Mon Art Rock (2005)

Cette année, Art Rock n’était pas à la Pentecôte, parce qu’un bossu sur les rotules de sa popularité avait remplacé le sacrifice des agneaux par celui d’une journée de travail, pour le bien des vieux chez qui on n’a pas pu aller, puisqu’on bossait, hein.

Donc, une édition d’Art Rock pas comme les autres. Pensez ! D’un côté, Sonic Youth et ses projets parallèles ; de l’autre, la révision de mes exams et la recherche d’un appartement — mon premier appart à deux avec une fille !

Jeudi 2 juin 2005

Comme ils avaient pas de lundi (voir plus haut), les organisateurs d’Art Rock avaient décidé de commencer dès le jeudi soir. Avec une carte blanche au cinéaste Olivier Assayas qui avait programmé plein de trucs plus ou moins bizarres, voire pas connus du tout, ou dont on ne savait pas à quoi s’attendre, comme les projets parallèles des membres de Sonic Youth. L’avantage avec une soirée comme celle-là, outre qu’on risquait de faire plus de découvertes qu’avec Miossec et le fumeux Daniel Darc l’an passé, c’est qu’on n’allait pas être serrés sur les fauteuils de La Passerelle. Au Forum, pareil, rarement vu aussi peu de monde…

Ça tombe bien, vu qu’on est arrivé pile à l’heure, Céline et moi, après avoir visité trois apparts pas terribles. Le temps d’acheter une bière et hop ! solo de oud, beau et contemplatif, au milieu des gens qui discutaient, ben oui, c’est comme ça le Forum, en haut les gens causent, on entend tout, en bas on essaie d’écouter. Dommage pour Alla. Et dommage pour le public : sans doute énervés par ce manque de respect, les membres de Sonic Youth leur en ont ensuite mis plein la gueule. Mais alors, plein la gueule. (On passe sur les performances banalo-molasses de White Tahina et Pascal Rambert/Kate Moran.)

Door : 20 minutes de bruit assourdissant pour accompagner l’image vacillante d’une porte fermée. Qui finit par s’ouvrir et libérer nos oreilles.

Text of light  : impro bruitiste sur films expérimentaux.

Mirror/Dash : moins de bruit, plus de larsen, sur des images d’Olivier Assayas.

En interludes, des petits films. Le surréaliste Antithese de Mauricio Kagel, le déconseillé aux épileptiques Straight and narrow de Tony Conrad, et le… bizarre… Emperor tomato ketchup de Shuji Terayama. Des scènes ouvertement pédophiles (un gamin de huit ou dix ans qui fait l’amour avec sa mère, puis avec trois courtisanes) sur grand écran dans la scène nationale de Saint-Brieuc. Ça a jeté un grand froid. Interpellé par une spectatrice, Olivier Assayas s’en est tiré par une pirouette : « Il y a une deuxième carte blanche à l’intérieur de la carte blanche. J’ai demandé à Jim O’Rourke, de Sonic Youth, de programmer des films expérimentaux, dont je ne connais souvent les réalisateurs que de nom. Je ne suis pas responsable de ce choix, mais j’assume. » Après ce film-là, on avait encore plus de place sur les fauteuils…

Mais on n’a pas pour autant écouté Marie Modiano jusqu’au bout: après les déluges sonores du début de soirée, parfois un peu chiants, parfois intéressants, parfois du très beau bruit, son jazz mou du genou avait du mal à passer et semblait bien insipide.

Restait Jeanne Balibar, tremblante comme une feuille, livide, avec des poses d’actrice des années trente. Ça aurait pu être ridicule, ça lui donnait une présence très forte. Derrière, Rodolphe Burger et son Météor Band (basse et batterie) faisaient du bon boulot, un peu une resucée de feu Kat Onoma en moins original, mais en très efficace. Une grosse guitare, des chouettes mélodies, parfait pour reprendre la route. Les cinquante bornes qui nous séparaient de Paimpol valaient mot d’excuse pour rater la fin (Afel Bocoum et Metric). Au lit.

Vendredi

Un peu de révision avec les oreilles qui bourdonnent, encore trois apparts, rien de bien terrible. Toujours quelque chose qui va pas : la radio du voisin du dessus qu’on entend comme si on y était, les fenêtres qu’on ne peut pas ouvrir parce que dehors c’est trop bruyant, le plafond de la cuisine pourri, la disposition des pièces vraiment mal foutue. Le tour des agences, peut-être qu’on trouvera des trucs mieux que dans les annonces d’Ouest-France. Des rendez-vous pris pour le lendemain matin. Retour à Art Rock.

Mercury Rev, bonne pop, le chanteur se la joue comme s’il était Dieu le père, mais il a une jolie voix. Sur un écran défilent des proverbes ou des citations tellement débiles qu’ils m’empêchent de bien profiter de la musique (genre : «Tu es.») Des influences «classique, rock, folk, punk, jazz et chants d’oiseaux» annoncées par le programme, on n’a guère entendu que le rock, mais c’était pas mal.

Ensuite, AAAAHHHH, Sonic Youth. J’ai aucun souvenir de leur concert, vu aux Eurockéennes il y a au moins dix ans. Donc, mettons que, sur scène, ce sera une découverte. C’était drôlement bien, comme dirait le Petit Nicolas. Des mélodies comme ils savent seuls en faire, du bruit dont on a déjà vu la veille qu’ils en font très bien, trois grattes avec un grain, une saturation parfaitement maîtrisés, enfin Sonic Youth, quoi. Du beau et du bon son, qui récure le cerveau, arrache les tripes et fait planer la tête.

Après, il y avait Luke. Ouais, bon, on est allé boire un coup (du Coca impérialiste, mais après un concert de Sonic Youth, on est prêt à pardonner n’importe quoi aux Américains) et on a repris la voiture. Sur la route, je rêvais à l’affiche de l’année prochaine: le jeudi, carte blanche aux Residents, le vendredi, concert de Fugazi. Ah ouais, ce serait moooorteeeel, çaaa…

Samedi

Lever 7h30. Douche-déjeuner-brossage de dents-voiture, bing ! À Saint-Brieuc à 9h15, une agence, deux agences, quatre agences, autant d’apparts. On continue à sillonner la ville, à pattes, dans tous les sens. L’objectif étant de trouver quelque chose dans le centre ou tout près, pour vivre sans bagnole hors du boulot, on teste tout à pied, ça use, ça use. Céline préfère le vieux, moi le neuf, on visite du vieux qui me plaît pas, du neuf qui ne lui convient pas.

Toujours pas d’ancien correctement rénové. En passant, on surprend un bout des balances de Publique, de Mathilde Monnier, de la danse sur la musique de PJ Harvey, qui met l’eau à la bouche. Repas de midi à la crêperie bio des Promenades, le resto le plus sympa (et excellent) qu’on connaisse en ce moment.

Retour aux petites annonces d’Ouest-France, parues ce matin. De l’espoir, plusieurs ont l’air pas mal, voire carrément bien. Il y en a une, il y a écrit d’appeler le soir, tant pis, on y va. Rendez-vous en début d’aprèm, entre deux apparts d’agence. Là, ça y est, c’est celui-ci. On est les premiers à le visiter. On se regarde, on a l’air d’accord.

On sort de là, on a un autre rendez-vous. Bon, on y va quand même, on sait jamais, ça a l’air bien. Bof, pas top en fait. Étriqué et mal foutu. Qu’est-ce qu’on fait ? On demande à revoir l’autre ? On demande. On y retourne, cette fois sans le propriétaire, juste avec les locataires. Des pipelettes, on fait virtuellement connaissance avec tout l’immeuble, une vraie maison de retraite ! Que des vieux ! Au moins, on n’aura pas long à faire pour leur rendre visite à la prochaine Pentecôte. À part une jeune fille qui vient d’emménager, on est apparemment les seuls en-dessous de soixante ans. Et l’appart : grand T3, 85 m2, très bien agencé, grand placards, lumineux bien qu’orienté est, sans vis-à-vis, parking souterrain, balcon, dressing (!), grand salon, chauffage gaz bien sûr, garage à vélos, chiotte avec lave-mains, troisième étage avec ascenseur qui descend au parking, cave-grenier sur le palier, moquette partout, en plein centre ville, à deux pas du parc des Promenades, donnant sur une rue très calme : bienvenue chez les bourgeois !

Direction : propriétaire, faut officialiser ça tout de suite. Hop, on signe. Hop, on boit un coup pour fêter ça avec un ami parisien de passage chez les bruitistes. Hop, on regarde nos montres, et on se rend compte qu’on est fatigué.

Il est 19h30, retour à Paimpol. Soirée polenta familiale. Pas de concert, nous avons trouvé notre félicité d’aujourd’hui dans l’immobilier.

Dimanche

Longue nuit, maquereaux au barbecue, balade sur le port, trop crevés pour retourner à Saint-Brieuc. Finalement, Art Rock, ça pourrait ne durer que deux jours. Quoique maintenant qu’on a un appart à Saint-Brieuc, on va pouvoir s’économiser les allers-retours. Et accueillir des potes. Vivement l’année prochaine !

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