Faute de goût

Premier soir au Retour de pêche, un hôtel de Ploërmel où je suis en déplacement pour quelques jours. La chambre est deux fois plus petite que celle du Thy où j’ai dormi jeudi dernier et bien moins agréable — la porte des chiottes ne ferme pas, par exemple. Il me restera un troisième hôtel à tester dans quinze jours, et s’il faut revenir une quatrième fois (il faudra bien), hé bé comme qui dirait, j’aurai toutes les cartes en main.

Soirée étape = restaurant de l’hôtel. La plupart des tables sont en bois, celle qui m’échoit (« Un couvert ? ») a sa nappe, blanche avec dessins de bateaux, recouverte d’un plateau de verre. Pile en-dessous du néon à lumière noire, qui vrille l’œil de façon légère mais lancinante, donne de beaux reflets à l’eau de la carafe, et transforme les pages blanches de mon Libé en pages jaunes de Midi Olympique. Oui, je lis le journal à table au resto. Sinon, je me fais chier entre les plats.

Pourtant, il n’y a pas de quoi s’ennuyer ici : à la droite de ma table, un palmier en plastique trône majestueusement. Sur la table, une fleur non identifiée en plastique, et un alligator, en plastique itou. Environ soixante-dix centimètres de long hors tout, le bestiau. Gueule ouverte, exhibant fièrement une dentition sans carie. Regret d’avoir laissé l’appareil photo dans la chambre. Il y a d’autres animaux en plastique sur plusieurs autres tables, beaucoup d’autres plantes en plastique et même des vahinés en carton. Ambiance resto de plage dans un pays chaud. Au fond de la salle, il y a encore une imitation de bar à punch pour faire comme dans les séries télé.

Et puis le clou du spectacle : de faux lampions romains. Des demi-sphères en métal noir retournées et suspendues par trois chaînes au plafond, desquelles s’échappe une flamboyance mordorée. Sauf que la flamboyance ne résulte pas de la combustion d’une huile épaisse imbibant une mèche de forte section, mais de l’agitation, par un petit ventilateur, d’une toile triangulaire et synthétique au-dessus d’une ampoule à incandescence typique de l’âge industriel.

C’est de très mauvais goût, mais ça a le mérite d’aller au bout de l’idée. À un (gros) détail près : les chaises. Va trouver, sur une plage d’Acapulco, des chaises en chêne à haut dossier, revêtues d’une tapisserie à grosses fleurs marron. Chez ta grand-mère, oui. À Acapulco, non.

Un commentaire

  1. Publié le 19 mai 2006 à 17:12 | Permalien

    Un grand plaisir, rare et cher, que je m’offre de temps en temps. Commander un plat simple dans une brasserie, l’attendre en buvant une bière d’un oeil et en lisant le journal de l’autre. Libé ou Le Monde. Les rares jours de sérénité ce peut même être le Monde Diplo. Et puis manger en continuant à lire, ou l’inverse, parceque c’est une véritable fusion nourricière.
    Regarder les gens.
    Lire un dernier petit article en fumant le café-clope jusqu’à ce que la mollesse de la digestion emporte définitivement ma concentration.
    Regarder les gens. Et partir avec un sourire regonflé.

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