Archive pour juin 2006

Soutien ferme, accueil moelleux

Jeudi 22 juin 2006

Je me sens tout petit. Un mètre soixante par deux mètres sur vingt centimètres d’épaisseur, c’est pas facile à manœuvrer tout seul, une fois que les livreurs sont partis. Surtout qu’on l’a pris en latex, notre nouveau matelas. Plus lourd que la mousse et les ressorts, et bien moins rigide. Il faut commencer par le sortir de sa housse sans mettre par terre tous les cadres du couloir. Puis lui faire négocier le virage de la chambre avant d’attaquer pleine bourre la ligne droite du sommier à lattes, où un habile retournement lui fera exposer sa face été vers le plafond. Mmmh… ça a l’air bien… Dire qu’il n’est que dix heures du matin, que la journée va être serrée – pas question de siestouzer ce midi – et qu’il va falloir attendre ce soir pour en profiter…

Ce soir, oui, mais tard… Ben oui, c’est la Fête des cafetiers de la musique, on ne va quand même pas rester à la maison et regarder la télé. D’abord, un petit tour pour se mettre les oreilles en condition. Rue Michelet, des chants de marins poussifs, de grandes tables et des moules frites. Bof, d’autant que les frites n’ont l’air terrible. Place du Martray, c’est mieux: des galettes saucisses et les Menestrolls, chanson à vague tendance ska, avec un violoncelle et des chapeaux. Pas mal, mais le son est en bouillie. C’est une constante de la soirée: sur les scènes officielles de la ville, on propulse des groupes amateurs et semi-pro, on rajoute quelques noms locaux pour avoir une «affiche» et on raconte aux journalistes que c’est formidable, on permet à tout ce petit monde de jouer dans des conditions pro. C’est vrai que c’est pas mal. Pis c’est bien rangé, y a un programme bien imprimé, c’est pratique. Sauf que le son n’est pas bon, pas pro. Peut-être que les Menestrolls ont mal réglé leurs instruments, puisque pour Marron clair, ce sera un peu mieux. Mais Les Gens Normals, qui ne sont plus des débutants, se retrouvent, sur une autre scène, avec la même bouillie, augmentée de larsens récurrents. Du coup, au lieu de se marrer, on s’en va.

On retrouve place Louis-Guilloux Lily Gus, la version rue de Nid de Coucou, dans laquelle Raphaëlle Garnier et Jean-Marc Le Coq n’interprètent pas leur propre bestiaire, mais reprisent des chansons de partout, avec ou sans paroles. Un peu de Trenet, un peu de Vian, un peu de Gershwin et nous voilà repartis, cette fois vers les scènes non-officielles. La voilà, la Fête de la musique: des petits gars pas en place qui s’éclatent au coin d’une rue, massacrant qui Téléphone, qui Aznavour, qui divers tubes disco. Plus loin, un groupe de percus africaines au milieu d’un rond-point, couvert par une déferlante techno – incroyable la puissance qui sort de ces deux petites enceintes placées à bien deux cents mètres. On termine par le meilleur: un sosie de Johnny Hallyday sur la terrasse du PMU. Il y a régulièrement des affiches qui l’annoncent dans un restau de la zone commerciale. Sous sa photo, cette légende: «La voix d’un géant.» Au milieu des Portes du pénitencier, on s’est souvenu qu’un matelas géant et tout neuf nous attendait à la maison. Un Dunlopillo, s’il vous plaît. Soutien ferme, accueil moelleux. Quelle belle nuit…

Le bétail humain

Vendredi 9 juin 2006

Il y a quarante-cinq jours, Raymond Domenech, l’homme qui a eu beaucoup de mal à trouver des petits gars pour jouer au ballon, était l’invité de France Inter dans une de ces matinales censées nous apporter son lot de scoops. Il n’en fut rien ce matin-là, soit que la liste des petits gars ne fut pas prête, soit qu’il ne voulut point la livrer – on peut lire une partie de son ahurissant échange avec Pierre Weill dans Le Tigre, page trois du numéro huit.

Par contre, l’homme s’offusqua d’une pratique que l’on annonce majeure autour des stades allemands au cours du mois qui vient: l’importation de jeunes filles de l’est et d’ailleurs destinées à servir d’en-cas ou de pousse-café à de joyeux supporteurs. Ce que Raymond ne supporte pas, c’est que l’on traite ces dames comme du «bétail humain».

Dans son monde à lui, ça ne viendrait à l’idée de quiconque de vendre ou d’acheter des êtres humains, de les attirer vers les eldorados occidentaux avec de fausses promesses avant de les abandonner dans des banlieues sordides, d’alimenter le circuit en accordant des salaires princiers à quelques comètes qui font rêver tous les autres. Dans son monde à lui, on joue au ballon, et ce n’est qu’un jeu.

Mirvoila

Mardi 6 juin 2006

Incroyable! Tous les hôtels de Ploërmel sont pleins… Enfin, tous ceux qui correspondent à ce que je peux réclamer en frais de déplacement, et à un minimum de confort. Pas question de retourner au Thalassa, vraiment pas cher mais sale, où j’ai dû passer une nuit la semaine dernière. Il ne reste qu’une possibilité: le Retour de pêche, qui a l’immense avantage d’avoir dix-sept chambres. Mirvoiladonk, alors que je m’étais juré de ne plus y retourner.

Après un premier séjour dans la chambre 1, j’occupe la chambre 7 depuis hier soir, et jusqu’à demain matin. C’est la même, à l’étage du dessus. Avec quelques petits plus appréciables: la porte des chiottes ferme et on ne sent pas les ressorts du matelas. Normal, il est en mousse. Un peu mou, mais pas trop. La télé, une vieille Radiola, fait place à une Philips récente. Grise au lieu de noire. C’est tout.

La semaine prochaine, si le Saint-Marc (à tester) et le Thy (bien) sont toujours complets, on me suggère dans mon oreillette de chercher une chambre d’hôte. Pas con.

Mon Art Rock (2006)

Dimanche 4 juin 2006

Y a-t-il encore beaucoup de monde pour se rendre à l’église à la Pentecôte? À Belfort, certes oui: la cathédrale est un des lieux où les centaines d’artistes invités par le Festival international de musique universitaire (Fimu) se produisent devant un public qui court, ravi, de concert en concert entre merguez et averses.

À Saint-Brieuc, aussi: la chapelle Lamennais est également partie prenante d’un festival, Art Rock. On pouvait y voir cette année Infra Espace, une installation de Chanfrault, Chomaz et Karst. Douze boîtes qui produisent des ronds de fumée au rythme de la musique (live ou enregistrée selon les moments de la journée). Une ambiance un peu mystérieuse qui sied bien à la chappelle, plongée dans le noir pour l’occasion. Mais il n’y a bien sûr pas que ça à Art Rock. Et comme cette année, nous n’avions pas d’appartement à trouver avant le samedi soir, on a pu en profiter un maximum. Accrochez-vous, c’est un peu long.

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