Soutien ferme, accueil moelleux

Je me sens tout petit. Un mètre soixante par deux mètres sur vingt centimètres d’épaisseur, c’est pas facile à manœuvrer tout seul, une fois que les livreurs sont partis. Surtout qu’on l’a pris en latex, notre nouveau matelas. Plus lourd que la mousse et les ressorts, et bien moins rigide. Il faut commencer par le sortir de sa housse sans mettre par terre tous les cadres du couloir. Puis lui faire négocier le virage de la chambre avant d’attaquer pleine bourre la ligne droite du sommier à lattes, où un habile retournement lui fera exposer sa face été vers le plafond. Mmmh… ça a l’air bien… Dire qu’il n’est que dix heures du matin, que la journée va être serrée – pas question de siestouzer ce midi – et qu’il va falloir attendre ce soir pour en profiter…

Ce soir, oui, mais tard… Ben oui, c’est la Fête des cafetiers de la musique, on ne va quand même pas rester à la maison et regarder la télé. D’abord, un petit tour pour se mettre les oreilles en condition. Rue Michelet, des chants de marins poussifs, de grandes tables et des moules frites. Bof, d’autant que les frites n’ont l’air terrible. Place du Martray, c’est mieux: des galettes saucisses et les Menestrolls, chanson à vague tendance ska, avec un violoncelle et des chapeaux. Pas mal, mais le son est en bouillie. C’est une constante de la soirée: sur les scènes officielles de la ville, on propulse des groupes amateurs et semi-pro, on rajoute quelques noms locaux pour avoir une «affiche» et on raconte aux journalistes que c’est formidable, on permet à tout ce petit monde de jouer dans des conditions pro. C’est vrai que c’est pas mal. Pis c’est bien rangé, y a un programme bien imprimé, c’est pratique. Sauf que le son n’est pas bon, pas pro. Peut-être que les Menestrolls ont mal réglé leurs instruments, puisque pour Marron clair, ce sera un peu mieux. Mais Les Gens Normals, qui ne sont plus des débutants, se retrouvent, sur une autre scène, avec la même bouillie, augmentée de larsens récurrents. Du coup, au lieu de se marrer, on s’en va.

On retrouve place Louis-Guilloux Lily Gus, la version rue de Nid de Coucou, dans laquelle Raphaëlle Garnier et Jean-Marc Le Coq n’interprètent pas leur propre bestiaire, mais reprisent des chansons de partout, avec ou sans paroles. Un peu de Trenet, un peu de Vian, un peu de Gershwin et nous voilà repartis, cette fois vers les scènes non-officielles. La voilà, la Fête de la musique: des petits gars pas en place qui s’éclatent au coin d’une rue, massacrant qui Téléphone, qui Aznavour, qui divers tubes disco. Plus loin, un groupe de percus africaines au milieu d’un rond-point, couvert par une déferlante techno – incroyable la puissance qui sort de ces deux petites enceintes placées à bien deux cents mètres. On termine par le meilleur: un sosie de Johnny Hallyday sur la terrasse du PMU. Il y a régulièrement des affiches qui l’annoncent dans un restau de la zone commerciale. Sous sa photo, cette légende: «La voix d’un géant.» Au milieu des Portes du pénitencier, on s’est souvenu qu’un matelas géant et tout neuf nous attendait à la maison. Un Dunlopillo, s’il vous plaît. Soutien ferme, accueil moelleux. Quelle belle nuit…

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