Je fais à la Phynance le don de vos personnes ...

Première réaction, à l’écoute du journal parlé de neuf heures : « Coooooonnards ! » L’apostropre s’adresse, vous l’aurez compris, aux membres du gouvernement et à notre cher et bien-aimé Nicolas « Casse-toi-pov’con » Sarkozy, à l’occasion de l’annonce du plan pour « sauver » les retraites[1]. J’aurais pu dire également, puisque j’écoutais une radio de service public : « Encuuuuléééééééééés ! », parce que ça se hurle bien aussi. Mais il paraît que c’est grossier, et puis c’est insultant pour les sodomites que de les comparer à ces tristes sires.

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  1. En novlangue libérale, « enterrer » se dit « sauver », faut se mettre à la page et réviser son Littré. []

Explicit lyrics ...

Ce matin, cela fait un an que Ptit Jules est mort.

Ce matin, The Downward Spiral de Nine Inch Nails, très fort. Parce qu’à la fin, il y a Hurt, qu’il chantait souvent il y a un peu plus d’un an.

Putain que c’est court, un an. Putain que c’est vide.

Ce matin, c’est la chaleur de Céline, et le babillement de Gaspard, qui ont adouci quelque peu cette grosse boule que j’ai dans la gorge. Julien n’aura pas pu faire la connaissance de Gaspard, mais je ne doute pas une seconde du surnom qu’il lui aurait donné : Gaspard le gros têtard ! Venant du roi de la mare, tout le monde l’aurait pris comme un compliment… et lui de se marrer…

On va se refaire chez les Grecs ...

La semaine dernière, 110 milliards pour sauver la Grèce. Cette semaine, 720 milliards pour se préparer à sauver le Portugal, l’Espagne, et ceux qui en auront besoin demain (le Royaume-Uni, la France ?) : quelle générosité ! Évidemment, ni les Grecs, ni les Portugais, ni aucun autre Européen moyen ne verront le moindre kopeck. Au contraire, leurs gouvernements les saigneront pour rembourser tout ce pognon qui, en fait de sauver des pays, servira surtout à engraisser la poignée de rapaces, banquiers et rentiers, qui se cachent derrière le vocable poli de « marchés ».

N’est-ce pas un peu imprudent, de prendre une fois de plus aux pauvres pour donner aux riches ? De se coucher une fois de plus devant « les marchés », que l’on a puni il y a deux ans de leur irresponsabilité en leur offrant des centaines de milliards de dollars, et que  l’on punit aujourd’hui de leur voracité en leur offrant des centaines de milliards d’euros ?

Allons, allons, notre bien-aimé Premier ministre l’a dit récemment : « Si on est convaincu qu’il s’agit d’un problème de dignité, on ne peut pas s’embarrasser de prudence par rapport à une législation qui n’est pas adaptée à la société d’aujourd’hui.[1] » La dignité des « marchés » commande de n’être guère prudent avec ce qu’il reste encore de mécanismes redistributifs protégeant les plus faibles.

Mais bon, c’est pas grave : les médias s’en foutent et préfèrent parler de la burqa. Siné Hebdo et Le Plan B viennent de tirer leur révérence, c’est toujours ça d’aigris qui ne viendront pas mettre en cause la sagacité gouvernementale.

« Il fait froid dans le monde
Ça commence à se savoir
Et il y a des incendies qui s’allument dans certains endroits parce qu’il fait trop froid
Traducteur, traduisez
»

(Brigitte Fontaine, Comme à la radio, 1969)

  1. Certes, c’était sur un autre sujet. Mais tout de même : dans quel pays démocratique un Premier ministre peut-il penser que la loi n’est pas affaire de prudence ? []

Comparaison n’est pas raison ...

Si vous vous demandez ce que, après l’orchestre symphonique, Robert Johnson et Jimi Hendrix, l’on peut encore bien inventer avec des cordes, allez donc voir un concert de Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra — par exemple il y a deux jours à l’Alhambra, ou le 22 avril à l’Alhambra (ils y reviennent, c’est ce qu’on appelle « une tournée »). Il y a, dans Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra, des cordes, et en particulier saturées, d’un son et d’une beauté rares.

Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra pourrait donc être un groupe de rock, voire de punk. Mais sa musique n’est pas faite de riffs. Elle consiste plutôt à triturer une idée et une seule, à l’étirer jusqu’à ce qu’elle donne le meilleur d’elle-même, quitte à ce que la chanson fasse un quart d’heure, ce qui est fréquent. Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra procède par extension maximale de la structure et recombination de ses éléments : en ce sens, il s’apparente à cet art dont, en électro, Autechre a su se rendre maître. Et il représente l’opposé de Fantômas, capable de mélanger douze styles musicaux dans un titre d’une minute.

Chansons longues ? Pink Floyd ! Mais il n’y a pas de solos de guitares, pas de basse électrique, pas de nappes de clavier ni de ruines de Pompéi dans Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra. De la contrebasse, et un hôtel montréalais.

Les mesures impaires ne lui font pas peur (13 Blues for Thirteen Moons commence par exemple en 5/4 et se termine en 9/8) : Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra pourrait être un groupe de jazz-rock, mais faut quand même pas déconner.

Si Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra était Dire Straits, Efrim Menuck ne passerait pas son temps, entre les chansons, à raconter des tas de bullshits pour masquer le fait qu’il réaccorde sa guitare — en plus il n’arrive même pas à faire les deux en même temps. Comme Mark Knopfler, il aurait un roadie qui lui apporte à chaque nouveau morceau une nouvelle guitare. Ça aurait un peu plus de classe — mais être obligé de porter le bandeau en éponge rouge de Mark Knopfler ?

Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra n’a pas son pareil pour créer des climats d’angoisse larvée, les développer en de longues plages toujours capables d’être dépassées par une nouvelle montée de puissance, avant une explosion qui les résoud en accalmies brutales : c’est le Tool du post-rock. Tension et dynamique.

Dans Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra, il y a deux filles qui jouent du violon. Pourtant, ça ne sonne définitivement pas comme les Corrs.

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