Coup de barre

Ma mère n’arrête pas de me répéter que je ne sais pas faire deux choses en même temps. Par exemple, marcher et penser. Bon, j’étais préoccupé. Je sortais de chez le notaire, à qui j’avais remis l’offre de prêt que je venais de récupérer à la banque, et je me dirigeais vers la boîte à copies avant de me rendre à la poste. C’est-à-dire qu’en quelques centaines de mètres et quelques dizaines de minutes se cristallisaient près de deux mois d’attente et de frustrations entraînant moult pulsions de mort à l’égard du banquier, et culminant en un immense soulagement que l’on pourrait résumer ainsi: «Putain, on va enfin l’avoir cet appart’!»

Et c’est là que PAF ! Le soleil de Saint-Brieuc se tranforme en un écran blanc aveuglant, qu’une douleur subite me vrille la caboche, et que mon nez se met à pisser le sang. Damned, que s’est-il passé? Il s’est passé que je suis passé, sans m’en apercevoir, sous une barrière du parking de la place Allende, précisément au moment où cette barrière retombait derrière une voiture que je n’avais pas vue non plus. Ça fait mal. Et j’ai laissé mon mouchoir à la maison.

Dans des moments comme celui-ci, on est prêt à revenir sur tous ses principes. J’avais ainsi prévu de contourner la place Allende, squattée depuis deux jours par l’infanterie de marine en plein racolage, avec char d’assaut et lance-roquettes. Après que deux gamins m’eurent regardé avec de grands yeux et rapidement répondu: «Non, on n’a pas de mouchoir en papier» avant de partir sans demander leur reste, j’ai changé d’avis. S’il y a bien un endroit où je vais pouvoir trouver une trousse de secours, c’est auprès des militaires, non? Avec les dégâts que causent leurs engins, ils doivent avoir ça dans la boîte à gants du podium-semi-remorque. Que couic! Rien du tout! Même pas la place pour un Kleenex dans leurs beaux uniformes bien repassés… Ils ont bien des téléphones pour appeler les pompiers, mais oh, je saigne du nez, c’est tout, on va pas rameuter toute la ville.

Prêt à sombrer dans le désespoir et l’antimilitarisme de circonstance, je fus sauvé in extremis par une petite vieille à l’ouïe fine, qui avait dû entendre ma requête et m’offrit sur le champ deux, j’ai bien dit deux, valeureux petits mouchoirs en papier. Je m’assis sur les marches du podium de la soldatesque quelques minutes pour stopper le flux vital, mais c’est bien parce que c’était plus près que la première bite en béton du parking. Un gentil cafetier me prêta ensuite ses toilettes pour que je n’arrive pas à la boîte à copies les mains pleines de sang, et l’histoire s’arrête là. Le côté positif, c’est qu’avec tous ces papiers que je transportais, nous voilà endettés pour quinze ans. Mon nez est tranquille pour un moment.

2 Commentaires

  1. angel'
    Publié le 3 septembre 2006 à 16:33 | Permalien

    c est loÏc???

  2. Publié le 3 septembre 2006 à 20:40 | Permalien

    bé oui c’est moi…

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