillemot, chez elle à Magny-Jobert en février 2002

Marie-Claire Vuillemot est morte ce matin vers 9h à l’hôpital de Lure. Elle avait 82 ans. C’était ma grand-tante (la sœur du père de ma mère, pour être précis), autant dire un des ces personnages familiaux qui ont l’air éternel. Impression renforcée par son statut de mémoire de son village, Magny-Jobert. C’est elle qui savait comment les alentours avaient été libérés en 1944, elle qui écrivait les discours de toutes les commémorations, elle qui entretenait une correspondance avec les militaires qui y avaient participé, avec les anciennes de son école et qui s’occupait du repas annuel de retrouvailles, et j’en oublie certainement. Elle qui, enfin, était partie à la recherche des origines de la famille, avait retrouvé les ancêtres de la région et les actuels cousins d’Amérique.

Ils avaient d’ailleurs fait une sacrée gueule, paraît-il, quand ils étaient venus la voir. La dame à la plume alerte qui leur avait écrit depuis l’autre côté de l’océan ne vivait plus, les dernières années, que dans une seule pièce de cette ferme qui fut son unique maison. Bien calée sur sa chaise, entre la cuisinière à bois où une bouilloire frémissait sans répit et la table où s’amoncelaient courrier, programme télé et médicaments, elle regardait passer les anciens et les nouveaux du village, en recevait certains avec un coup à boire, maugréait sur d’autres. Au courant de tout sans plus sortir de chez elle, elle avait gardé un esprit vif, souvent percutant, qui était tout l’inverse de son corps obèse et immobile.

Elle a fumé comme un pompier, bu plus que de raison et mangé comme une vache avant que la médecine ne la rappelle à l’ordre, avec suffisamment d’efficacité pour lui offrir quelques années supplémentaires. Heureusement sans acharnement. Elle qui n’aurait pas supporté de quitter sa maison – et qui était à ce point rétive à changer ses habitudes qu’elle a toujours refusé l’installation de toilettes et d’une douche –, est partie «sereinement», sans agoniser, simplement transférée à l’hôpital la veille de son décès. Elle s’y est donc endormie ce matin. Il n’y aura plus de limonade dans le frigo, plus de boudoirs à tremper dedans. Mais on ne t’oubliera pas. Salut à toi, tata !

[Correction, le 19 novembre, suite à pertinente remarque lexicologique d’Anne-Martine: il fallait lire «agoniser», et non «agonir». Agonir, c’est insulter. Bien sûr que Marie-Claire est morte sans insulter personne. Mais ce que je voulais dire, c’était «sans agoniser», sans avoir à endurer de longues souffrances. Dont acte et pan sur mon bec!]

8 Commentaires

  1. Pascale Ballarini
    Publié le 15 novembre 2006 à 13:30 | Permalien

    C’est bien fiston. C’est elle. Elle était crade certes, parfois un peu étroite d’esprit, presque prête à dire «leur faudrait une bonne guerre». Tout en louant un champ à des «romanichels» dont personne ne voulait.
    Elle était en soucis pour nous, pour les voisins, pour les copains. Et elle en avait des copains. Elle a rendu des tas de services. Elle a accompagné sa mère, cette vieille instit de campagne qui a aidé tant d’enfants à faire leurs devoirs. Elle savait ce qui se passait à sa porte et dans le monde. Elle aurait aimé un peu moins de malheur.
    Avant tout elle tenait à sa liberté. Ce n’était possible que grâce à l’aide des autres. Il n’est pas difficile de comprendre que Claude et Ninette en ont souffert aussi. Elle a pu rester chez elle. Et cela c’est vraiment bien… Il y aurait encore des choses à dire (le mouvement des radicaux de gauche, les palmes académiques, la salade de chou, la tarte aux noix…), mais j’ai un emploi du temps à respecter. Cela elle n’aurait pas aimé…
    Je l’embrasse. Et je t’embrasse.

  2. Danièle Vuillemot
    Publié le 17 novembre 2006 à 11:56 | Permalien

    Toute petite j’aimais aller chez tata et mémé parce que je n’étais pas obligée de me laver,je pouvais aussi manger des grosses tartines avec plein de beurre et du sucre saupoudré dessus. Et puis j’adorais faire pipi dans la grange, je regardais les dessins que cela faisait en coulant dans la poussière du foin. Le coq chantait le matin comme dans les histoires qu’on me racontait.Une seule fois je me suis ennuyée et j’ai écrit à mes parents pour qu’ils viennent me cherecher. Plus vieille j’ai adoré voir mes enfants aimer à leur tour aller chez tata,manger du saucisson à 10 heures ou des boudoirs à 11.Plus vieille encore j’aimais qu’elle me raconte les nouvelles de Magny-Jobert. Elle avait ses habitudes, elle était fière d’avoir conservé le patrimoine mais elle avait bien compris qu’on ne le garderait pas.Et elle l’avait accepté.Alors chapeau!

  3. lisette
    Publié le 17 novembre 2006 à 18:29 | Permalien

    Haaaa ma tata, pendant presque 10 ans je suis venue chez toi tout les jours, jte racontais mes reves tout en trempant mes boudoirs dans la limonade et tu m’écoutais attentivement.Le mardi et le jeudi c’etait la corvée du bois( j’ai tjs eu peur de rentrer dans cet endroit, c’etait la ou il y avait les cochons!! mais jte l’ai jamais dit!).Le must c’etait quand on écoutait la cassette de”viens boir un ptit coup a la maison”et en boucle s’il vous plait!!! Que du bonheur et tu me manques tellement.Tu étais une dama extra et tu seras tjs dans mon coeur, je t’aimais, je t’aime et je t’aimerais… Ta petite niece, élise.

  4. Anne-Martine
    Publié le 21 novembre 2006 à 12:53 | Permalien

    La dernière fois que je suis allée en vacances à Jobert, j’ai écrit le jour même (je savais tout juste le faire) aux parents pour qu’ils viennent me rechercher. C’était Clairegoutte qui me convenait, pas Jobert. Ce que je n’aimais pas, qui me mettait mal à l’aise a eu plus d’importance pour moi que le reste. Et dans ce reste, il y a des qualités et les services qu’elles ont rendus. Ce serait irrespectueux pour elles et désobligeant pour les autres que je fasse un inventaire de ce qui me heurtait.
    Néanmoins, je suis contente pour Marie Claire que d’autres lui ait offert ce que je ne pouvais (c’est bien le bon verbe) pas lui donner. Que ce soit dans la famille, proche ou moins proche, ou dans le voisinage. Que les souvenirs de chacun soient différents.
    Les choix de Marie Claire ont pesé matériellement et psychologiquement sur son environnement donc sur les personnes. Chacun a ses armoires pleines, se débrouille ou non pour évoluer, négocie ou non avec lui-même et avec ceux qu’il aime et qui comptent pour lui, ce qu’il fait de sa vie. Je n’engage que moi en disant ça mais on le peut si on le veut.
    Aussi, mon témoignage n’est-il pas un jugement mais simplement une évocation d’une impossibilité qui venait de moi. Mais Marie Claire a droit à mon respect en tant que personne. Donc : salut à toi.

  5. Ninette
    Publié le 22 décembre 2006 à 15:53 | Permalien

    Salut à toi, femme de franches lippées, rivée aux traditions, au terroir, au devoir de mémoire; qui a toujours refusé d’être «commandée» mais qui savait très bien le faire, à la porte et au cœur toujours grands ouverts (adieu aux «canons» sirotés au milieu des bavardages, ça va rudement manquer); et à la vie tellement archaïque (ton frère en a essuyé, des colères épiques, piquées par moi à certains retours de Jobert)… Tu nous laisses un sacré merdier! Les bons souvenirs resteront. Nous te gardons dans nos cœurs.
    Repose en paix. Salut à toi.

  6. jean-pierre iselin
    Publié le 24 janvier 2007 à 21:58 | Permalien

    Marie-Claire, une tranche de ma vie est partie avec toi.
    Que de souvenirs, de mémorables soirées jadis ou les évenements du passé et les situations actuelles (a l’époque de mon adolescence) étaient évoqués avec précision et passion.Tous les sujets étaient abordés mais la famille était notre discution préferée. Les descriptions de nos ancètres étaient tellement précises, leur vie si détaillées que j’ai encore l’impression de les avoir connu (ils sont décédés bien avant ma naissance) .
    Et que dire de nos pelerinages en terre Alsacienne (Egiesheim pour les connaisseurs) ; but du voyage de paroisse, mais qui coïncidait avec la fètes des vignobles; Que nous étions pieux ce jour.
    Le temps a passé,les années se sont accumulées, un autre équilibre de vie s’est installé mais le plaisir de se voir, de discuter a toujour été le même.
    Ton départ Marie-Claire, ce n’est pas une page qui se tourne, c’est le grand livre qui se referme à jamais.

  7. Bernard Didier
    Publié le 27 avril 2007 à 23:06 | Permalien

    Enfant du moulin, expatrié de JOBERT depuis plus de 20 ans, en région Parisienne puis dans les Alpes du sud (mutations obligent).
    C’est avec émotion que j’ai lu les quelques lignes qui me rappelle mon enfance et surtout la cousine coté maternelle avec ses bottes de caoutchouc et bien sur sa maman l’ancienne maîtresse d’école celle qui a instruit mon père.
    Pour moi, enfant elles étaient instruites, intelligentes et la mémoire du village.
    Qui m’a jamais été a cette époque chercher un renseignent, un conseil ou discuter de divers sujet devant un verre ou un café.
    Pour moi c’était enfant une friandise puis plus tard un coup de goutte et toujours le même sujet de discutions auquel elles ne m’ont jamais répondrent (elles disaient ses choses là ne regarde pas les gosses même après mes 20 ans puis les 30.

    Très passionné par le temps de l’occupation Allemande au village, je suis à la recherche de tout renseignements ou document surtout pendant la période entre 1940 et 1941.

    Avec elle c’est une partie savoir de l’histoire du village qui a disparue.

    Adieu MARIE CLAIRE que dieu de garde.

  8. Fine
    Publié le 30 avril 2007 à 23:51 | Permalien

    Ca me fait bizarre de szvoir a retardement que cette dame est partie
    Vous allez trouver cz bizarre mais je ne l’ai jamais vue mais on m’en a tant parle
    Le temps passe je m’en rends d’autant plus compte que Lolo ne m’a pas dit qu’elle est partie
    Lolo, Tom, Pascale, Jean Pierre et Ninette m’en ont beaucoup parle
    Je vais sur ce blog ce soir pour la premiere fois puisque notre ami Lolo avait omis d’y inviter ses amis et de detours en detours je ne trouvais pas grand chose qui me rappelle Lolo et tout a coup…
    Alors je me permets avec retard de souhaiter un bon voyage a la memoire de Magny Jobert

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