Archive pour mai 2006

Un an après… / Merci patron !

Lundi 29 mai 2006

Donc, c’était il y a un an. Pile. Sauf que c’était un dimanche. 55% de non à un projet de constitution européenne réactionnaire et ultralibéral. Pour fêter ça, journées spéciales, articles, enquêtes et émissions dans les médias.

Exemple ce matin sur France Inter: trois invités et trois journalistes pour le «oui», un invité pour le «non». Comme au bon vieux temps de la campagne référendaire. Pourtant, il y a un an, le matraquage médiatique n’avait pas eu raison du débat démocratique et, fait incroyable, le peuple s’était emparé d’un dossier technique et politique, l’avait démonté avant de le rejeter. Les médias et les ouistes les plus ardents ne s’en sont toujours pas remis.

Mais comme ils ne peuvent plus dire qu’il faut voter oui, et qu’ils sentent qu’il ne faut pas trop insister avec l’idée d’un second vote, ils regrettent qu’il n’y ait pas eu de plan B, et que l’Europe patauge depuis les nons français et néerlandais. Sans blague! Chacun sait qu’auparavant, tout allait bien. C’est d’ailleurs ce qui explique que, puisque rien n’a changé, tout va désormais mal. Quant au plan B, on rigole: qui détient le pouvoir? Qui n’avait même pas envisagé qu’un peuple pouvait dire non à ses chefs? Ils ont plein d’idées, les nonistes. Ils sont même majoritaires. Mais ils n’ont aucun représentant au pouvoir. C’est ça, une grande démocratie.

L’autre événement, c’est la noyade, ce week-end, du patron de Michelin, qui avait embarqué à bord d’un petit bateau de pêche pour aller taquiner le bar au large de l’île de Sein. 43 ans, c’est jeune pour mourir… D’où émotion, hommage de Chirac et tout le tralala (au passage, rien sur le pêcheur qui l’avait pris à son bord et qui est porté disparu). Et puis, les larmes des ouvriers de Clermont-Ferrand pleurant «l’homme d’exception» qu’avait été leur patron. Sans blague!

Ils ont déjà oublié (variante: les journalistes n’ont interrogé que ceux qui ont oublié) que ce brave gars dévoué, qui a fait de l’entreprise de papa le numéro un mondial du peneu, a aussi contribué à créer la belle expression de «licenciement boursier». Plus je gagne de fric, plus je licencie. Plus je licencie, plus l’action monte. En 1999, Jospin avait déclaré, après l’annonce de bénéfices records et de 7500 suppressions d’emploi chez Michelin: «Je ne crois pas qu’on puisse administrer l’économie.» On n’arrête pas de vous le répéter: il n’y a pas de plan B. L’alternative, ça n’est pas prévu par le capitalisme.

Ky à Billiers

Samedi 27 mai 2006

FH000010_main karkaf.JPGDeux heures de route en compagnie de ma maman. Moment rare. Quitter un des premiers grands beaux costarmoricains pour la grisaille du sud du Morbihan. Arrivée à Billiers vers 12h20, soit dix minutes avant le début officiel du premier festival Zic o’bourg. La belle idée d’un groupe d’habitants de ce petit village: des concerts toute la journée, uniquement dans des jardins privés, afin que les gens se rencontrent, et la fête finale dans un pré avec l’Orchestre international billiotin rassemblant l’ensemble des musiciens. Avouons-le tout de suite: c’est pour les deux premières heures que j’étais là, d’autres sirènes m’attirant vers Lannion pour la soirée.

Idée sympa, disions-nous donc, mais organisation balbutiante. Difficile de trouver un programme, difficile de trouver chez Véronique, là où Ky doit jouer à 12h30. On finit tout de même par y arriver, grâce à la bienveillance d’accueillants autochtones. Un beau jardin, joliment décoré de figures de papier mâché, un drap blanc en fond de scène, d’excellentes patates au lard, un grand arbre sous lequel s’asseoir en attendant le début — non, ce n’est pas retardé, il y a juste un changement de programme et c’est un duo guitare-mandoline qui ouvre. Ensuite, c’est Ky et ses avatars.

En prem’s, Thomas Ballarini et ses moules. La joie de découvrir mon frère en show-man, entre invocations nasales, percussions méditatives, saynètes rythmiques et human beat box prédicateur. Mais sans moules: c’était un malentendu. Un quart d’heure de folie pas que douce qui fait espérer d’heureux développements à cette première. Il n’y a que le passage au didgeridoo qui fut moins convaincant: essoufflé par ses courses en tous sens et pas très à l’aise, Thomas n’a pu que transformer en baisse de régime ce qui aurait dû être un changement d’ambiance enrichissant le tout.

Ensuite, Maki accompagnait un, puis deux jongleurs au saxophone. Une partie moins originale, surtout parce que les jongleurs n’étaient pas au top.

Et enfin, Ky soi-même. Environ une heure de musique improvisée, subtile et dynamique. Dont un très beau passage autour de la Première gymnopédie d’Erik Satie. En parallèle à son travail d’improvisation habituel, Ky travaille en ce moment sur le répertoire de Satie, à la fois sur des reprises et la composition, «à la manière de», de Sports et divertissements de notre temps. L’aperçu donné à Billiers fait saliver. Je n’avais réussi jusque-là à voir Ky que pendant un quart d’heure dans un bar parisien, et je ne regrette pas d’avoir fait le déplacement. La qualité d’écoute dont a bénéficié le groupe, de la part d’un public non averti (dans le sens où il ne savait pas à quoi s’attendre) est aussi un signe doublement encourageant: oui, Ky a un bel avenir devant lui; et oui, la musique improvisée plaît aux gens!

Un premier lot de photos est visible sur flickr. Les noir et blanc suivent dès qu’elles sont développées.

Yakapluyalé

Mercredi 17 mai 2006

Horreur! La serveuse a remis ses affreux escarpins — ou plutôt, elle en possède une seconde paire, moins pointue du bout, mais tout aussi trompe-la-mortante du talon. Ce troisième et dernier soir au Retour de pêche ne rachètera donc pas les deux précédents.

Surtout qu’en m’asseyant — même table qu’hier, mais sans l’orchidée —, je me rends compte que j’ai oublié de parler de la musique. D’ambiance, la musique. Qui colle avec la déco, quoi. Yakadanser revient comme chaque jour, suivi d’autres médiocres zoukeries, le tout couronné par un genre de r’n'b minimaliste (autant dans l’orchestration que dans l’inspiration).

Rien n’est perdu, cependant: les moules sont bonnes, et en matière de musique, j’ai mieux dans la chambre. Le Bodily Functions de Matthew Herbert, par exemple, que j’écoute en écrivant. Chouette mélange de jazz et d’électronique transmis par Bart lors du week-end à Limoges.

Et puis, toujours transmises par Bart, quelques reliques que je suis chargé de numériser. Les seules traces, sur deux cassettes audio, de séances vieilles d’une dizaine d’années.

Sur la première, une BASF CEII («Fantastic sound for CD», ce qui veut dire chrome de base), une face est consacrée à l’album Come To Daddy d’Aphex Twin. Ça, je peux laisser tomber, je l’ai acheté en CD depuis (c’est grandiose et publié par Warp Records). L’intéressant est sur l’autre face:

  • The Firm, duo Bart-Gator sale et mal élevé, avec, en invité surprise permanent, Tom à la batterie, et, à essayer de retrouver quelque part, l’intervention de Mitch («une guitare fantôme à l’envers quelque part en haut à droite derrière la lampe», d’après Bart). J’aime bien le sautillement démembré de Gaze mais, ce soir, j’ai un faible pour les sombres déchirements de Feckless Chronicles (Heavenly God’s Bagfly – The Cold-Wave Mix)
  • PowerFishBand, soit Fish, Bart et Tom. Plus technique, plus funk, étonnament en mono. Je n’ai pas participé à ces effusions, mais je tiens à dire que la numérisation en chambre d’hôtel se fait avec la platine cassettes qui a servi à leur enregistrement, en ces samedis coupés de l’extérieur où le monde se réduisait au Cactus Blockhaus et à l’étage du garage de mes parents, billard, bière, pétard.
  • Toujours sur la même face, des choses que Bart a réalisées après qu’il fut parti en Angleterre: huit expériences électroniques avec Jibbs [modif du 28 juin: une expérience avec Jibbs faite en Franche-Comté et sept expériences de Bart tout seul dans sa chambre à Leeds]
  • et quelques chansons avec Rachael. Ces dernières, les plus faciles à enregistrer du lot, sont les plus pourries, saturées presque tout du long. Et on me dit dans mon oreillette qu’elles ont été enregistrées en studio! Bart, tu faiblis trop devant les filles…

Sur la seconde cassette, sans marque et sans qualité, une simple mention: «Nous et moi». Il y en a à qui cela doit rappeler des vendredis soir à Tavey, et un vieux poste dont on entend très distinctement les tac-tac sur la bande. J’ai pas encore commencé à la numériser, celle-là. On en reparlera.

Oiseau et ours, lièvre et poisson

Mercredi 17 mai 2006

Ce midi, après le hot-dog passé au micro-ondes et la balade dans Ploërmel, nouvelle escale dans ma chambre du Retour de pêche pour un bout de kouglopf. C’est dans ces brefs instants que Roland a définitivement perdu Susan, dans des circonstances qu’on aurait du mal à imaginer pires.

Il reste encore près de cent pages sur les 950 que compte Magie et Cristal, quatrième tome du cycle de La Tour Sombre, par Stephen King, et ce qu’il nous faisait redouter depuis le début est arrivé.

Même avec dix ans d’interruption entre le troisième et le quatrième volume, j’ai replongé dans l’intrigue comme au premier jour. Une fois qu’on s’est laissé happer par la simplissime première phrase de cette saga, plus moyen de décrocher vraiment.

«L’homme en noir fuyait à travers le désert et le pistolero le poursuivait.» On pourrait y voir un gros cliché. Mais il ne faut pas (toujours) confondre éléments classiques d’une geste héroïque et grosses ficelles éculées. Cette histoire de mondes en décomposition, de portes qui s’ouvrent et de destins qui se croisent, de quête tendue vers un hypothétique champ de roses est rondement bien menée, ses personnages attachants, ses développements haletants. Stephen King au meilleur de sa forme. Il reste trois tomes.